365 expressions de nos grands-mères
- Автор: Maillet Jean
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Éditions de l’Opportun
- ISBN: 978-2360751709
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «365 expressions de nos grands-mères». Краткое содержание книги:
Ethnologue de la langue française, il mène l’enquête au fil des pages pour nous révéler ce qu'était un patachon, un as de pique ou de la gnognotte. Malicieuses, imagées, ces expressions sans âge font encore notre bonheur quotidien et témoignent de la richesse de notre langue. Jean Maillet nous offre ainsi un merveilleux voyage dans l’histoire populaire du français !
Jean Maillet est spécialiste de la langue française, il a publié de nombreux ouvrages dont Langue française : Arrêtez le massacre !
N.B. Le français second et ses dérivés ont la même origine : est en effet qualifié de second tout élément qui suit le premier auquel il est implicitement comparé.
Être soupe au lait
Petits, nous nous en régalions : on verse un litre de lait chaud préalablement bouilli avec une gousse de vanille sur du pain rassis et une dizaine de morceaux de sucre et on laisse cuire à feu très doux pendant dix minutes. Avant de servir, on ajoute une noix de beurre et une cuillérée à soupe de crème fraîche. Voilà une excellente recette de soupe au lait, digne de nos grands-mères. Mais attention à ce que le lait ne monte ni ne déborde quand il bout ! Ce bouillonnement et ce débordement presque imprévisible sont vite devenus une métaphore d’abord de la colère (monter comme une soupe au lait) avant de devenir celle du coléreux, de l’irascible qui se laisse facilement emporter (être soupe au lait).
S’ennuyer à cent sous de l’heure
On retrouve notre sou, indétrônable dans le langage populaire malgré son officielle et plus que bicentenaire disparition. Pour une exacte mise à jour, il faudrait dire « s’ennuyer à cinq francs de l’heure », mais ces idiotismes, même dans le domaine monétaire, n’ont cure ni des changements de systèmes ni des équations mathématiques. On trouve, çà et là, quelque tentative de modernisation, comme, par exemple, chez Colette en 1910 (« Elle avait des plumes comme ça ! et puis un manchon comme ça ! et une gueule à s’emm…er à cent francs de l’heure ! — Si elle les touche, les cent francs de l’heure, elle n’a pas à se plaindre ! » La Vagabonde), mais les bons vieux sous résistent.
S’ennuyer, s’embêter, se barber, se raser, s’emm…er à cent sous de l’heure marquerait donc un ennui mortel, fruit d’une oisiveté totale, un suprême enquiquinement, rançon d’un désœuvrement tel qu’on devrait, paradoxalement, être payé pour cela. On peut toutefois se demander si quelque boulot mal rémunéré, quoique particulièrement monotone, ne serait pas à l’origine de la locution, un emploi de modèle par exemple, comme dans cet extrait d’un texte paru en 1935 au Mercure de France : « C’est plus propre que de faire voyeur pour les peintres, reprit Marinette avec dignité. J’en avais marre. Des séances de sellette et de canapé à cent sous l’heure, c’est pas digne. Maintenant, je gagne très bien ma vie. Chez Mme Jacqueline, rue des Bons-Enfants. »
Se faire du tintouin
« Une scolopendre s’étant introduite dans l’oreille, elle en sortit au bout de trois ans, et le malade fut guéri d’un tintouin que lui causoit cet insecte »