Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
« Nod, est-ce que tu as des enregistrements des conversations entre Urbain IX et l’actuel Prætor peregrini, Robert le Dia… de Montgomery ?
[À :ALBÉRIC_VILLEJUST]
{depuis_la_nomination(23/10/2205_TR)_de_Robert_de_Montgomery(DUC_NOR)_à_ce_poste_je_dispose_de_16_entrées}
> {3_vidéos/13_holos}
Je tâchai de me concentrer. Nous n’avions pas le temps de tout visionner.
« Nod, combien d’enregistrement contiennent les mots clés, euh… secret, Christ et euh… fils de Dieu ? »
[À :ALBÉRIC_VILLEJUST]
{je_dispose_d’1_entrée_contenant_ces_3_termes}
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« Joue-le, s’il te plaît »
Mon cœur ne cognait plus dans ma poitrine, il donnait des coups de masse pour en sortir. Il fallait que cet enregistrement soit le bon !
Un autre brin s’étira devant nous, puis une image holo se forma autour. Robert, à genou dans la chapelle papale, face à Urbain assis dans le fauteuil de la cabine tachy de son bureau au Vatican. Les deux hommes menaient une discussion animée. Urbain était en colère, état dans lequel je ne l’avais jamais vu puisque ma connaissance du Saint-Père se limitait à ses apparitions sur les canaux d’information. Il ne me fallut que quelques secondes pour comprendre que le contenu de cet holo était dévastateur.
« Téléchargement des vidéos terminé ! s’écria Silvio dans le Chaudron.
— Attends, fis-je d’une voix féroce. Il y a mieux… incroyablement mieux… »
Clorinde était dans un état second, comme portée par le grondement de la bataille, soulevée par les masses acharnées de combattants dont les rangs étaient si serrés que le corps à corps était devenu inévitable. Sous l’effet de la transe guerrière, l’Amazone distribuait des coups de lance de tout côté à un rythme effréné, frappant les Atamides sans le moindre répit. Bien qu’elle ait morphé le manche de son arme afin qu’il soit plus court, la proximité rendait son maniement difficile. Quant au T-farad, il était tout simplement inutilisable dans ces conditions.
L’affrontement avait tourné à la boucherie barbare. Les uns marchaient sur les cadavres des autres. Tant de sang giclait qu’une pluie pourpre et rouge s’abattait sur la plaine. Mais Clorinde n’en avait cure. Dût-elle périr dans cette bataille, elle massacrerait tant d’Atamides que son nom deviendrait une légende de bravoure pour les siens si les Croisés étaient victorieux, ou une légende du mal pour ses ennemis si par impossible ceux-ci l’emportaient.
Au commencement des hostilités, elle avait cru sa dernière heure arrivée à plusieurs reprises. Le nouveau WN qu’elle avait pris à la fourrière n’était pas parfaitement accordé à ses paramètres physiques et le peu de temps dont elle avait disposé pour l’ajuster était loin de lui avoir suffi pour régler le problème. Toutefois, le talent martial hors du commun qui avait fait d’elle l’une des rares Méta-guerrières de l’armée croisée lui avait également permis de surmonter ce handicap et de déployer l’intégralité de ses dons meurtriers.
Quelques minutes plus tôt, elle avait vu Germandière mourir.
Une lame atamide avait transpercé la malheureuse sans qu’elle parvienne à l’esquiver, puis plusieurs de ces animaux s’étaient jetés sur elle et l’avaient littéralement dépecée, mettant en pièces son WN puis arrachant ses membres avec des cris bestiaux. Clorinde en avait été horrifiée. Sous le choc, elle avait cessé de combattre quelques instants. Puis la fureur avait déferlé en elle, décuplant ses forces et ses capacités. Outre son sens du devoir militaire, une effroyable soif de vengeance la poussait désormais à se déchaîner sur ses ennemis. Sa lance ionisée traçait un sillon sanglant dans les rangs atamides, semant la mort aussi sûrement que si la Faucheuse elle-même guidait sa main.
