Le Voyage en France
- Автор: Дютертр Бенуа
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Le Voyage en France». Краткое содержание книги:
Avec Le voyage en France, l'auteur oppose deux visions de l'art et de la culture par le truchement de deux protagonistes qui se croisent par hasard. Le premier, David, jeune Étasunien décontenancé, séjourne en France à la recherche de l'art de Monet. Naïvement, il constate que la France ne ressemble pas à celle imaginée. Le second, un Français quadragénaire sans nom (et narrateur), ayant déjà visité l'Amérique à l'époque du flower power, mène une petite vie stagnante, presque quelconque. Les deux indépendamment vivront une histoire d'amour qu'une seconde lecture permettra de coller, telle une métaphore, à la vision globale du roman. À la fin, les deux compères débarquent en Amérique où le récit s'achève sur une longue apologie de l'éclectisme américain.
Le roman agit comme une grande comparaison de perceptions culturelles figées. Ainsi, la France vue par l'Étasunien se résumerait par l'art des Impressionnistes qui annonce le 20e siècle, alors que l'Amérique serait un foutoir fascinant. Bref, la modernité est le gage de l'Amérique alors que la nostalgie s'avère la marque de la France. Si on va plus loin, on peut même sous-entendre dans le raisonnement de l'auteur, que la modernité américaine serait issue de l'héritage français.
Je doute qu'il puisse y avoir plusieurs interprétations à ce roman fort simpliste. L'auteur cherchait peut-être à provoquer l'institution française en douceur? Personnellement, je ne partage pas cette vision. La France, tout comme l'Europe d'ailleurs, est un modèle à part entière – malgré les influences américaines – de ce qu'on peut attendre après l'esthétisme postmoderne. Il suffit de convaincre les discours dominants, ces grands fabricants d'idées reçues!
À lire pour se forger une opinion sur le sujet et, accessoirement, se divertir d'une histoire plutôt attachante avec ses quelques moments loufoques et revirements inattendus.
fripé de Mme de Lara. Ophélie éclata de rire:
– Allons, ne faites pas l'idiote. Cannes… le Majestic, vous étiez hyperbranchée dans le cinéma, à l'époque!
– Qu'est-ce qu'elle raconte? marmonna la productrice en avalant une gorgée de café.
Ophélie poursuivait:
– Il faudra que je vous parle de mon grand projet: une relecture radicale de Claudel. Mais venons-en à nos moutons: je pense qu'une chaîne généraliste peut développer une approche nouvelle de la poésie. Alors voilà mon idée. Au lieu de porter des seaux d'eau, comme les autres candidats, j'apparaîtrai à l'écran habillée en Rimbaud. Je dirai Une saison en enfer et l'applaudimètre parlera.
La femme eut une moue de dégoût;
– Et votre ami, dans ce projet? Ophélie prit une voix plus grave:
– Je vous présente mon producteur américain, qui arrive de New York. Là-bas, c'est l'homme à la mode. Mais ici, en France, il a quelque chose à vous demander…
David se tourna, surpris.
– David ne connaît pas son père, mais nous savons qu'il est français. À la recherche de son identité, il vit depuis deux mois à l'hôtel Bonaparte. Je pense que si David participait à votre émission Sans famille, il aurait de grandes chances de retrouver ce père tant aimé.
– Intéressant, émouvant! approuva Mme de Lara.
Tandis que les deux femmes négociaient, le jeune homme sentit monter une vive irritation. Tournée vers lui, Ophélie résumait le scénario:
– Ce n'est rien, vous verrez. Vous arrivez sur le plateau, vous racontez votre histoire. Des témoins téléphonent. Ainsi, peu à peu, on remonte la piste.
La productrice devenait plus conciliante:
– On organise plusieurs face-à-face avec vos pères, vrais ou faux. Et, pour finir, une rencontre en direct avec le vrai. Vous avez un style, un physique… Ce serait magnifique.
Furieux, David interpella Ophélie avec un regain d'accent américain:
– Vous êtes complètement folle. J'aime la France des poètes. Je ne cherche pas mon père. Et je n'ai pas l'intention de participer à des émissions débiles!
– Mais, David, la télévision a besoin de poètes, et les poètes ont besoin de la télévision. Je le prouve chaque jour.
– Vous dites n'importe quoi. Ne comptez pas sur moi pour cette mascarade.
Désolée, Ophélie écarquillait les yeux devant la responsable:
– On en reparlera… En attendant, que pensez-vous de mon projet Rimbaud?
– C'est pas pour nous, grommela la productrice. On fait du populaire, de l'Audimat. David ce serait mieux. Mais commencez par vous mettre d'accord.
Rouge de colère, David quitta le studio derrière Ophélie. Sur le trottoir, il éclata:
– Vous vous moquez de moi. Vous me manipuiez selon vos intérêts. Quand je pense que vous osez parler de la bohème.
S'énervant à son tour, Ophélie lui coupa la parole:
– Vous m'avez fait rater mon casting, avec votre air idiot. Je cherche à vous rendre service, et vous faites tout pour briser ma carrière!
– Votre carrière. Quelle carrière? Je suis votre seul admirateur!
– Ah, ah, ah! Vous ne connaissez pas mes groupies! Et vous ne risquez pas de les connaître, avec vos manières. Pourquoi ne faites-vous rien pour moi, à New York?
– Mais que voulez-vous que je fasse à New York?
