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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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— Qui a fait ça ? s’écria Miguel.

Il leva les yeux vers le ciel d’après-midi où flottait la Lune du Démon. Malgré le peu d’affection que ressentait Sheemie pour le vieillard, il frémit dans son cœur : ça ne portait point bonheur de regarder le vieux Démon en face, si fait.

— Qui a fait une chose pareille ? Je vous demande de me le dire, senor ! Por favor !

S’ensuivit une pause, puis un cri si puissant que Miguel chancela et faillit tomber à la renverse. Il leva ses deux poings, comme s’il voulait extorquer une réponse du visage qui clignait sur la face de la lune, puis les laissa retomber avec lassitude. De la liqueur de maïs déborda par le bec du cruchon et le trempa encore davantage. « Maricón », marmonna-t-il. Il tituba jusqu’au mur d’adobe (manquant s’étaler en heurtant au passage les postérieurs du cheval du méchant Chasseur du Cercueil) auquel, assis par terre, il s’adossa. Après avoir bu copieusement au cruchon, il remonta son sombrero qu’il rabattit sur ses yeux. Le cruchon tremblota au bout de son bras, puis il le reposa, comme si au final il s’était révélé trop pesant. Sheemie attendit que le pouce du vieillard lâche l’anse du cruchon et que sa main vienne s’affaler sur les pavés de la cour. Il allait se précipiter, quand il prit le parti d’attendre encore un petit peu. Miguel était vieux, Miguel était une sale bête et Miguel pourrait bien être un peu ficelle aussi, supposa Sheemie. Beaucoup de gens l’étaient, surtout les sales bêtes.

Il attendit que s’élèvent les ronflements crachouillants de Miguel, puis mena Capi dans la cour, grimaçant au moindre clop des sabots du mulet. Miguel ne broncha pas d’un orteil, cependant. Sheemie attacha Capi à l’extrémité de la barre (il grimaça encore une fois quand Capi poussa un braiment discordant pour saluer les chevaux attachés près de lui), puis traversa en vitesse jusqu’à l’entrée principale qu’il n’avait jamais espéré franchir un jour. Il posa la main sur le gros loquet de fer, regarda derrière lui encore une fois le vieillard assoupi contre le mur, puis ouvrit la porte et entra sur la pointe des pieds.

Il se tint un instant immobile dans le rectangle ensoleillé projeté par la porte ouverte, les épaules remontées jusqu’aux oreilles, s’attendant à tout moment qu’une main le saisisse par la peau du cou (dont les individus dotés d’un méchant naturel semblaient toujours s’emparer sans peine, même si vous rentriez la tête dans les épaules au maximum) ; une voix furieuse s’élèverait ensuite, lui demandant où il comptait aller comme ça.

Le vestibule était désert et silencieux. Sur le mur du fond, une tapisserie montrait des vaqueros rassemblant des chevaux sur l’Aplomb ; on avait posé contre elle une guitare dont une corde était cassée. Le moindre pas de Sheemie se répercutait à tous les échos, si légèrement qu’il posât le pied. Il frissonna. Cet endroit était désormais la maison du crime, un lieu maudit. Peuplé de fantômes, presque à coup sûr.

Et pourtant Susan se trouvait ici. Quelque part.

Il franchit les doubles portes à l’autre extrémité du vestibule et entra dans la salle de réception. Sous son haut plafond, le bruit de ses pas résonna plus fort que jamais. Des Maires morts depuis longtemps le toisaient du haut des murs ; tandis qu’il avançait, la plupart semblaient le suivre de leurs yeux effrayants, le désignant comme intrus. Il avait beau savoir que ces yeux-là étaient peints, n’empêche…

L’un des portraits en particulier le mettait mal à l’aise : celui d’un gros homme aux cheveux roux clairsemés, à la gueule de bouledogue et avec un éclair de méchanceté dans l’œil, tout prêt à demander à un garçon d’auberge demeuré ce qu’il faisait dans le Grand Hall de la Maison du Maire.

— Arrête de me regarder comme ça, gros fils de pute, chuchota Sheemie, qui respira un petit peu mieux. Momentanément, du moins.

