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Mademoiselle Fifi (1882)

Электронная книга - «Mademoiselle Fifi (1882)». Краткое содержание книги:

Mademoiselle Fifi est un recueil de nouvelles de Guy de Maupassant publié en 1882-1883, et placé sous les thèmes du libertinage et de la guerre de 1870
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« J’étais prêt, mais je m’écriai : « Sacrebleu, je n’ai pas dit d’atteler mon coupé ! » Elle répondit : « J’en ai un, j’ai le sien qui l’attendait. » Elle s’enveloppa jusqu’aux cheveux. Nous partîmes.

« Quand elle fut à mon côté dans l’obscurité de la voiture, elle me saisit brusquement la main, et la broyant dans ses doigts fins, elle balbutia avec des secousses dans la voix, des secousses venues du cœur déchiré : « Oh ! Si vous saviez, si vous saviez comme je souffre ! Je l’aimais, je l’aimais éperdument, comme une insensée, depuis six mois ».

« Je demandai : « Est-on réveillé, chez vous ? »

« Elle répondit : « Non, personne, excepté Rose, qui sait tout. »

« On s’arrêta devant sa porte ; tous dormaient, en effet, dans la maison ; nous sommes entrés sans bruit avec un passe-partout, et nous voilà montant sur la pointe des pieds. La bonne, effarée, était assise par terre au haut de l’escalier, avec une bougie allumée, à son côté, n’ayant pas osé demeurer près du mort.

« Et je pénétrai dans la chambre. Elle était bouleversée comme après une lutte. Le lit fripé, meurtri, restait ouvert, semblait attendre – un drap traînait jusqu’au tapis ; des serviettes mouillées, dont on avait battu les tempes du jeune homme, gisaient à terre à côté d’une cuvette et d’un verre. Et une singulière odeur de vinaigre de cuisine mêlée à des souffles de Lubin écœurait dès la porte.

« Tout de son long, sur le dos, au milieu de la chambre, le cadavre était étendu.

« Je m’approchai ; je le considérai, je le tâtai ; j’ouvris les yeux ; je palpai les mains, puis, me tournant vers les deux femmes qui grelottaient comme si elles eussent été gelées, je leur dis : « Aidez-moi à le porter sur le lit. » Et on le coucha doucement. Alors, j’auscultai le cœur et je posai une glace devant la bouche ; puis je murmurai : « C’est fini, habillons-le bien vite. » Ce fut une chose affreuse à voir !

« Je prenais un à un les membres comme ceux d’une énorme poupée, et je les tendais aux vêtements qu’apportaient les femmes. On passa les chaussettes, le caleçon, la culotte, le gilet, puis l’habit où nous eûmes beaucoup de mal à faire entrer les bras.

« Quand il fallut boutonner les bottines, les deux femmes se mirent à genoux, tandis que je les éclairais ; mais comme les pieds étaient enflés un peu, ce fut effroyablement difficile. N’ayant pas trouvé le tire-boutons, elles avaient pris leurs épingles à cheveux.

« Sitôt que l’horrible toilette fut terminée, je considérai notre œuvre et je dis : « Il faudrait le repeigner un peu. » La bonne alla chercher le démêloir et la brosse de sa maîtresse, mais comme elle tremblait et arrachait, en des mouvements involontaires, les cheveux longs et mêlés, Mme Lelièvre s’empara violemment du peigne, et elle rajusta la chevelure avec douceur, comme si elle l’eût caressée. Elle refit la raie, brossa la barbe, puis roula lentement les moustaches sur son doigt, ainsi qu’elle avait coutume de le faire, sans doute, en des familiarités d’amour.

« Et tout à coup, lâchant ce qu’elle tenait aux mains, elle saisit la tête inerte de son amant, et regarda longuement, désespérément cette face morte qui ne lui souriait plus ; puis, s’abattant sur lui, elle l’étreignit à pleins bras, en l’embrassant avec fureur. Ses baisers tombaient, comme des coups, sur la bouche fermée, sur les yeux éteints, sur les tempes, sur le front. Puis, s’approchant de l’oreille, comme s’il eût pu l’entendre encore, comme pour balbutier le mot qui fait plus ardentes les étreintes, elle répéta, dix fois de suite, d’une voix déchirante : « Adieu, chéri. »

« Mais la pendule sonna minuit.