– Pourquoi êtes-vous si radin, avec votre fortune?
– Vous délirez! Si c'est la télé qui vous intéresse. Je ne veux plus vous voir!
– Moi non plus, je ne veux plus vous voir!
Le riche Italien
David rentra seul à l'hôtel, fâché. À trop rêver de la France disparue, il était devenu l'esclave d'une dingue. Il était temps de découvrir un Paris moins factice.
À peine arrivait-il dans sa chambre d'hôtel que le téléphone sonnait. Stéphanie de Lara, directrice
de casting, se permettait de l'appeler – non pour cette émission sur les Sans famille, mais pour un magazine culturel consacré au regard des Américains sur la France. Elle avait apprécié son style, son léger accent et elle lui proposait de participer. H faillit raccrocher puis se ravisa. L'occasion se présentait de nouvelles rencontres. Il allait réfléchir. La femme ajouta:
– Mais surtout, je vous en prie: venez sans cette folle.
Le jeune Américain passa la soirée à errer dans les rues de Saint-Germain-des-Prés. À une terrasse de café, il engagea la conversation avec un groupe de jeunes révolutionnaires bourgeois, enfants d'anciens jeunes révolutionnaires bourgeois. Tard dans la nuit, ayant déjà beaucoup bu, il bavarda avec une cinéphile allemande aux yeux bleus. Au petit matin, il sortait de chez Castel en compagnie d'un nommé Edouard qui improvisa une corrida automobile au milieu du boulevard Saint-Germain, avant de le laisser devant son hôtel.
En fin de matinée, on frappa à sa porte. David entrouvrit l'œil puis le referma, accablé par la migraine. On frappait plus fort et il répondit d'une voix faible:
– Entrez.
Il vit alors apparaître un curieux personnage qui s'avança dans la lumière matinale: un homme de taille moyenne, avec une grosse tête et un corps osseux dans des vêtements trop larges pour lui. La quarantaine, il avait le teint cireux mais sa peau était couverte de traces dorées, comme des paillettes. Pendant quelques secondes, il considéra David au fond du lit. Puis il prononça d'une voix sinistre:
– Faut arrêter d'embêter Vanessa!
Tout à son mal de crâne, l'Américain commença à bredouiller:
– Quelle Vanessa? Excusez-moi, je ne connais pas de Vanessa. Et je ne sais pas ce que vous faites dans ma chambre…
– Vous voyez très bien ce que je veux dire. Après tout, si Ophélie s'appelait Vanessa…
David s'inquiéta. Ce vengeur sinistre était-il le riche Italien jaloux dont Ophélie lui avait parlé? H avait plutôt l'air d'un pauvre Français. David articula faiblement:
– Je vous assure, je ne lui ai rien faitl L'autre restait imperturbable:
– Faut arrêter de l'embêter, de lui monter la tête avec sa carrière. Laissez-la tranquille. Je ne vous le répéterai pas.
David n'avait pas l'habitude des menaces. Le type claqua la porte, tandis que l'apprenti Parisien prenait cet avertissement comme une raison supplémentaire d'oublier son égérie.
Où David connaît le succès
La prestation télévisée de David – en jeune Américain découvrant la France moderne – fut un franc succès. On l'invita sur d'autres plateaux. Un magazine publia sa photo et il devint la coqueluche des soirées. Des cartes se tendaient, des rendez-vous s'offraient. La rumeur se répandait: David réalisait un reportage sur la France contemporaine pour un grand journal new-yorkais. Chacun voulait en être. Les gens critiquaient l'Amérique, mais ils ne pensaient qu'à elle. Il but beaucoup de Champagne, fréquenta les boîtes de nuit. Mais, après quelques semaines, il s'aperçut qu'il vivait à Paris comme vivent les gens branchés à New York ou ailleurs. Sauf que là-bas, son cas n'aurait intéressé personne. Ici, le fait d'être américain et d'aimer la France lui valait une faveur extraordinaire.
La maison de production qui l'avait sollicité appartenait à un groupe de communication, également propriétaire du magazine qui publia sa première interview. Conseiller littéraire de la maison Graphomane (filiale du même conglomérat), l'éditeur Jean Royaume invita l'Américain à déjeuner pour discuter d'un contrat. À la Brasserie Lipp, il lui présenta le patron du groupe – lui-même employé d'un empire agroalimentaire qui développait de nouvelles activités dans la presse, l'édition et l'Internet. Sortant de table un peu éméché, David se demandait jusqu'où remontait cette pyramide infinie dans laquelle cohabitaient hommes d'affaires, artistes, hommes politiques, publicitaires.
Il traîna un instant place Saint-Germain-des-Prés. Sous le soleil de mai, des statues vivantes posaient pour les touristes. Un faux automate du XVIIIe siècle se déplaçait par mouvements saccadés. Une fille enduite de peinture verte brandissait le flambeau de la statue de la Liberté. Un peu plus loin, la momie de Toutankhamon se dressait dans son sarcophage. Un masque doré et une couronne recouvraient à moitié son visage, mais on devinait la peau du menton qui palpitait légèrement et les gouttes de sueur suintant sous les oreilles. Le pharaon restait immobile devant un panier où l'on déposait la monnaie. Seuls les cils clignotaient et David avait l'impression que Toutankhamon le regardait fixement. La statue paraissait furieuse, pleine de haine pour ces badauds qui défilaient toute la journée. Il préféra rentrer à l'hôtel pour faire la sieste.