Le compte de Monte-Cristo Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le compte de Monte-Cristo Tome III». Краткое содержание книги:
– Je vous suis.»
Monte-Cristo entra, en effet, dans la cour divisée en trois étages; celui du bas contenait quelques instruments aratoires, tels que bêches, râteaux, arrosoirs, dressés contre la muraille: c’était tout l’ameublement.
Le second était l’habitation ordinaire ou plutôt nocturne de l’employé; il contenait quelques pauvres ustensiles de ménage, un lit, une table, deux chaises, une fontaine de grès, plus quelques herbes sèches pendues au plafond, et que le comte reconnut pour des pois de senteur et des haricots d’Espagne dont le bonhomme conservait la graine dans sa coque; il avait étiqueté tout cela avec le soin d’un maître botaniste du Jardin des plantes.
«Faut-il passer beaucoup de temps à étudier la télégraphie, monsieur? demanda Monte-Cristo.
– Ce n’est pas l’étude qui est longue, c’est le surnumérariat.
– Et combien reçoit-on d’appointements?
– Mille francs, monsieur.
– Ce n’est guère.
– Non; mais on est logé, comme vous voyez.»
Monte-Cristo regarda la chambre.
«Pourvu qu’il n’aille pas tenir à son logement», murmura-t-il.
On passa au troisième étage: c’était la chambre du télégraphe. Monte-Cristo regarda tour à tour les deux poignées de fer à l’aide desquelles l’employé faisait jouer la machine.
«C’est fort intéressant, dit-il, mais à la longue c’est une vie qui doit vous paraître un peu insipide?
– Oui, dans le commencement cela donne le torticolis à force de regarder; mais au bout d’un an ou deux on s’y fait; puis nous avons nos heures de récréation et nos jours de congé.
– Vos jours de congé?
– Oui.
– Lesquels?
– Ceux où il fait du brouillard.
– Ah! c’est juste.
– Ce sont mes jours de fête, à moi; je descends dans le jardin ces jours-là, et je plante, je taille, je rogne, j’échenille: en somme, le temps passe.
– Depuis combien de temps êtes-vous ici?
– Depuis dix ans et cinq ans de surnumérariat, quinze.
– Vous avez?…
– Cinquante-cinq ans.
– Combien de temps de service vous faut-il pour avoir la pension?
– Oh! monsieur, vingt-cinq ans.
– Et de combien est cette pension?
– De cent écus.
– Pauvre humanité! murmura Monte-Cristo.
– Vous dites, monsieur?… demanda l’employé.
– Je dis que c’est fort intéressant.
– Quoi?
– Tout ce que vous me montrez… Et vous ne comprenez rien absolument à vos signes?
– Rien absolument.
– Vous n’avez jamais essayé de comprendre?
– Jamais; pour quoi faire?
– Cependant, il y a des signaux qui s’adressent à vous directement.
– Sans doute.
– Et ceux-là vous les comprenez?
– Ce sont toujours les mêmes.
– Et ils disent?
– Rien de nouveau… vous avez une heure… ou à demain…
– Voilà qui est parfaitement innocent, dit le comte; mais regardez donc, ne voilà-t-il pas votre correspondant qui se met en mouvement.
– Ah! c’est vrai; merci, monsieur.
– Et que vous dit-il? est-ce quelque chose que vous comprenez?
– Oui; il me demande si je suis prêt.
– Et vous lui répondez?…
– Par un signe qui apprend en même temps à mon correspondant de droite que je suis prêt, tandis qu’il invite mon correspondant de gauche à se préparer à son tour.
– C’est très ingénieux, dit le comte.
– Vous allez voir, reprit avec orgueil le bonhomme, dans cinq minutes il va parler.
– J’ai cinq minutes alors, dit Monte-Cristo, c’est plus de temps qu’il ne m’en faut. Mon cher monsieur, dit-il, permettez-moi de vous faire une question.
– Faites.
– Vous aimez le jardinage?
– Avec passion.
– Et vous seriez heureux, au lieu d’avoir une terrasse de vingt pieds, d’avoir un enclos de deux arpents?
– Monsieur, j’en ferais un paradis terrestre.
– Avec vos mille francs, vous vivez mal?
– Assez mal; mais enfin je vis.
– Oui; mais vous n’avez qu’un jardin misérable.
– Ah! c’est vrai, le jardin n’est pas grand.
– Et encore, tel qu’il est, il est peuplé de loirs qui dévorent tout.
– Ça, c’est mon fléau.
– Dites-moi, si vous aviez le malheur de tourner la tête quand le correspondant de droite va marcher?
– Je ne le verrais pas.
– Alors qu’arriverait-il?
– Que je ne pourrais pas répéter ses signaux.
– Et après?
– Il arriverait que, ne les ayant pas répétés par négligence, je serais mis à l’amende.
– De combien?
– De cent francs.
– Le dixième de votre revenu, c’est joli!
– Ah! fit l’employé.
– Cela vous est arrivé? dit Monte-Cristo.
– Une fois, monsieur, une fois que je greffais un rosier noisette.
– Bien. Maintenant, si vous vous avisiez de changer quelque chose au signal, ou d’en transmettre un autre?
– Alors, c’est différent, je serais renvoyé et je perdrais ma pension.
– Trois cents francs?
– Cent écus, oui, monsieur; aussi vous comprenez que jamais je ne ferai rien de tout cela.
– Pas même pour quinze ans de vos appointements? Voyons, ceci mérite réflexion, hein?
– Pour quinze mille francs?
– Oui.
– Monsieur, vous m’effrayez.
– Bah!
– Monsieur, vous voulez me tenter?
– Justement! Quinze mille francs, comprenez?
– Monsieur, laissez-moi regarder mon correspondant à droite!
– Au contraire, ne le regardez pas et regardez ceci.
– Qu’est-ce que c’est?
– Comment? vous ne connaissez pas ces petits papiers-là?
– Des billets de banque!
– Carrés; il y en a quinze.
– Et à qui sont-ils?
– À vous, si vous voulez.
– À moi! s’écria l’employé suffoqué.
– Oh! mon Dieu, oui! à vous, en toute propriété.
– Monsieur, voilà mon correspondant de droite qui marche.
– Laissez-le marcher.
– Monsieur, vous m’avez distrait, et je vais être à l’amende.
– Cela vous coûtera cent francs; vous voyez bien que vous avez tout intérêt à prendre mes quinze billets de banque.
– Monsieur, le correspondant de droite s’impatiente, il redouble ses signaux.
– Laissez-le faire et prenez.»