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Scènes De La Vie De Jeunesse

Электронная книга - «Scènes De La Vie De Jeunesse». Краткое содержание книги:

L'auteur est connu pour les «Scènes de la vie de bohème», roman qui inspira à Puccini son opéra «la Bohème». C'est le même thème qui est traité dans les «Scènes de la vie de jeunesse». Beaucoup de talent et d'esprit, mais un livre très curieux où chacune des nouvelles décrit avec un humour noir, féroce et particulier, la vie de bohème des jeunes artistes des années 1850. «Le bonhomme Jadis» et «Le manchon de Francine» sont à cet égard remarquables. Miné par ses années de bohème, de même que les héros de ses nouvelles, Henry Murger est mort en 1861 à l'âge de 39 ans.
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– Eh bien, venez-vous? s’écria le vieillard, sur la porte du café.

– Nous voici, dit Octave, qui, après une courte hésitation se décida à offrir la main à sa compagne pour l’aider à franchir une petite mare d’eau.

Ce fut seulement bien après minuit que l’on put songer à se retirer. L’orage n’avait point cessé, et il avait plu à torrents.

– Nous allons être à l’amende, disait le bonhomme Jadis à Octave, en entendant sonner une heure du matin comme ils passaient à la barrière.

– Une heure… déjà… mon Dieu! fit la jeune fille avec épouvante. – Si on n’allait pas m’ouvrir…

– Hi! hi! hi! fit le bonhomme Jadis en lui-même. Ça serait drôle… Tra deri, - très drôle… deri dera…

– Rassurez-vous, mademoiselle, disait Octave à sa compagne, dont il sentait le cœur battre sous son bras, nous voici arrivés; dans un moment nous serons à votre porte…

Et il pressait le pas, tandis que le vieux voisin ralentissait exprès sa marche, en murmurant des mots décousus, comme:

– Il sera trop tard… pauvre fille… rester à la porte… à la belle étoile… – Ah! bah! tra deri… si mon jeune ami savait s’y prendre… l’hospitalité… de mon temps… deri dera… je sais bien ce que j’aurais fait… pas de maîtresse… à vingt ans… tra deri… c’est prodigieux, deri dera…

– Tiens! Tiens! on n’ouvre pas, dit-il en s’arrêtant tout à fait à quelque distance des deux jeunes gens, qui étaient arrêtés devant une maison de la rue Rochechouart faisant angle avec celle de la rue de la tour d’Auvergne.

Trois ou quatre coups de marteau retentirent violemment dans le silence et furent répétés par tous les échos de la rue déserte.

– C’est qu’on n’ouvre pas… tout de même, continuait le bonhomme Jadis en se rapprochant. Comment vont-ils se tirer de là?

Trois nouveaux coups ébranlèrent la porte, qui resta close.

– Eh bien, fit le vieillard en s’approchant, ils sont donc sourds?

– Ah! mon Dieu, disait la jeune fille, qui paraissait en proie à une grande agitation, qu’est-ce que madame va dire? Et le portier qui n’entend pas!

– Madame? Qui ça, madame? demanda le bonhomme.

– La directrice de la pension où je suis sous-maîtresse; je devais être de retour à dix heures. Mon Dieu! je vous en prie, ajouta-t-elle en parlant à Octave, frappez plus fort, on entendra peut-être.

Octave frappa, mais plus doucement qu’il n’avait fait, et tout en frappant il regardait la jeune fille, dont l’inquiétude était à son comble, et il aperçut une larme qui roulait sur sa joue. Ces pleurs dans ses yeux bleus causèrent au jeune homme une telle impression qu’il n’avait plus la force de frapper.

– On n’entend pas, dit-il, c’est inutile. Comment faire? Et il regarda sa compagne.

– Ah! mon Dieu, reprit le bonhomme Jadis d’une voix ironiquement dolente, comment faire?

– Comment faire? dit doucement la jeune fille.

– Ah! s’écria-t-elle en relevant la tête, j’entends du bruit… on a entendu.

– C’est impossible, s’écria Octave, tout le monde dort.

– Mais on s’est réveillé… Vous avez frappé trop fort, jeune homme, lui dit à l’oreille le bonhomme Jadis. C’est égal, la partie est bien engagée, mes compliments.

– Je ne vous comprends pas, fit Octave.

– Tra deri dera, chantonna le vieillard.

Pendant ce temps-là une petite fenêtre en œil-de-bœuf venait de s’ouvrir au-dessus de la porte cochère.

– Qui est là? dit une voix.

– C’est moi, répondit presque à voix basse la jeune fille.

– Qui, vous? demanda la voix; ça n’est pas un nom ça.

– Mademoiselle Clarisse, de chez Madame Hubert, la maîtresse de pension; ouvrez.

– Ah! c’est vous, répliqua la voix. C’est vous qui rentrez à des heures pareilles… C’est du joli! Excusez…

– Mais ouvrez donc, s’écria Octave avec vivacité; voilà une heure que nous sommes à la porte.

