Poésie
- Автор: Де Мопассан Ги
- Серия: L’œuvre de Guy de Maupassant #36
- Язык: французский
- Жанр: Прочая поэзия
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Poésie
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Il dévale du mont, roule dans les ornières,
Perce d'épais fourrés pareils à des crinières,
Et fait mille détours comme un loup qu'on poursuit !
Il s'arrête. – Son œil que la terreur dilate
Guette de tous côtés s'il est loin d'un hameau ;
Alors dans sa main creuse il fait fondre un peu d'eau,
Pour effacer encor quelque tache écarlate !
Puis il repart. – Mais en son cœur surgit l'effroi
D'errer jusqu'à la mort, sans rencontrer personne,
Par la neige si vaste et sous un ciel si froid !
Il écoute. – Il entend une cloche qui sonne,
Et va vers le village à pas précipités.
Les paysans déjà causaient de porte en porte ;
Il leur crie en courant : « Venez tous, Elle est morte ! »
Il passe. – Il va frapper aux logis écartés,
Répétant : « Venez donc, venez, je l'ai tuée ! »
Alors une rumeur grandit, continuée
Jusqu'aux hameaux voisins. Et chacun, se levant
Et quittant sa maison, accompagne le pâtre.
Mais lui n'arrête pas sa course opiniâtre ;
Il marche. – Le troupeau des hommes le suivant
Déroule par les prés sans tache un ruban sombre.
Tout pays qu'on traverse augmente encor leur nombre ;
Ils vont, tumultueux, là-bas, vers la hauteur
Où les guide, essoufflé, leur sinistre pasteur !
Ils ont compris quelle est la femme assassinée,
Et ne demandent pas ni pourquoi ni comment
Le meurtre fut commis. Ils sentent vaguement
Planer sur cette mort comme une Destinée.
Elle avait la Beauté, lui la Ruse ; il fallait
Qu'un des deux succombât. Deux Puissances égales
Ne règnent pas toujours. Deux Idoles rivales
Ne se partagent point le ciel, et le Dieu laid
Ne pardonne jamais au Dieu beau.
Sur la cime
De la côte, et devant la hutte on s'arrêta.
Il osa seul entrer en face de son crime,
Et, ramassant la morte aimée, il l'apporta,
Pour la leur jeter, nue, et d'un geste d'outrage,
Comme s'il eût crié : « Tenez, je vous la rends ! »
Puis il gagna sa hutte et s'enferma dedans.
On l'y laissa, mordu d'amour, et plein de rage.
Sur la neige gisait le corps éblouissant
Où n'apparaissait plus une goutte de sang ;
Car les chiens, la trouvant immobile et couchée,
L'avaient avec tendresse obstinément léchée.
Elle semblait vivante, endormie. Un reflet
De beauté surhumaine illuminait sa face.
Mais le couteau restait planté, juste à la place
Où s'ouvrait une route entre ses seins de lait.
Sa figure faisait une tache dorée
Sur la blancheur du sol. – Les hommes éperdus
La contemplaient ainsi qu'une chose sacrée !
Et ses cheveux ardents, en cercle répandus,
Luisaient comme la queue en feu d'une comète,
Comme un soleil tombé de la voûte des cieux ;
On eût dit des rayons qui sortaient de sa tête,
L'auréole qu'on met autour du front des dieux !
Mais quelques paysans, des vieux au cœur pudique,
Arrachant de leur dos la veste en peau de bique,
Couvrirent brusquement sa claire nudité,
Et les jeunes, ayant coupé de longues branches,
Construit une civière et retroussé leurs manches,
Par vingt bras qui tremblaient son corps fut emporté !
La foule, sans parole, à pas lents l'accompagne
Et, jusqu'aux bords lointains de la pâle campagne,
Rampe, comme un serpent, l'immense défilé.
Et puis tout redevint muet et dépeuplé !
Mais le pâtre, enfermé dans sa hutte isolée,
Sent une solitude horrible autour de lui,
Comme si l'univers tout entier l'avait fuit.
Il sort et n'aperçoit que la plaine gelée !…
La peur l'étreint. N'osant rester seul plus longtemps,
Il siffle ses grands chiens, ses deux bons chiens de garde.
Comme ils n'accourent point, il s'étonne, il regarde ;
Mais il ne les voit pas gambader par les champs…
Il crie alors. La neige étouffe sa voix forte…
Il se met à hurler à la façon des fous !
Ses chiens, comme entraînés dans le départ de tous,
Abandonnant leur maître, avaient suivi la morte.
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