Tarass Boulba
- Автор: Гоголь Николай Васильевич
- Язык: французский
- Жанр: Русская классическая проза
Электронная книга - «Tarass Boulba». Краткое содержание книги:
Tarass Boulba est un Cosaque ukrainien, fier, vaillant, belliqueux – un Cosaque pour qui seules comptent sa foi orthodoxe, sa terre et la lutte immémoriale contre les Polonais. Il accueille ses deux fils, Ostap et Andreï, qui rentrent de Kiev, ayant terminé leurs études à l’université, et les conduit très vite à la Setch, le campement militaire des Cosaques. Mais Andreï, le cadet, tombe amoureux d’une belle Polonaise et passe à l’ennemi! Incapable de supporter cette trahison, son père le tue de ses mains. L’aîné, Ostap, est fait prisonnier. Dès lors Tarass Boulba n’a plus qu’une idée: le venger… Gogol écrit la première version de Tarass Boulba à vingt-six ans et met toute la fougue de sa jeunesse dans cette superbe exaltation du peuple cosaque qu’il a connu dans l’enfance: avec Tarass Boulba, on chevauche au vent de la steppe, on se bat avec héroïsme et férocité, on ripaille, on chante, bref on découvre la truculence de l’épopée à la russe, immortalisée au cinéma par Yul Brunner et Harry Baur.
– Je n'ai pas la force de te rendre grâce, généreux chevalier, dit-elle d'une voix tremblante. Dieu seul peut te récompenser…
Elle baissa les yeux, que couvrirent des blanches paupières, garnies de longs cils sombres. Toute sa tête se pencha, et une légère rougeur colora le bas de son visage. Andry ne savait que lui répondre. Il aurait bien voulu lui exprimer tout ce que ressentait son âme, et l'exprimer avec autant de feu qu'il le sentait, mais il ne put y parvenir. Sa bouche semblait fermée par une puissance inconnue; le son manquait à sa voix. Il reconnut que ce n'était pas à lui, élevé au séminaire, et menant depuis une vie guerrière et nomade, qu'il appartenait de répondre, et il s'indigna contre sa nature de Cosaque.
À ce moment, la Tatare entra dans la chambre. Elle avait eu déjà le temps de couper en morceaux le pain qu'avait apporté Andry, et elle le présenta à sa maîtresse sur un plateau d'or. La jeune femme la regarda, puis regarda le pain, puis arrêta enfin ses yeux sur Andry. Ce regard, ému et reconnaissant, où se lisait l'impuissance de s'exprimer avec la langue, fut mieux compris d'Andry que ne l'eussent été de longs discours. Son âme se sentit légère; il lui sembla qu'on l'avait déliée. Il allait parler, quand tout à coup la jeune femme se tourna vers sa suivante, et lui dit avec inquiétude:
– Et ma mère? lui as-tu porté du pain?
– Elle dort.
– Et à mon père?
– Je lui en ai porté. Il a dit qu'il viendrait lui même remercier le chevalier.
Rassurée, elle prit le pain et le porta à ses lèvres. Andry la regardait avec une joie inexprimable rompre ce pain et le manger avidement, quand tout à coup il se rappela ce fou furieux qu'il avait vu mourir pour avoir dévoré un morceau de pain. Il pâlit et, la saisissant par le bras:
– Assez, lui dit-il, ne mange pas davantage. Il y a si longtemps que tu n'as pris de nourriture que le pain te ferait mal.
Elle laissa aussitôt retomber son bras, et, déposant le pain sur le plateau, elle regarda Andry comme eût fait un enfant docile.