– Chut! dit doucement Clarisse en mettant sa main sur la bouche du jeune homme, ne le fâchez pas, il est méchant et serait capable de ne pas m’ouvrir.

– Ouvrirez-vous, à la fin? cria Octave d’une voix de tonnerre.

Le bonhomme Jadis avait entendu la recommandation faite tout bas par la jeune fille; et voyant de quelle façon le jeune homme lui avait obéi, il s’approcha d’Octave et lui glissa à l’oreille:

– Très bien! Je vous les réitère, mes compliments.

– Puisque c’est comme ça qu’on me parle, reprit la voix du portier, je n’ouvrirai pas; à cette heure-ci les honnêtes gens sont couchés, il n’y a que les vagabonds qui sont dehors.

– Vous voyez, fit Clarisse à Octave… Je vous l’avais bien dit, il est fâché; j’en étais bien sûre, on va me laisser à la porte, et demain Madame Hubert ne voudra plus me recevoir. Qu’est-ce que je deviendrai? Et elle se mit à fondre en larmes.

– Voyons, mon brave homme, dit le bonhomme Jadis au portier… vous ne laisserez pas cette pauvre petite à la porte. Vous avez la voix grosse… mais vous êtes sensible, le cœur est bon… Allons! ajouta le bonhomme, le cordon, s’il vous plaît.

Le portier crut qu’on se raillait de lui; et il s’apprêtait à refermer la fenêtre, quand il entendit les pas d’une patrouille qui s’avançait dans la rue; il craignit qu’on ne l’appelât, et, sans répondre, il tira le cordon.

Au moment où elle s’y attendait le moins, Clarisse, qui était appuyée contre la porte, la sentit fléchir sous elle…

– Il a ouvert! Il a ouvert. Merci, messieurs, je rentre bien vite… Ah! j’ai eu bien peur, ajouta-t-elle en regardant Octave, qui paraissait tout stupéfait. Adieu! dit-elle; et elle disparut, fermant la porte derrière elle.

– Eh bien, dit le bonhomme Jadis à Octave, qui ne bougeait pas, est-ce que nous allons coucher là, mon jeune ami?

– Non, non, répondit machinalement Octave en regardant toujours la porte; le portier avait pourtant dit qu’il n’ouvrirait pas, ajouta-t-il.

– Oui, mais il a ouvert; c’est égal, dit le vieillard, vous êtes en bon chemin maintenant. C’est toujours tout droit; et comme vous allez d’un assez bon pas, à ce que j’ai pu voir, vous arriverez. Et maintenant, allons nous coucher.

Arrivés à leur porte, Octave et le bonhomme Jadis recommencèrent le même manège qu’ils venaient de faire à la porte de Mademoiselle Clarisse. Ce ne fut qu’au bout d’un grand quart d’heure que le portier consentit à leur ouvrir.

Octave se jeta sur son lit et ne dormit presque pas. Le lendemain, dès le matin, – il était installé à la petite fenêtre donnant sur le jardin de l’institution de demoiselles. À l’heure de la récréation des élèves, Octave aperçut enfin mademoiselle Clarisse. Elle était assise sur un petit banc appuyé au mur, et justement situé dans une perpendiculaire directe au-dessous de la fenêtre du jeune homme. Tout à coup un petit papier attaché à un petit morceau de bois tomba sur le livre qu’elle tenait à la main. La jeune fille releva la tête et aperçut Octave; – elle lui sourit en mettant un doigt sur sa bouche, ramassa le petit papier et le mit dans sa poche; puis, la cloche ayant sonné pour la rentrée en classe, elle disparut avec ses élèves. Octave sauta en bas de la fenêtre et exécuta une danse folle.

– Bravo!… bravo! cria une voix qui venait d’une fenêtre de la cour.

Octave courut à sa croisée – qui était resté ouverte – et il aperçut le bonhomme Jadis qui jardinait comme de coutume.

– Eh bien, nous savons donc danser maintenant? dit le vieillard.

Octave lui répondit par un sourire accompagné par un geste amical.

Le soir du même jour, le portier monta tout essoufflé et tout effaré…

– Monsieur Octave, dit-il… c’est extraordinaire… ce qui arrive…

– Quoi donc? demanda le jeune homme avec inquiétude.

– Une lettre… une lettre pour vous!… C’est une dame qui l’a apportée… Nous en avons été saisis, ma femme et moi…

– Donnez donc vite, s’écria Octave en prenant la lettre des mains du portier, sur qui il referma sa porte.

Quelques jours après, – le matin, – comme le bonhomme Jadis arrosait ses fleurs, il entendit un duo d’éclats de rire qui s’échappait de la chambre d’Octave.

– Ah! dit le bonhomme en se frottant les mains, je n’ai plus besoin de déménager; j’ai mon affaire en face de moi, ça me rappellera Jacqueline. Vingt ans! et pas d’amourettes! c’était trop fort aussi… À la bonne heure, maintenant. – Il faut bien se ranger. Tra deri, deri dera.

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