Ainsi parlait Zarathoustra
- Автор: Ницше Фридрих Вильгельм
- Год: 21
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Ainsi parlait Zarathoustra». Краткое содержание книги:
C’est ainsi qu’il faudrait apprendre à mourir; et il ne devrait pas y avoir de fête, sans qu’un tel mourant ne sanctifie les serments des vivants!
Mourir ainsi est la meilleure chose; mais la seconde est celle-ci: mourir au combat et répandre une grande âme.
Mais haïe tant par le combattant que par le victorieux et votre mort grimaçante qui s’avance en rampant, comme un voleur – et qui pourtant vient en maître.
Je vous fais l’éloge de ma mort, de la mort volontaire, qui me vient puisque je veux.
Et quand voudrais-je? – Celui qui a un but et un héritier, veut pour but et héritier la mort à temps.
Et, par respect pour le but et l’héritier, il ne suspendra plus de couronnes fanées dans le sanctuaire de la vie.
En vérité, je ne veux pas ressembler aux cordiers: ils tirent leur fils en longueur et vont eux-mêmes toujours en arrière.
Il y en a aussi qui deviennent trop vieux pour leurs vérités et leurs victoires; une bouche édentée n’as plus droit à toutes les vérités.
Et tous ceux qui cherchent la gloire doivent au bon moment prendre congé de l’honneur, et exercer l’art difficile de s’en aller à temps.
Il faut cesser de se faire manger, au moment où l’on vous trouve le plus de goût: ceux-là le savent qui veulent être aimés longtemps.
Il y a bien aussi des pommes aigres dont la destinée est d’attendre jusqu’au dernier jour de l’automne. Et elles deviennent en même temps mûres jaunes et ridées.
Chez les uns le cœur vieillit d’abord, chez d’autres l’esprit. Et quelques-uns sont vieux dans leur jeunesse: mais quand on est jeune très tard, on reste jeune très longtemps.
Il y en a qui manquent leur vie: un ver venimeux leur ronge le cœur. Qu’ils tâchent au moins de mieux réussir dans leur mort.
Il y en a qui ne prennent jamais de saveur, ils pourrissent déjà en été. C’est la lâcheté qui les retient à leur branche.
Il y en a beaucoup trop qui vivent et trop longtemps ils restent suspendus à leur branche. Qu’une tempête vienne et secoue de l’arbre tout ce qui est pourri et mangé par le ver?
Viennent les prédicateurs de la mort rapide! Ce seraient eux les vraies tempêtes qui secoueraient l’arbre de la vie! Mais je n’entends prêcher que la mort lente et la patience avec tout ce qui est «terrestre».
Hélas! vous prêchez la patience avec ce qui est terrestre? C’est le terrestre qui a trop de patience avec vous, blasphémateurs!
En vérité, il est mort trop tôt, cet Hébreu qu’honorent les prédicateurs de la mort lente, et pour un grand nombre, depuis, ce fut une fatalité qu’il mourût trop tôt.
Il ne connaissait encore que les larmes et la tristesse de l’Hébreu, ainsi que la haine des bons et des justes, – cet Hébreu Jésus: et voici que le désir de la mort le saisit à l’improviste.
Pourquoi n’est-il pas resté au désert, loin des bons et des justes! Peut-être aurait-il appris à vivre et à aimer la terre – et aussi le rire!
Croyez-m’en, mes frères! Il est mort trop tôt; il aurait lui-même rétracté sa doctrine, s’il avait vécu jusqu’à mon âge! Il était assez noble pour se rétracter!
Mais il n’était pas encore mûr. L’amour du jeune homme manque de maturité, voilà pourquoi il hait les hommes et la terre. Chez lui l’âme et les ailes de la pensée sont encore liées et pesantes.
Mais il y a de l’enfant dans l’homme plus que dans le jeune homme, et moins de tristesse: l’homme comprend mieux la mort et la vie.
