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Электронная книга - «Les chiennes savantes». Краткое содержание книги:

Avec un langage tellement cru que l'on a du mal à croire qu'il puisse être réellement utilisé, Virginie Despentes raconte des histoires de dérive, de cavale, mais aussi de quotidien plus ou moins sordide. Les histoires sont poignantes, l'émotion suscitée par la lecture est vive. L'utilisation d'un tel langage permet d'affranchir la réalité racontée de tout filtre édulcorant: l'outrance permet de mieux appréhender les personnages que ne pourrait le permettre un langage plus normal (plus banal). L'utilisation de ce langage est un artifice d'auteur: le langage utilisé ne correspond pas au nôtre, et cela permet à l'auteur de nous projeter volontairement dans un tissu narratif dont les règles ne sont pas les règles que l'on a coutume de rencontrer; le langage nous force à penser et à ressentir d'une certaine manière. Ainsi, on construit sa représentation personnelle des personnages sur leurs actions et sur leurs paroles, tout en acceptant comme normalité la logique propre de ces personnages, parce que notre projection dans leur langage fonde cet aspect logique: l'outrance du langage se justifie elle-même. A partir de là, l'outrance même de l'histoire disparaît, et l'on a des romans aux histoires simples et émouvantes. La violence des actions est au niveau de la violence du langage: elle s'efface donc elle aussi. La sous-narration sexuelle apparaît elle-aussi effacée par le langage, même si elle reste parfois déstabilisante pour un lecteur masculin (l'évocation de la libido féminine sous un jour habituellement utilisé pour la libido masculine surprend). Dans ces romans où tout les éléments constitutifs possèdent la même outrance (langage, action, sexe, mais aussi villes moralement délabrées et société décrépite), il n'y a pas de contraste pour marquer l'anormalité de tel ou tel élément. Cela permet donc d'atteindre une finesse de sentiments sous-jacente, comme l'immobilisme et les sentiments de l'Education Sentimentale permettent de saisir les raisons des errements amoureux de Frédéric. En somme, l'auteur nous montre qu'une description crue ne concerne pas forcément des sentiments crus.
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– Des filles qui viennent de chez vous m'ont dit que vous vous mettiez au snuf? Il paraît que vous en avez déjà fait découper deux… C'est pas un mauvais marché, surtout si vous avez les moyens de vous payer des Blanches. Mais je suis étonnée, vous n'avez pas été très discrets…

Saïd s'est collé à elle:

– La putain de toi, on vient de te dire de dégager…

Premier mouvement, déclencheur, suivi d'un grand tumulte.

Les quatre se sont levés dans un même élan. Deux chaises sont tombées, fracas.

J'ai vu l'un d'eux empoigner Saïd par les cheveux, l'entraîner jusqu'au comptoir, le maintenir la gueule écrasée dans une flaque de bière, canon contre la nuque.

Autre plan, un autre à califourchon sur Guillaume, bras tendus, doigts crispés sur un gun tenu à quelques centimètres de son front.

Mathieu avait probablement esquissé un mouvement pour se saisir de quelque chose sous le comptoir. Détonation, puissante, odeur de poudre aussitôt, rangée de bouteilles brisées derrière lui. Il s'est relevé sans se hâter, deux silhouettes en noir s'étaient postées à la porte d'entrée, ils tenaient tout le bar en joue et surveillaient que tout le monde reste tranquille.

Mme Cheung a calmement balayé la pièce du regard. L'enculée avait vraiment un bon style de frime, elle a pris tout son temps, et une lueur d'excitation féroce lui allumait les yeux.

Elle a déclaré sur un ton franchement désolé et trop affable, le ton de celle qui voudrait bien faire plaisir mais qui ne peut vraiment pas:

– Ça fait une semaine que je la cherche, j'ai des choses importantes à voir avec elle.

Elle a marqué une pause et conclut:

– Et je ne crois pas que vous soyez en mesure de nous faire quitter les lieux de force…

Rage de l'impuissance, humiliante sensation et j'avais l'impression de n'être pas assez rapide, pas assez téméraire. Le coup de feu dans la vitrine derrière le comptoir m'avait tétanisée, vrillé les tympans et bloquée net.

Elle a juste toussé, la Reine-Mère, flanquée de deux de ses filles. Le collant de l'une d'elles avait filé. Mais elles mettaient tout le monde dans le vent, en matière d'assurance flegmatique. Et puis, juchées sur leurs talons, on aurait dit que les maîtresses venaient calmer le jeu dans la cour des petits.

Sonia était derrière elles, je n'avais même pas remarqué qu'elle s'était éclipsée dès que la voiture s'était garée devant. Je me suis sentie encore plus conne, vraiment quelqu'un qui ne sert à rien.

Mme Cheung a fait signe à ses lascars de lâcher leur proie respective, et de baisser les armes.

Les deux chefs avaient un coaching assez similaire: théâtral et minimaliste.

Il y a eu un moment de bruits: Guillaume, qui pestait en se relevant; Saïd, qui retournait s'asseoir comme s'il sortait des chiottes. Moi, j'ai relevé une table, Sonia a remis une chaise en place. Guillaume a commenté:

– Bonne ambiance quand même…

En s'époussetant une dernière fois, puis s'est assis.