Soudain, elle buta sur un obstacle de métal. Levant la tête, elle s’aperçut qu’il s’agissait de la carcasse éventrée d’un tank Auroch M4 gisant sur le flanc. Elle ignorait que l’état-major les avait fait descendre dans la plaine. Elle ignorait tout autant comment les Atamides s’y étaient pris pour mettre celui-ci hors de combat, mais elle s’en moquait. Dans sa fureur, seul le massacre de ces monstres importait. D’un bond assisté, elle se propulsa au sommet de l’énorme masse métallique, six mètres plus haut. De là, elle eut une vision saisissante de la bataille.
Tout autour d’elle, et aussi loin que le regard portait, la plaine était noire de combattants. Par intermittence, des soldats croisés jaillissaient de la foule grâce à des bonds assistés et se laissaient retomber en arrosant les alentours au T-farad ou en lâchant des roquettes percussives. Des Atamides volants décrivaient de longs cercles dans les airs avant de piquer brutalement vers le bas, tandis que les archers qu’ils portaient sur leur dos décochaient des traits mortels qui empalaient les Croisés. Des rayons de guidage rouges striaient les airs et les roquettes Akante qu’ils précédaient explosaient au ras du sol, projetant dans les airs des débris de roche et de chair. C’était une guerre et Clorinde en avait connu d’autres. Pourtant, celle-ci dépassait tout ce qu’elle avait vu et probablement, tout ce qu’elle verrait jamais.
Ses yeux se posèrent alors sur lui.
À environ trois cents mètres à l’est de sa position, un homme combattait d’une manière si flamboyante qu’il se distinguait de tous les autres. Or, bien qu’il fût humain, de surcroît revêtu d’un Weiner-Nikov, il ne ferraillait pas contre les Atamides. Il frappait les Croisés. Même si Clorinde n’avait pas immédiatement identifié ses armoiries, elle l’aurait reconnu sans la moindre hésitation.
Il survolait la mêlée, marchant sur ses adversaires, repoussant les coups avec tant d’aisance qu’en comparaison les autres donnaient l’impression d’évoluer au ralenti. Il frappait de son épée ou du tranchant de son bouclier avec la volonté manifeste de ne pas donner la mort s’il pouvait l’éviter. C’était un soleil irradiant de ses feux tout ce qui l’approchait.
Clorinde ne put s’empêcher de le trouver magnifique.
Brusquement, surgissant au cœur de la fascination qui la paralysait, un torrent de colère et de souffrance se déversa en elle.
Ce n’est qu’un traître ! Il a renié notre passion, brisé notre relation, détruit notre avenir ! Il n’a rien d’admirable !
Des larmes inondèrent ses joues et un affreux cri de douleur emplit ses oreilles. Son propre cri.
En lui offrant son amour, Tancrède avait enfin donné un sens à la vie de Clorinde. En le lui retirant, il ne l’avait pas simplement rendue à sa vie antérieure, il lui avait ôté le désir même de vivre.
Et tout cela pour quoi ? Pour une meute de monstres ! Pour défendre des bêtes infâmes ! Ai-je donc moins de valeur à ses yeux que ses chers Atamides ? La cause de notre amour ne valait-elle pas celle de ces créatures sans foi ?
Aveuglée par ses larmes, dévorée par une insoutenable colère, Clorinde di Severo sauta au bas de la carcasse du tank et marcha droit sur Tancrède de Tarente, en proie à un désir aussi soudain que mortifère, celui d’écrire le chapitre final de cette sinistre tragédie.
À l’euphorie succéda l’abattement. Nous avions enfin la preuve que nous cherchions et nous ne pouvions rien en faire. Il était tout simplement trop tard.
Après avoir téléchargé l’enregistrement holo de la conversation entre le pape et le Prætor peregrini, nous avions réintégré le monde réel au plus vite, non sans avoir pris quelques instants pour dire au revoir à Nod.