Libre pour la mort et libre dans la mort, divin négateur, s’il n’est plus temps d’affirmer: ainsi il comprend la vie et la mort.
Que votre mort ne soit pas un blasphème sur l’homme et la terre, ô mes amis: telle est la grâce que j’implore du miel de votre âme.
Que dans votre agonie votre esprit et votre vertu jettent encore une dernière lueur, comme la rougeur du couchant enflamme la terre: si non, votre mort vous aura mal réussi.
C’est ainsi que je veux mourir moi-même, afin que vous aimiez davantage la terre à cause de moi, ô mes amis; et je veux revenir à la terre pour que je retrouve mon repos en celle qui m’a engendré.
En vérité, Zarathoustra avait un but, il a lancé sa balle; maintenant, ô mes amis, vous héritez de mon but, c’est à vous que je lance la balle dorée.
Plus que toute autre chose, j’aime à vous voir lancer la balle dorée, ô mes amis! Et c’est pourquoi je demeure encore un peu sur la terre: pardonnez-le-moi!
Ainsi parlait Zarathoustra.
De la vertu qui donne
1.
Lorsque Zarathoustra eut pris congé de la ville que son cœur aimait, et dont le nom est «la Vache multicolore», – beaucoup de ceux qui s’appelaient ses disciples l’accompagnèrent et lui firent la reconduite. C’est ainsi qu’ils arrivèrent à un carrefour: alors Zarathoustra leur dit qu’il voulait continuer seul la route, car il était ami des marches solitaires. Ses disciples, cependant, en lui disant adieu, lui firent hommage d’un bâton dont la poignée d’or était un serpent s’enroulant autour du soleil. Zarathoustra se réjouit du bâton et s’appuya dessus; puis il dit à ses disciples:
Dites-moi donc, pourquoi l’or est-il devenu la plus haute valeur? C’est parce qu’il est rare et inutile, étincelant et doux dans son éclat: il se donne toujours.
Ce n’est que comme symbole de la plus haute vertu que l’or atteignit la plus haute valeur. Luisant comme de l’or est le regard de celui qui donne. L’éclat de l’or conclut la paix entre la lune et le soleil.
La plus haute vertu est rare et inutile, elle est étincelante et d’un doux éclat: une vertu qui donne est la plus haute vertu.
En vérité, je vous devine, mes disciples: vous aspirez comme moi à la vertu qui donne. Qu’auriez-vous de commun avec les chats et les loups?
Vous avez soif de devenir vous-mêmes des offrandes et des présents: c’est pourquoi vous avez soif d’amasser toutes les richesses dans vos âmes.
Votre âme est insatiable à désirer des trésors et des joyaux, puisque votre vertu est insatiable dans sa volonté de donner.
Vous contraignez toutes choses à s’approcher et à entrer en vous, afin qu’elles rejaillissent de votre source, comme les dons de votre amour.
En vérité, il faut qu’un tel amour qui donne se fasse le brigand de toutes les valeurs; mais j’appelle sain et sacré cet égoïsme.
Il y a un autre égoïsme, trop pauvre celui-là, et toujours affamé, un égoïsme qui veut toujours voler, c’est l’égoïsme des malades, l’égoïsme malade.
Avec les yeux du voleur, il garde tout ce qui brille, avec l’avidité de la faim, il mesure celui qui a largement de quoi manger, et toujours il rampe autour de la table de celui qui donne.
Une telle envie est la voix de la maladie, la voix d’une invisible dégénérescence; dans cet égoïsme l’envie de voler témoigne d’un corps malade.
Dites-moi, mes frères, quelle chose nous semble mauvaise pour nous et la plus mauvaise de toutes? N’est-ce pas la dégénérescence? – Et nous concluons toujours à la dégénérescence quand l’âme qui donne est absente.
Notre chemin va vers les hauteurs, de l’espèce à l’espèce supérieure. Mais nous frémissons lorsque parle le sens dégénéré, le sens qui dit: «Tout pour moi.»