– Ô ma reine! s'écria Andry avec transport, ordonne ce que tu voudras. Demande-moi la chose la plus impossible qu'il y ait au monde; je courrai t’obéir. Dis-moi de faire ce que ne ferait nul homme, je le ferai; je me perdrai pour toi. Ce me serait si doux, je le jure par la Sainte Croix, que je ne saurais te dire combien ce me serait doux. J'ai trois villages; la moitié des troupeaux de chevaux de mon père m'appartient; tout ce que ma mère lui a donné en dot, et tout ce qu'elle lui cache, tout cela est à moi. Personne de nos Cosaques n'a des armes pareilles aux miennes. Pour la seule poignée de mon sabre, on me donne un grand troupeau de chevaux et trois mille moutons! Eh bien! j'abandonnerai tout cela, je le brûlerai, j'en jetterai la cendre au vent, si tu me dis une seule parole, si tu fais un seul mouvement de ton sourcil noir! Peut-être tout ce que je dis n'est que folies et sottises; je sais bien qu'il ne m'appartient pas, à moi qui ai passé ma vie dans la setch, de parler comme on parle là où se trouvent les rois, les princes, et les plus nobles parmi les chevaliers. Je vois bien que tu es une autre créature de Dieu que nous autres, et que les autres femmes et filles des seigneurs restent loin derrière toi.
Avec une surprise croissante, sans perdre un mot, et toute à son attention, la jeune fille écoutait ces discours pleins de franchise et de chaleur, où se montrait une âme jeune et forte. Elle pencha son beau visage en avant, ouvrit la bouche et voulut parler; mais elle se retint brusquement, en songeant que ce jeune chevalier tenait à un autre parti, et que son père, ses frères, ses compatriotes, restaient des ennemis farouches; en songeant que les terribles Zaporogues tenaient la ville bloquée de tous côtés, vouant les habitants à une mort certaine. Ses yeux se remplirent de larmes. Elle prit un mouchoir brodé en soie et, s'en couvrant le visage pour lui cacher sa douleur, elle s'assit sur un siège où elle resta longtemps immobile, la tête renversée, et mordant sa lèvre inférieure de ses dents d'ivoire, comme si elle eût ressenti la piqûre d'une bête venimeuse.
– Dis-moi une seule parole, reprit Andry, la prenant par sa main douce comme la soie.
Mais elle se taisait, sans se découvrir le visage, et restait immobile.
– Pourquoi cette tristesse, dis-moi? pourquoi tant de tristesse?
Elle ôta son mouchoir de ses yeux, écarta les cheveux qui lui couvraient le visage, et laissa échapper ses plaintes d'une voix affaiblie, qui ressemblait au triste et léger bruissement des joncs qu'agite le vent du soir:
– Ne suis-je pas digne d'une éternelle pitié? La mère qui m'a mise au monde n'est-elle pas malheureuse? Mon sort n'est-il pas bien amer? Ô mon destin, n'es-tu pas mon bourreau? Tu as conduit à mes pieds les plus dignes gentilshommes, les plus riches seigneurs, des comtes et des barons étrangers, et toute la fleur de notre noblesse. Chacun d'eux aurait considéré mon amour comme la plus grande des félicités. Je n'aurais eu qu'à faire un choix, et le plus beau, le plus noble serait devenu mon époux. Pour aucun d'eux, ô mon cruel destin, tu n'as fait parler mon cœur; mais tu l'as fait parler, ce faible cœur, pour un étranger, pour un ennemi, sans égard aux meilleurs chevaliers de ma patrie. Pourquoi, pour quel péché, pour quel crime, m’as-tu persécutée impitoyablement, ô sainte mère de Dieu? Mes jours se passaient dans l'abondance et la richesse. Les mets les plus recherchés, les vins les plus précieux faisaient mon habituelle nourriture. Et pourquoi? pour me faire mourir enfin d'une mort horrible, comme ne meurt aucun mendiant dans le royaume! et c'est peu que je sois condamnée à un sort si cruel; c'est peu que je sois obligée de voir, avant ma propre fin, mon père et ma mère expirer dans d'affreuses souffrances, eux pour qui j'aurais cent fois donné ma vie. C'est peu que tout cela. Il faut, avant ma mort, que je le revoie et que je l'entende; il faut que ses paroles me déchirent le cœur, que mon sort redouble d'amertume, qu'il me soit encore plus pénible d'abandonner ma jeune vie, que ma mort devienne plus épouvantable, et qu'en mourant je vous fasse encore plus de reproches, à toi, mon destin cruel, et à toi (pardonne mon péché), ô sainte mère de Dieu.