Aventures De Trois Russes Et De Trois Anglais Dans L’Afrique Australe
- Автор: Верн Жюль Габриэль
- Язык: французский
- Жанр: Путешествия и география
Электронная книга - «Aventures De Trois Russes Et De Trois Anglais Dans L’Afrique Australe». Краткое содержание книги:
Soudain, le bushman fit entendre un cri particulier. Ses trois chiens, aboyant aussitôt avec vigueur, s’élancèrent hors du taillis et se précipitèrent vers la troupe des pachydermes. En même temps, Mokoum, après avoir dit à son compagnon ce seul mot: «restez,» enleva son zèbre, et franchit le buisson de manière à couper la retraite au grand mâle.
Ce magnifique animal, d’ailleurs, ne chercha pas à se dérober par la fuite. Sir John, le doigt sur la gâchette de son fusil, l’observait. L’éléphant battait les arbres de sa trompe, et remuait frénétiquement sa queue donnant, non plus des signes d’inquiétude, mais des signes de colère. Jusqu’alors, il n’avait que senti l’ennemi. En ce moment, il l’aperçut et fondit sur lui.
Sir John Murray était alors posté à soixante pas de l’animal. Il attendit qu’il fût arrivé à quarante pas, et le visant au flanc, il fit feu. Mais un mouvement du cheval dérangea la justesse de son tir, et la balle ne traversa que des chairs molles sans rencontrer un obstacle suffisant pour éclater.
L’éléphant, furieux, précipita sa course, qui était plutôt une marche excessivement rapide qu’un galop. Mais cette marche eût suffi à distancer un cheval.
Le cheval de sir John, après s’être cabré, se jeta hors du taillis, sans que son maître pût le retenir. L’éléphant le poursuivait, dressant ses oreilles et faisant retentir sa trompe comme un appel de clairon. Le chasseur, emporté par sa monture, la serrant de ses jambes vigoureuses, cherchait à glisser une cartouche dans le tonnerre de son fusil.
Cependant, l’éléphant gagnait sur lui. Tous deux furent bientôt sur la plaine, hors de la lisière du bois. Sir John déchirait de ses éperons les flancs de son cheval qui s’emportait. Deux des chiens, aboyant à ses jambes, fuyaient à perdre haleine. L’éléphant n’était pas à deux longueurs en arrière. Sir John sentait son souffle bruyant, il entendait les sifflements de la trompe qui fouettait l’air. À chaque instant il s’attendait à être enlevé de sa selle par ce lasso vivant.
Tout à coup, le cheval plia de son arrière-train. La trompe, s’abattant, l’avait frappé à la croupe. L’animal poussa un hennissement de douleur, et fit un écart qui le jeta de côté. Cet écart sauva sir John d’une mort certaine. L’éléphant, emporté par sa vitesse, passa au-delà, mais sa trompe, balayant le sol, ramassa l’un des chiens qu’elle secoua dans l’air avec une indescriptible violence.
Sir John n’avait d’autre ressource que rentrer sous bois. L’instinct de son cheval l’y portait aussi, et bientôt il en franchissait la lisière par un prodigieux élan.
L’éléphant, maître de lui, s’était remis à sa poursuite, brandissant le malheureux chien, dont il fracassa la tête contre le tronc d’un sycomore en se précipitant dans la forêt. Le cheval s’élança dans un épais fourré, entrelacé de lianes épineuses, et s’arrêta.
Sir John, déchiré, ensanglanté, mais n’ayant pas un instant perdu de son sang-froid, se retourna, et, épaulant sa carabine, il visa l’éléphant au défaut de l’épaule, à travers le réseau de lianes. La balle, rencontrant un os, fit explosion. L’animal chancela, et presque au même moment, un second coup de feu, tiré de la lisière du bois, l’atteignit au flanc gauche. Il tomba sur les genoux, près d’un petit étang à demi-caché sous les herbes. Là, pompant l’eau avec sa trompe, il commença à arroser ses blessures, en poussant des cris plaintifs.
À ce moment apparut le bushman. «Il est à nous! il est à nous!» s’écria Mokoum.
En effet, l’énorme animal était mortellement blessé. Il poussait des gémissements plaintifs; sa respiration sifflait; sa queue ne s’agitait plus que faiblement, et sa trompe, puisant à la mare de sang formée par lui, déversait une pluie rouge sur les taillis voisins. Puis, la force lui manquant, il tomba sur les genoux, et mourut ainsi.
