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Les Voyages De Gulliver

Электронная книга - «Les Voyages De Gulliver». Краткое содержание книги:

Qui ne connaît pas les voyages de Gulliver aux pays des hommes minuscules – Lilliput – au pays des géants – Brobdingnag – à l'île volante de Laputa ou au pays des chevaux intelligents – les Houyhnhnms. Au delà de la poésie et de la beauté de l'imaginaire, Swift nous propose une réflexion profonde, mais pessimiste, sur la société et la politique de son temps.
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Je dormis pendant deux heures, et songeai que j’étais chez moi avec ma femme et mes enfants, ce qui augmenta mon affliction quand je m’éveillai et me trouvai tout seul dans une chambre vaste de deux ou trois cents pieds de largeur et deux cents de hauteur, et couché dans un lit large de dix toises. Ma maîtresse était sortie pour les affaires de la maison, et m’avait enfermé au verrou. Le lit était élevé de quatre toises; je voulais descendre, et je n’osais appeler; quand je l’eusse essayé, c’eût été inutilement, avec une voix comme la mienne, et y ayant une si grande distance de la chambre où j’étais à la cuisine, où la famille se tenait. Sur ces entrefaites, deux rats grimpèrent le long des rideaux et se mirent à courir sur le lit; l’un approcha de mon visage, sur quoi je me levai tout effrayé, et mis le sabre à la main pour me défendre. Ces animaux horribles eurent l’insolence de m’attaquer des deux côtés; mais je fendis le ventre à l’un, et l’autre s’enfuit. Après cet exploit, je me couchai pour me reposer et reprendre mes esprits. Ces animaux étaient de la grosseur d’un mâtin, mais infiniment plus agiles et plus féroces, en sorte que si j’eusse ôté mon ceinturon et mis bas mon sabre avant de me coucher, j’aurais été infailliblement dévoré par deux rats.

Bientôt après, ma maîtresse entra dans la chambre, et me voyant tout couvert de sang, elle accourut et me prit dans sa main. Je lui montrai avec mon doigt le rat mort, en souriant et en faisant d’autres signes, pour lui faire entendre que je n’étais pas blessé, ce qui lui donna de la joie. Je tâchai de lui faire entendre que je souhaitais fort qu’elle me mît à terre, ce qu’elle fit, et je me sauvai dans le jardin.

Chapitre II

Portrait de la fille du laboureur. L’auteur est conduit à une ville où il y avait un marché, et ensuite à la capitale. Détail de son voyage.

Ma maîtresse avait une fille de l’âge de neuf ans, enfant qui avait beaucoup d’esprit pour son âge. Sa mère, de concert avec elle, s’avisa d’accommoder pour moi le berceau de sa poupée avant qu’il fût nuit. Le berceau fut mis dans un petit tiroir de cabinet, et le tiroir posé sur une tablette suspendue, de peur des rats; ce fut là mon lit pendant tout le temps que je demeurai avec ces bonnes gens. Cette jeune fille était si adroite, qu’après que je me fus déshabillé une ou deux fois en sa présence, elle sut m’habiller et me déshabiller quand il lui plaisait, quoique je ne lui donnasse cette peine que pour lui obéir; elle me fit six chemises et d’autres sortes de linge, de la toile la plus fine qu’on put trouver (qui, à la vérité, était plus grossière que des toiles de navire), et les blanchit toujours elle-même. Ma blanchisseuse était encore la maîtresse d’école qui m’apprenait sa langue. Quand je montrais quelque chose du doigt, elle m’en disait le nom aussitôt; en sorte qu’en peu de temps je fus en état de demander ce que je souhaitais: elle avait, en vérité, un très bon naturel; elle me donna le nom de Grildrig, mot qui signifie ce que les Latins appellent homunculus, les Italiens uomoncellino, et les Anglais manikin, C’est à elle que je fus redevable de ma conservation. Nous étions toujours ensemble; je l’appelais Glumdalclitch, ou la petite nourrice, et je serais coupable d’une très noire ingratitude si j’oubliais jamais ses soins et son affection pour moi. Je souhaite de tout mon cœur être un jour en état de les reconnaître, au lieu d’être peut-être l’innocente mais malheureuse cause de sa disgrâce, comme j’ai trop lieu de l’appréhender.

