La Lionne des Kagonestis
- Автор: Berberick Nancy Varian
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-07818-2
- Переводчик: Anne-Virginie Tarall
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Lionne des Kagonestis». Краткое содержание книги:
— Ayensha est ma cousine, avait dit Jeratt. Sa mère et la mienne étaient sœurs. Je l’aime beaucoup, et je te remercie de l’avoir sauvée.
— Iydahar et elle font-ils partie de la... bande ?
— Elle, oui, mais pas lui.
Dar exerçait pourtant une sorte d’emprise sur les rebelles, puisqu’ils tenaient toujours compte de son avis.
Jeratt refusa de lui dire pourquoi, et elle ne put pas interroger son frère.
Les jours se rafraîchirent, certaines aubes se levant sur un monde constellé de givre. Kerian aurait peut-être dû partir, mais elle espérait encore parler avec Iydahar. Hélas, il semblait presque invisible. Et pour être tout à fait franche, elle n’avait pas envie de quitter ce havre de paix.
— Suis-je votre prisonnière ? demanda un jour Kerian à Jeratt.
Il haussa les épaules.
— Notre invitée, disons... Tu t’assieds avec nous, tu manges notre nourriture, tu utilises nos couvertures... Mais si tu grimpais trop haut sur la colline... Eh bien, en t’éloignant, tu n’irais nulle part.
Kerian comprit ce qu’il voulait dire. À deux reprises déjà, elle avait senti ses sens l’abandonner, et elle ne tenait pas à refaire cette expérience.
Jeratt mangeait du gibier séché. Il lui en offrit un morceau, qu’elle fit descendre avec de l’eau glacée.
Des jours plus tard, la nouvelle de la mort de Nayla et de Haugh parvint au roi. Il avait guetté leur retour en compagnie de sa bien-aimée. Chaque soir, il s’était endormi dans l’espérance.
En pure perte.
Faute de cérémonies pour le distraire, Gilthas s’installa dans la bibliothèque. Confortablement assis devant un bon feu, il entendit Planchet donner des ordres aux serviteurs, afin que tout soit prêt pour le coucher du monarque.
Gilthas sourit. Planchet avait été le premier au courant de sa liaison avec la belle servante du sénateur Rashas... Il l’imaginait, faisant le tour de la chambre royale pour ramasser les vêtements choisis pour la journée – la robe du matin, celles du Sénat, la tenue de cheval...
Quand Planchet frappa à la porte et entra, Gilthas fut surpris par sa pâleur et ses yeux cernés.
— Majesté... (Les bras ballants, décomposé, il ne portait pas de vêtements pliés sur ses bras, contrairement à son habitude.) Ils sont morts.
Gilthas ferma violemment son livre. Le ronflement du feu s’était transformé en rugissement... À la lueur rougeoyante des flammes, Planchet paraissait hagard.
— Nayla et Haugh ont été retrouvés dans les cendres d’une taverne incendiée par Eamutt. Ils auraient été tués par des Kagonestis.
— Kerian...
— L’établissement était La Taverne du Lièvre et du Chien de Chasse, à Sliathnost. Des représailles pour la mort d’un chevalier, dit-on. Deux autres tavernes ont été brûlées, à Ealanost et à dix lieues au sud, à la croisée de la route de Qualinost. D’après les témoins, les chevaliers ont ordonné la capture de Kerian et son supplice par décapitation.
— Trouve-la ! souffla Gilthas d’une voix rauque. Envoie d’autres agents à sa recherche.
Planchet se retirant, il passa sur la terrasse.
Le long des ponts argentés qui avaient si bien protégé la capitale pendant des siècles, le roi ne vit pas de garde. Aucun chevalier n’était visible sous le ciel étoilé, et dans les tours, pas un feu ne brillait derrière les étroites fenêtres. À la lumière de la lune, il crut voir les anciens Gardiens de la Forêt. Il imagina même entendre le staccato des bottes et les cliquetis des armures.
Gilthas se secoua.
Dans son dos, une carafe et un verre en cristal tintèrent – Planchet était de retour. Le roi se demanda où étaient les chevaliers de Thagol qui, d’ordinaire, patrouillaient au-dessus de la cité conquise...