En ce moment, sir John Murray sortit du fourré d’épines. Il était à demi-nu. De ses vêtements de chasse, il ne restait plus que des loques. Mais il eût payé de sa propre peau son triomphe de sportsman.
«Un fameux animal, bushman! s’écria-t-il en examinant le cadavre de l’éléphant, un fameux animal, mais un peu trop lourd pour le carnier d’un chasseur!
– Bon! Votre Honneur, répondit Mokoum. Nous allons le dépecer sur place et nous n’emporterons que les morceaux de choix. Voyez de quelles magnifiques défenses la nature l’a pourvu! Elles pèsent au moins vingt-cinq livres chacune, et à cinq schellings la livre d’ivoire, cela fait une somme.»
Tout en parlant, le chasseur procédait au dépeçage de l’animal. Il coupa les défenses avec sa hache, et se contenta d’enlever les pieds et la trompe qui sont des morceaux de choix, dont il voulait régaler les membres de la commission scientifique. Cette opération lui demanda quelque temps, et son compagnon et lui ne furent pas de retour au campement avant midi.
Là, le bushman fit cuire les pieds du gigantesque animal suivant la mode africaine, en les enterrant dans un trou préalablement chauffé comme un four au moyen de charbons incandescents.
Il va sans dire que ce mets fut apprécié à sa juste valeur, même par l’indifférent Palander, et qu’il valut à sir John Murray les compliments de toute la troupe savante.
Chapitre X Le rapide.
Pendant leur séjour au kraal des Bochjesmen, le colonel Everest et Mathieu Strux étaient restés absolument étrangers l’un à l’autre. Les observations de latitude avaient été faites sans leur concours. N’étant point obligés de se voir «scientifiquement,» ils ne s’étaient point vus. La veille du départ, le colonel Everest avait tout simplement envoyé sa carte «P. P. C.,» à l’astronome russe, et avait reçu la carte de Mathieu Strux avec la même formule.
Le 19 mai, toute la caravane leva le camp, et reprit sa route vers le nord. Les angles adjacents à la base du huitième triangle, dont le sommet était sur la gauche de la méridienne, par un piton judicieusement choisi à une distance de six milles, avaient été mesurés. Il ne s’agissait donc plus que d’atteindre cette nouvelle station, afin de reprendre les opérations géodésiques.
Du 19 au 29 mai, la contrée fut rattachée à la méridienne par deux triangles nouveaux. Toutes les précautions avaient été prises dans le but d’obtenir une précision mathématique. L’opération marchait à souhait et jusqu’alors, les difficultés n’avaient pas été grandes. Le temps était resté favorable aux observations de jour, et le sol ne présentait aucun obstacle insurmontable. Peut-être même, par sa planité, ne se prêtait-il pas absolument aux mesures des angles. C’était comme un désert de verdure, coupé de ruisseaux qui coulaient entre des rangées de «karrée-hout,» sorte d’arbres, qui, par la disposition de leur feuillage, ressemblent au saule, et dont les Bochjesmen emploient les branches à la fabrication de leurs arcs. Ce terrain, semé de fragments de roches décomposées, mêlé d’argile, de sable et de parcelles ferrugineuses, offrait en certains endroits des symptômes d’une grande aridité. Là, toute trace d’humidité disparaissait, et la flore ne se composait plus que de certaines plantes mucilagineuses qui résistent à la plus extrême sécheresse. Mais, pendant des milles entiers, cette région ne présentait aucune extumescence qui pût être choisie pour station naturelle. Il fallait alors élever soit des poteaux indicateurs, soit des pylônes hauts de dix à douze mètres, qui pussent servir de mire. De là, une perte de temps plus ou moins considérable, qui retardait la marche de la triangulation. L’observation faite, il fallait alors démonter le pylône et le reporter à quelques milles de là afin d’y former le sommet d’un nouveau triangle. Mais, en somme, cette manœuvre se faisait sans difficulté. L’équipage de la Queenand Tzar, préposé à ce genre de travail, s’acquittait lestement de sa tâche. Ces gens, bien instruits, opéraient rapidement, et il n’y aurait eu qu’à les louer de leur adresse, si des questions d’amour-propre national n’eussent souvent semé la discorde entre eux.