Mademoiselle Fifi – Édition illustrée
- Автор: Maupassant Guy de
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Mademoiselle Fifi – Édition illustrée». Краткое содержание книги:
Il répondit une lettre excellente, en la dissuadant de revenir en plein hiver, de s’exposer à ce brusque dépaysement, aux brumes glaciales de la vallée.
Elle fut atterrée et indignée contre cet homme confiant, qui ne comprendrait pas, qui ne devinait pas les luttes de son cœur.
Février était clair et doux, et bien qu’elle évitât maintenant de se trouver longtemps seule avec «Mouton Fidèle», elle acceptait parfois de faire en voiture, avec lui, une promenade autour du lac, au crépuscule.
On eût dit ce soir-là que toutes les sèves s’éveillaient, tant les souffles de l’air étaient tièdes. Le petit coupé allait au pas, la nuit tombait; ils se tenaient les mains, serrés l’un contre l’autre. Elle se disait: «C’est fini, c’est fini, je suis perdue», sentant en elle un soulèvement de désirs, l’impérieux besoin de cette longues suprême étreinte qu’elle avait ressentie si complète en un rêve. Leurs bouches à tout instant se cherchaient l’une à l’autre, et se repoussaient pour se retrouver aussitôt.
Il n’osa pas la reconduire chez elle, et la laissa sur sa porte, affolée et défaillante.
M. Paul Péronel l’attendait dans le petit salon sans lumière.
En lui touchant la main, il sentit qu’une fièvre la brûlait. Il se mit à causer à mi-voix, tendre et galant, berçant cette âme épuisée au charme de paroles amoureuses. Elle l’écoutait sans répondre, pensant à l’autre, croyant entendre l’autre, croyant le sentir contre elle dans une sorte d’hallucination. Elle ne voyait que lui, ne se rappelait plus qu’il existait un autre homme au monde; et quand son oreille tressaillait à ces trois syllabes: «Je vous aime» c’était lui, l’autre qui les disait, qui baisait ses doigts, c’était lui qui serrait sa poitrine comme tout à l’heure dans le coupé, c’était lui qui jetait sur les lèvres ces caresses victorieuses, c’était lui qu’elle étreignait, qu’elle enlaçait, qu’elle appelait de tout l’élan de son cœur, de toute l’ardeur exaspérée de son corps.
Quand elle s’éveilla de ce songe, elle poussa un cri épouvantable.
Le «Capitaine Fracasse», a genoux près d’elle, la remerciait passionnément en couvrant de baisers ses cheveux dénoués. Elle cria: «Allez-vous-en, allez-vous-en!»
Et comme il ne comprenait pas et cherchait à ressaisir sa taille, elle se tordit en bégayant: «Vous êtes infâme, je vous hais, vous m’avez volée, allez-vous-en.»
Il se releva, abasourdi, prit son chapeau et s’en alla.
Le lendemain, elle retournait au val de Ciré. Son mari, surpris, lui reprocha ce coup de tête. «Je ne pouvais plus vivre loin de toi», dit-elle.
Il la trouva changée de caractère, plus triste qu’autrefois; et quand il lui demandait: «Qu’as-tu donc? Tu sembles malheureuse. Que désires-tu?» Elle répondait, «Rien. Il n’y a que les rêves de bons dans la vie.»
«Mouton Fidèle» vint la revoir l’été suivant.
Elle le reçut sans trouble et sans regrets, comprenant soudain qu’elle ne l’avait jamais aimé qu’en un songe dont Péronel l’avait brutalement réveillée.
Mais le jeune homme, qui l’adorait toujours, pensait en s’en retournant: «Les femmes sont vraiment bien bizarres, compliquées et inexplicables.»
20 février 1883
UNE RUSE
Ils bavardaient au coin du feu, le vieux médecin et la jeune malade. Elle n’était qu’un peu souffrante de ces malaises féminins qu’ont souvent les jolies femmes: un peu d’anémie, des nerfs, et un peu de fatigue, de cette fatigue qu’éprouvent parfois les nouveaux époux à la fin du premier mois d’union, quand ils ont fait un mariage d’amour.
Elle était étendue sur sa chaise longue et causait. «Non, docteur, je ne comprendrai jamais qu’une femme trompe son mari. J’admets même qu’elle ne l’aime pas, qu’elle ne tienne aucun compte de ses promesses, de ses serments! Mais comment oser se donner à un autre homme? Comment cacher cela aux yeux de tous? Comment pouvoir aimer dans le mensonge et dans la trahison?»
Le médecin souriait.
«Quand à cela, c’est facile. Je vous assure qu’on ne réfléchit guère à toutes ces subtilités quand l’envie vous prend de faillir. Je suis même certain qu’une femme n’est mûre pour l’amour vrai qu’après avoir passé par toutes les promiscuités et tous les dégoûts du mariage, qui n’est, suivant un homme illustre, qu’un échange de mauvaises humeurs pendant le jour et de mauvaises odeurs pendant la nuit. Rien de plus vrai. Une femme ne peut aimer passionnément qu’après avoir été mariée. Si je la pouvais comparer à une maison, je dirais qu’elle n’est habitable que lorsqu’un mari a essuyé les plâtres.
«Quand à la dissimulation, toutes les femmes en ont à revendre en ces occasions-là. Les plus simples sont merveilleuses et se tirent avec génie des cas les plus difficiles.»
Mais la jeune femme semblait incrédule…
«Non, docteur, on ne s’avise jamais qu’après coup de ce qu’on aurait dû faire dans les occasions périlleuses; et les femmes sont certes encore plus disposées que les hommes à perdre la tête.»
Le médecin leva les bras.
«Après coup, dites-vous! Nous autres, nous n’avons l’inspiration qu’après coup. Mais vous!… Tenez, je vais vous raconter une petite histoire arrivée à une de mes clientes à qui j’aurais donné le bon Dieu sans confession, comme on dit.
«Ceci s’est passé dans une ville de province.
«Un soir, comme je dormais profondément de ce pesant premier sommeil si difficile à troubler, il me sembla, dans un rêve obscur, que les cloches de la ville sonnaient au feu.
«Tout à coup je m’éveillai: c’était ma sonnette, celle de la rue, qui tintait désespérément. Comme mon domestique ne semblait point répondre, j’agitai à mon tour le cordon pendu dans mon lit, et bientôt des portes battirent, des pas troublèrent le silence de la maison dormante; puis Jean parut, tenant une lettre qui disait: «Mme Lelièvre prie avec instance M. le docteur Siméon de passer chez elle immédiatement.»
«Je réfléchis quelques secondes; je pensais: Crise de nerfs, vapeurs, tralala, je suis trop fatigué. Et je répondis: «Le docteur Siméon, fort souffrant, prie Mme Lelièvre de vouloir bien appeler son confrère M. Bonnet.»
«Puis, je donnai le billet sous enveloppe et je me rendormis.