Tout le plaisir est pour moi
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #37
- Год: 1964
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Tout le plaisir est pour moi». Краткое содержание книги:
Des qui me demandaient de remplacer leur mari au pied levé ; des qui réclamaient ceci et d'autres qui sollicitaient cela et toujours je me suis évertué à les satisfaire.
Mais la frangine, ce coup-là, attend vraiment l'impossible de votre San-A.chéri…
Un impossible réellement… impossible…
Mais moi, vous me connaissez ; rien ne peut m'arrêter !
Alors, poliment, je me penche sur le décolleté de la poupée et je susurre :
« Mais voyons, chère amie, tout le plaisir est pour moi ! »
Le gardien affecté au supplicié m’accueille avec un bon sourire.
— Je savais que vous reviendriez, assure-t-il en fin psychologue, la bascule, ça attire. C’est comme Venise, quoi, faut l’avoir vu au moins une fois dans sa vie !
— Je veux parler à Messonier.
Il fronce les sourcils.
— Maintenant ?
— Je crois que c’est le moment ou jamais, non ?
— D’accord, mais… Il dort, vous comprenez… Si vous le réveillez avant…
Je lui brandis mon faf d’introduction sous le morceau de viande qu’il enveloppe dans son mouchoir quand il est enrhumé.
— Tout de suite, ça urge !
— Oh ! bon. Moi j’en causais par humanité !
— L’humanité, ça me connaît, je travaille avec elle depuis dix ans !
Re-rire du brachycéphale à casquette à visière noire à galons ! Il m’ouvre. J’avise un autre gardien dans la cellule du condamné. Il est adossé au mur, et il ronfle comme un Evinrude de 18 CV.
L’homme sursaute. Messonier, allongé sur son bat-flanc, ouvre à demi les roberts.
Un voile léger les a embués. Il a cru que ça y était, puis il me reconnaît et le calme s’étale en lui.
— Laissez-nous seuls, enjoins-je aux orphelins.
Les deux zigs sortent en rechignant.
Maintenant, les Gars, si je vous bonnis que l’instant est grave, vous me croirez, j’en suis sûr.
— Messonier, fais-je, vous avez cru que c’était le réveille-matin de Deibler, n’est-ce pas ?
— Effectivement.
— Soyez courageux, mon vieux, c’est en effet pour ce matin.
Il blêmit, mais un éclat étrange brille en ses yeux fiévreux. Il se raccroche à l’espoir, il croit que je le bluffe.
— Excusez-moi, lui dis-je, mais ça n’est pas une plaisanterie ; elle serait abjecte. D’ailleurs, prêtez l’oreille et vous percevrez des bruits assez inhabituels dans la cour…
Je n’en mène pas large. Jamais, au grand jamais, depuis que Félicie m’a mis au monde, je ne me suis montré aussi dégueulasse.
Messonier paraît vieillir à vue d’œil. Il se ratatine, se flétrit, s’étiole, se révulse, se convulse, s’émotionne, s’émulsionne, s’astreint, se condense, se déshydrate.
— Alors, ça y est ?
— Ça y est. J’ai essayé de faire une contre-enquête depuis tout à l’heure. Elle m’a convaincu personnellement de votre innocence, mais le Garde des Sceaux est moins crédule et les choses suivent leur cours. Le moment est donc venu de dire la vérité, Messonier, on ne meurt pas à son aise lorsqu’on tait un secret !
— J’ai mon confesseur, cela me suffit, rétorque-t-il avec noblesse.
— Voyons, petit…
— N’insistez pas. Je vais vous demander de me laisser seul ; j’ai besoin de me préparer à ce qui m’attend. Je vous remercie de m’avoir réveillé, ce ne sont pas des minutes perdues, commissaire.
Je savais que ça se passerait ainsi. Quand un type comme lui se tait pendant près de deux ans en subissant d’aussi terribles épreuves, c’est qu’il est capable de canner sans moufter en se faisant enterrer dans son jardin secret.
Alors, que voulez-vous, les Mecs, les hommes forts sont ceux qui savent prendre leurs responsabilités. Aux grands Maux-maux les grands remèdes, comme déclare le Foreign-Office. Je dédaigne mon pétard.
Messonier recule d’instinct.