Il se répandit alors dans tout le pays que mon maître avait trouvé dans les champs un petit animal environ de la grosseur d’un splacknock (animal de ce pays long d’environ six pieds), et de la même figure qu’une créature humaine; qu’il imitait l’homme dans toutes ses actions, et semblait parler une petite espèce de langue qui lui était propre; qu’il avait déjà appris plusieurs de leurs mots; qu’il marchait droit sur les deux pieds, était doux et traitable, venait quand il était appelé, faisait tout ce qu’on lui ordonnait de faire, avait les membres délicats et un teint plus blanc et plus fin que celui de la fille d’un seigneur à l’âge de trois ans. Un laboureur voisin, intime ami de mon maître, lui rendit visite exprès pour examiner la vérité du bruit qui s’était répandu. On me fit venir aussitôt: on me mit sur une table, où je marchai comme on me l’ordonna. Je tirai mon sabre et le remis dans mon fourreau; je fis la révérence à l’ami de mon maître; je lui demandai, dans sa propre langue, comment il se portait, et lui dis qu’il était le bienvenu, le tout suivant les instructions de ma petite maîtresse. Cet homme, de qui le grand âge avait fort affaibli la vue, mit ses lunettes pour me regarder mieux; sur quoi je ne pus m’empêcher d’éclater de rire. Les gens de la famille, qui découvrirent la cause de ma gaieté, se prirent à rire, de quoi le vieux penard [3] fut assez bête pour se fâcher. Il avait l’air d’un avare, et il le fit bien paraître par le conseil détestable qu’il donna à mon maître de me faire voir pour de l’argent à quelque jour de marché, dans la ville prochaine, qui était éloignée de notre maison d’environ vingt-deux milles. Je devinai qu’il y avait quelque dessein sur le tapis, lorsque je remarquai mon maître et son ami parlant ensemble tout bas à l’oreille pendant un assez long temps, et quelquefois me regardant et me montrant au doigt.

Le lendemain au matin, Glumdalclitch, ma petite maîtresse, me confirma dans ma pensée, en me racontant toute l’affaire, qu’elle avait apprise de sa mère. La pauvre fille me cacha dans son sein et versa beaucoup de larmes: elle appréhendait qu’il ne m’arrivât du mal, que je ne fusse froissé, estropié, et peut-être écrasé par des hommes grossiers et brutaux qui me manieraient rudement. Comme elle avait remarqué que j’étais modeste de mon naturel, et très délicat dans tout ce qui regardait mon honneur, elle gémissait de me voir exposé pour de l’argent à la curiosité du plus bas peuple; elle disait que son papa et sa maman lui avaient promis que Grildrig serait tout à elle; mais qu’elle voyait bien qu’on la voulait tromper, comme on avait fait, l’année dernière, quand on feignit de lui donner un agneau, qui, quand il fut gras, fut vendu à un boucher. Quant à moi, je puis dire, en vérité, que j’eus moins de chagrin que ma petite maîtresse. J’avais conçu de grandes espérances, qui ne m’abandonnèrent jamais, que je recouvrerais un jour ma liberté, et, à l’égard de l’ignominie d’être porté çà et là comme un monstre, je songeai qu’une telle disgrâce ne me pourrait jamais être reprochée, et ne flétrirait point mon honneur lorsque je serais de retour en Angleterre, parce que le roi même de la Grande-Bretagne, s’il se trouvait en pareille situation, aurait un pareil sort.

Mon maître, suivant l’avis de son ami, me mit dans une caisse, et, le jour du marché suivant, me mena à la ville prochaine avec sa petite fille. La caisse était fermée de tous côtés, et était seulement percée de quelques trous pour laisser entrer l’air. La fille avait pris le soin de mettre sous moi le matelas du lit de sa poupée; cependant je fus horriblement agité et rudement secoué dans ce voyage, quoiqu’il ne durât pas plus d’une demi-heure. Le cheval faisait à chaque pas environ quarante pieds, et trottait si haut, que l’agitation était égale à celle d’un vaisseau dans une tempête furieuse; le chemin était un peu plus long que de Londres à Saint-Albans. Mon maître descendit de cheval à une auberge où il avait coutume d’aller, et, après avoir pris conseil avec l’hôte et avoir fait quelques préparatifs nécessaires, il loua le glultrud ou crieur public, pour donner avis à toute la ville d’un petit animal étranger qu’on ferait voir à l’enseigne de l’Aigle vert, qui était moins gros qu’un splacknock, et ressemblant dans toutes les parties de son corps à une créature humaine, qui pouvait prononcer plusieurs mots et faire une infinité de tours d’adresse.

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