Puis vint le tour de la salle à manger, déserte elle aussi, avec ses longues tables à tréteaux poussées contre le mur. Il y avait des restes de repas sur l’une d’elles — un plat unique de volaille froide et du pain en tranches, plus une chope d’ale à moitié pleine. La vision de ces reliefs sur une table qui avait connu nombre de fêtes et autres festins — qui aurait dû en connaître une de plus, le jour même — rappela à Sheemie l’énormité de ce qui s’était passé. Et la tristesse qui allait avec. Les choses avaient changé à Hambry, probable qu’elles ne seraient plus jamais comme avant.

Ces pensées peu réjouissantes ne l’empêchèrent pas de s’empiffrer de poulet et de pain ni de les aider à descendre avec l’aie qui restait dans la chope. Il venait de connaître un long jour de jeûne.

Il rota et, se couvrant la bouche de ses deux mains sales, lança des coups d’œil furtifs et coupables dans tous les coins et recoins. Puis continua son exploration.

La porte au fond de la pièce avait le loquet mis, mais n’était pas verrouillée. Sheemie l’ouvrit et passa la tête dans le corridor qui longeait la Maison du Maire dans sa totalité. Aussi large qu’une avenue, il était éclairé au gaz par des chandeliers. Il était désert — du moins pour le moment — mais Sheemie entendait des chuchotements en provenance d’autres pièces, d’autres étages aussi, peut-être. Il supposa que c’étaient les voix des femmes de chambre et d’autres domestiques qui se trouvaient par là, cet après-midi. Mais ces voix ne lui en paraissaient pas moins fantomatiques. L’une d’elles était peut-être celle du Maire Thorin, hantant le couloir qu’il avait sous les yeux (ah si seulement Sheemie avait pu le voir… tout en étant ravi de ne pas pouvoir). Thorin le Maire, errant et s’interrogeant sur ce qu’il lui était arrivé, sur ce que pouvait bien être cette matière froide et gélatineuse qui trempait sa chemise de nuit, et qui…

Une main agrippa Sheemie par le bras, juste au-dessus du coude. Il faillit glapir de frayeur.

— Non ! chuchota une voix de femme. Au nom de ton père !

Sheemie se débrouilla pour ravaler son cri. Puis se retourna : devant lui, vêtue d’un jean et d’une simple chemise de ranchero à carreaux, les cheveux tirés sur la nuque, son visage pâle arborant un air décidé, ses yeux noirs étincelants, se tenait la veuve du Maire.

— S… S… Sai Thorin… je… je… je…

Il ne trouvait rien d’autre à dire. Maintenant, elle va appeler le guet, s’il reste encore des gardes, se dit-il. En un sens, il serait soulagé.

— Tu es venu chercher la fille ? La fille Delgado ?

Le chagrin avait profité à Olive, de terrible façon — il lui avait donné une mine moins replète, étrangement rajeunie. Ses yeux noirs ne lâchaient point ceux de Sheemie, lui interdisant tout faux-fuyant mensonger. Ce dernier opina.

— Bien. Alors tu peux m’aider, mon garçon. Elle est en bas, dans la resserre, sous bonne garde.

Sheemie, bouche bée, n’en croyait pas ses oreilles.

— Penses-tu que je crois qu’elle a quoi que ce soit à voir avec le meurtre de Hart ? demanda Olive, comme si Sheemie avait soulevé une objection. « J’ai beau être grosse et plus aussi rapide sur mes cannes, je ne suis point complètement idiote. Front de Mer n’est point un endroit sûr pour sai Delgado en ce moment… trop de monde en ville sait qu’elle s’y trouve. »

5
« Roland »

Il ré-entendrait cette voix dans bien des mauvais rêves, le reste de ses jours, sans jamais se souvenir tout à fait de ce dont il vient de rêver, sachant seulement que les rêves l’abandonnent en lui laissant le sentiment d’être malade… de marcher sans trêve, de remettre d’aplomb des tableaux dans des pièces où l’amour n’a pas droit de cité, d’écouter l’appel du muezzin sur les places de villes lointaines.

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