— Serre les dents, bonhomme, lui chuchoté-je, ça va te cuire les plumes, mais c’est la seule façon que j’aie de sauver ta garce de peau malgré toi.
Et zoum-pif-bang ! Ça claque à trois reprises. Je lui place une olive dans chaque cuisse et une dans l’épaule gauche.
Il s’écroule le long du mur, ses fers aux lattes le retiennent et il bascule en avant. La cellule est emplie de fumaga. Les gardiens radinent, verdâtres.
— Qu’est-ce qui se passe !
Ça brame dans la prison. Les autres détenus, réveillés par les coups de pétoire, poussent une goualante à tout hasard.
— Ce salaud-là a voulu m’étrangler ! fais-je… Heureusement que j’ai pu sortir mon revolver, sans quoi…
Le brachycéphale traduit admirablement mon sentiment personnel :
— Eh ben B… de D…, dit-il, ça va ch… pour nos gu… !
CHAPITRE XIII
Les Messieurs font silence lorsque la civière emportant Messonier traverse la salle des gardes. Mais lorsque les deux infirmiers lestés de leur colis sont partis, ça mugit comme tout le port du Havre un soir de brume.
— M’expliquerez-vous ! fait un magistrat en civil.
Leurs foudres me tombent droit dessus comme un pavé de bois dans les dents d’un flic.
Je perçois, en les énonçant, l’aspect vasouillard de mes explications.
— Mon chef m’avait chargé de…
En aparté, je me traite de grand lâche. Toujours la pétoche des responsabilités ! Voilà que je me retranche derrière le Vieux en espérant amadouer ces Messieurs. Dans la cour, le bourreau doit fulminer pour sa partie de coupe-cigare ratée. Il doit se demander s’il a tout de même droit à ses défraiements et il regrette le café-crème qu’il est allé écluser au troquet du coin tandis que ses aides graissaient une dernière fois sa mécanique. C’est pas son couteau, c’est lui qui est repassé !
— Votre chef vous a chargé de quoi, Commissaire ? De venir trucider les condamnés à mort au pied de l’échafaud ?
Faut pas demander la profession de celui qui vitupère. Je vous parie l’heure qu’il était hier à ces heures contre celle qu’il sera demain à minuit qu’il s’agit de l’avocat général. Ce qu’on appelle dans la guignolerie en rouge le ministère public ! L’homme au sécateur, quoi ! Celui qui effeuille les tronches comme d’autres effeuillent les marguerites, histoire de voir si leurs bergères les aiment un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout !
Rapidement je lui résume l’incident Geneviève Coras en passant sur les détails.
— Je suis venu interroger le détenu dans l’espoir d’obtenir des révélations in extremis.
— Il était bien temps ! ironise le sarcastique professionnel en tirant sur ses manchettes d’un geste automatique.
— Justement, il n’était que temps. Le rêve eût été d’obtenir une remise de l’exécution, mais le Garde des Sceaux a refusé…
— Passons !
Je passe ! Belote et rebelote !
— Soudain, pris d’une crise de folie furieuse, Messonier s’est jeté sur moi. Il m’a pris à la gorge et…
L’autre me jauge, me soupèse, m’estime d’un œil aussi frais que celui d’un poisson oublié sur une plage ensoleillée.
— Voudriez-vous me faire croire que ce garçon affaibli par la détention, enchaîné de surcroît, constitue un danger pour un garçon aussi athlétique que vous l’êtes !
— Il m’a saisi par-derrière, je me suis trouvé déséquilibré et…
— Et les gardiens qui attendaient dans le couloir n’ont rien entendu ! Et vous avez sorti votre revolver afin de lui tirer dessus à la renverse ! Vous vous moquez, commissaire !
— Mais…
— La vérité est que vous avez voulu par n’importe quel moyen stopper cette exécution. Je vais demander votre arrestation !
Je me penche sur lui.
— O.K., faites-le et nous aurons droit à une charmante publicité dans la Presse. Il y a du creux dans les actualités justement, ça sera une aubaine pour les journalistes. Le flic qui s’insurge contre une erreur judiciaire, je parie que ça plaira dans les chaumières !
Il en prend plein sa frime de rat méchant. Moi je me chope par la main et m’emmène promener. Un homme me suit dans le couloir.