Une grande silhouette noire émergea de la tour est plongée dans l’obscurité. Illuminé par les étoiles et la lune, l’homme s’appuya au parapet, les mains de chaque côté d’une tête tranchée, sans être incommodé par son odeur. Le vent souleva son manteau, qui se déploya comme des ailes.
Son visage était pâle comme une cicatrice.
Le roi des elfes s’empourpra de colère et le sang battit furieusement à ses tempes.
Eamutt Thagol !
Le chevalier se tourna dans la direction de Gilthas...
... Et une vision s’imposa au fils de Laurana.
Des torches et des flammes, une fumée noire occultant les étoiles...
Gilthas entendit des elfes hurler, un enfant crier... et sa plainte s’interrompre, comme coupée par une lame.
La colère céda la place à la peur quand Gilthas eut un aperçu vertigineux de la noirceur du seigneur Eamutt Thagol. Son estomac se rebella. Alors qu’il inspirait profondément pour se reprendre, il entendit marcher une colonne de draconiens... L’air résonna de cliquetis métalliques et de ricanements sifflants.
Face à face, le roi de paille et le Chevalier du Crâne s’affrontaient du regard... Gilthas détourna les yeux le premier. Puis il hocha sèchement la tête comme pour congédier son adversaire, et, dos tourné, rentra dans sa bibliothèque.
Les pas lourds des draconiens résonnaient toujours à ses oreilles.
Il repensa à Kerian.
— Planchet, j’ai changé d’avis. Rappelle nos agents.
Le serviteur écarquilla les yeux.
— Sire ?
— Pas question de conduire Thagol jusqu’à elle.
Nous l’abandonnons à son sort. Avec l’espoir qu’un dieu veillera sur elle...
Après un automne court, le temps filait toujours plus vite en cette saison. Au quinzième jour passé avec les hors-la-loi, Kerian sentit la morsure du gel dans l’air matinal. Voyant les chasseurs revenir les bras chargés de lièvres et de cailles, elle ranima le feu et sortit son couteau. Si ses hôtes ne lui permettaient pas de chasser, ils comptaient sur elle pour vider les bêtes et les préparer à rôtir.
— Il faut mériter son souper, ma belle ! lança Jeratt avec un sourire espiègle.
Kerian s’était habituée à ses moqueries amicales.
Les chasseurs et les trappeurs posèrent leurs gibecières près d’elle.
Plus tard, au coucher du soleil, les hors-la-loi se rassemblèrent autour de l’Ancienne.
Parmi eux, Kerian fut étonnée de reconnaître Bueren Rose, aussi pâle qu’une lune d’hiver. Dans ses yeux brillait une lumière évoquant celle d’un bûcher funéraire. Kerian voulut appeler son amie, lui demander ce qu’elle faisait là...
Jeratt l’arrêta.
— Tais-toi. Laisse-la tranquille.
Le ciel vira au bleu-indigo, un croissant de lune dominant les arbres.
Perdue dans ses tourments, Bueren paraissait indifférente à tout.
Kerian se contenta d’avancer d’un pas. Si la fille du tavernier la remarquait, elle apprécierait peut-être de revoir un visage amical...
L’Ancienne leva une main.
Tête tournée vers les étoiles, Iydahar contempla ce que lui seul voyait.
— Écoutez ! (La voix d’Iydahar était forte et profonde ; ses compagnons retinrent leur souffle.) Une chose a été dite, une chose a été faite, et tous doivent savoir.
Dans le ciel, un faucon à queue rouge décrivait des cercles, son ombre glissant sur les rochers.
D’une voix subtilement altérée, Iydahar continua.
— « Sur ordre du seigneur Eamutt Thagol, Chevalier de Néraka et frais émoulu du Monastère de l’Os, la nommée Kerianseray, une servante du sénateur Rashas, est déclarée coupable de meurtre et de sédition ! »
Les elfes murmurèrent.
— « Le présent décret la prive de tout recours juridique, que ce soit selon les lois de son suzerain ou celles de votre maîtresse suprême, Béryl. »
Il y eut quelques ricanements à la mention de la femelle dragon tyrannique et ses diktats.
— « Les elfes lui refuseront assistance, nourriture, arme et refuge. Tout devra être mis en œuvre pour la capturer et la livrer au seigneur Thagol, à Qualinost. Elle sera décapitée, sa tête plantée au bout d’une pique.