Julien était blanc comme un linge, il y a des gens que la violence affecte réellement, il suffit qu'ils continuent de réfléchir normalement pendant que ça se passe. Je ne sais pas quelle tête je faisais, mais le sentiment de lâcheté est moins pénible aux filles.

Mathieu s'était remis à essuyer des verres, on pouvait trouver quelques défauts à ce garçon, mais pas de manquer de sang-froid.

Mireille a tourné le dos à la scène et s'est occupée de bien le détailler. Elle n'avait pas l'air trop impressionné, elle avait même sorti son plus beau sourire.

Ça faisait comme une scène au ralenti, comme s'il manquait quelque chose au son, à l'air. Un vide. Le soulagement brutal et exténuant d'après l'effroi. Situation brusquement désamorcée, et on était comme vaguement K.-O., un peu nigauds.

Le face-à-face silencieux Reine-Mère-Mme Cheung, a duré un petit moment, elles avaient l'air de prendre un malin plaisir à se regarder. La Reine-Mère en imposait autrement plus, elle avait l'avantage mamellaire.

Mme Cheung a fini par se lancer:

– Je te cherchais.

– Tu cherchais la merde.

– Je te cherchais, oui.

– Qu'est-ce qui t'arrive?

– Le désordre règne en ce moment. J'entends raconter partout que tu protèges un tueur… Il y a plein de filles de chez toi qui rappliquent chez moi, paniquées et pleines d'histoires à dormir debout. Vu comment tu t'occupes d'elles, je les comprends. Moi, je suis prête à les récupérer, et j'ai les moyens de protéger tout le monde. C'est bourré de trésors, ici, et si tu brades je suis preneuse. Je suis même prête à discuter arrangements. Alors comme tu refusais obstinément de me voir, je me suis permis d'employer les grands moyens.

– J'ai rien à discuter avec toi. J'ai jamais travaillé avec des branleuses.

Elle a souri encore une fois, plus pincée:

– Tu crois vraiment que tu as encore les moyens de le prendre sur ce ton?

– Je t'ai fait savoir que je ne voulais même pas te voir. Je pense qu'on t'a demandé de sortir… Et je crois que tu ferais mieux d'obtempérer, avec tes gnomes…

Mme Cheung a changé de ton d'un seul coup, de courtoise elle est passée à hystérique, sans qu'on comprenne bien ce qui l'avait mise dans une telle rage. Un caractère cyclothymique.

– Écoute-moi bien, sale truie visqueuse. Ton quartier, tout compris, bâtiments et gens, je le rachète dans le mois. J'étais venue te voir pour qu'on s'arrange entre gens raisonnables. Mais tu préfères tout gâcher plutôt que de voir les choses continuer sans toi, et je ne te croyais pas si stupide.

Saïd lui a sauté à la gorge, littéralement. La Reine-Mère l'a retenu à temps. Une bonne poigne. Un drôle d'échange de regards entre elle et lui, à jurer que s'ils avaient été seuls ils se seraient métamorphosés en grosses bêtes à poil et à dents longues.

Mme Cheung est sortie, furieuse et méprisante, suivie de ses bonshommes.

Mathieu a remarqué, bon esprit:

– Que de bordel pour si peu de chose. Pour ce qu'ils avaient à dire, ils auraient pu envoyer une carte postale.

L'esprit de solidarité, on a vaguement ricané. Mais personne n'a trouvé autre chose à dire.

En fait, on attendait tous une déclaration de la Reine-Mère: qu'elle nous explique ce qui s'était passé, ce qui allait se passer, quel temps il faisait dehors, toutes ces choses…

Mais elle n'a rien dit. Elle a juste demandé:

– Ça va, y a pas eu de casse?

Et comme on faisait tous signe que non, il n'y avait rien eu de bien grave. Elle avait l'air de trouver tout ça très fastidieux. Elle a dit:

– Bonne chance pour la suite des opérations.

Avant de sortir.

Saïd a fait mine de la suivre, elle s'est retournée, a pointé son doigt sur lui:

– Toi, je ne veux plus te voir.

Elle semblait exténuée, et avoir la tête ailleurs. Il est resté sur place.

SAMEDI 9 DÉCEMBRE.

14 H 00

– Retourne-toi, sale putain, fais-moi voir ton derrière… Penche-toi bien, petite salope, montre-moi ton bazar. Tu mouilles, je vois ça d'ici.

Papy glapissait, faisait des petits bonds sur son tabouret. Il a émis un râle bizarre, j'ai jeté un coup d'œil par-dessus mon épaule. Quelques gouttes blanches perlaient au bout de son appendice rougeaud.

Couchée trop tard la veille, on avait fait la fermeture du Checking, tous survoltés parce que les branleurs n'avaient pas fait long feu à L'Arcade, à raconter partout comment la Reine-Mère les avait mis fissa en déroute.

Je me sentais brassée de l'estomac et fragile de la tête.

Le vieux monsieur s'est reboutonné, est redevenu courtois et m'a félicitée:

– Vous avez été délicieuse.

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