« J’eus un sursaut : « Bigre, minuit ! C’est l’heure où ferme le cercle. Allons, Madame, de l’énergie ! »

« Elle se redressa. J’ordonnai : « Portons-le dans le salon. » Nous le prîmes tous trois, et, l’ayant emporté, je le fis asseoir sur un canapé, puis j’allumai les candélabres.

« La porte de la rue s’ouvrit et se referma lourdement. C’était Lui déjà. Je criai : « Rose, vite, apportez-moi les serviettes et la cuvette, et refaites la chambre ; dépêchez-vous, nom de Dieu ! Voilà M. Lelièvre qui rentre. »

« J’entendis les pas monter, s’approcher. Des mains, dans l’ombre, palpaient les murs. Alors j’appelai : « Par ici, mon cher : nous avons eu un accident. »

« Et le mari, stupéfait, parut sur le seuil, un cigare à la bouche. Il demanda : « Quoi ? Qu’y a-t-il ? Qu’est-ce que cela ? »

« J’allai vers lui : « Mon bon, vous nous voyez dans un rude embarras. J’étais resté tard à bavarder chez vous avec votre femme et notre ami qui m’avait amené dans sa voiture. Voilà qu’il s’est affaissé tout à coup, et depuis deux heures, malgré nos soins, il demeure sans connaissance. Je n’ai pas voulu appeler des étrangers. Aidez-moi donc à le faire descendre, je le soignerai mieux chez lui. »

« L’époux surpris, mais sans méfiance, ôta son chapeau ; puis il empoigna sous ses bras son rival désormais inoffensif. Je m’attelai entre les jambes, comme un cheval entre deux brancards ; et nous voilà descendant l’escalier, éclairés maintenant par la femme.

« Lorsque nous fûmes devant la porte, je redressai le cadavre et je lui parlai, l’encourageant pour tromper son cocher. – « Allons, mon brave ami, ce ne sera rien ; vous vous sentez déjà mieux, n’est-ce pas ? Du courage, voyons, un peu de courage, faites un petit effort, et c’est fini. »

« Comme je sentais qu’il allait s’écrouler, qu’il me glissait entre les mains, je lui flanquai un grand coup d’épaule qui le jeta en avant et le fit basculer dans la voiture, puis je montai derrière lui.

« Le mari, inquiet, me demandait : « Croyez-vous que ce oit grave ? » Je répondis. « Non », en souriant, et je regardai la femme. Elle avait passé son bras sous celui de l’époux légitime et elle plongeait son œil dans le fond obscur du coupé.

« Je serrai les mains, et je donnai l’ordre de partir. Tout le long de la route, le mort me retomba sur l’oreille droite.

« Quand nous fûmes arrivés chez lui, j’annonçai qu’il avait perdu connaissance en chemin. J’aidai à le remonter dans sa chambre, puis je constatai le décès ; je jouai toute une nouvelle comédie devant sa famille éperdue. Enfin je regagnai mon lit, non sans jurer contre les amoureux. »

Le docteur se tut, souriant toujours.

La jeune femme, crispée, demanda :

« Pourquoi m’avez-vous raconté cette épouvantable histoire ? »

Il salua galamment :

« Pour vous offrir mes services à l’occasion. »

25 septembre 1882

A cheval

Les pauvres gens vivaient péniblement des petits appointements du mari. Deux enfants étaient nés depuis leur mariage, et la gêne première était devenue une de ces misères humbles, voilées, honteuses, une misère de famille noble qui veut tenir son rang quand même.

Hector de Gribelin avait été élevé en province, dans le manoir paternel, par un vieil abbé précepteur. On n’était pas riche, mais on vivotait en gardant les apparences.

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