La route de l'espoir 2
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «La route de l'espoir 2». Краткое содержание книги:
Il y avait aussi un message de M. Cavelier de La Salle, cet explorateur à la recherche de la mer de Chine, auquel Joffrey de Peyrac avait déjà apporté son soutien financier pour une expédition au-delà du lac des Illinois. Mais l'expédition avait tourné court, et Florimond de Peyrac, qui en faisait partie et qu'on supposait au Sud, s'était retrouvé au Nord, fantaisie de jeune fou lâché dans la nature, mais dont il avait rapporté de précieux renseignements sur les rives de la baie James et de la baie d'Hudson, encore mal départagées entre Français et Anglais.
M. Cavelier, dans sa lettre, avertissait qu'il partait pour la France afin d'obtenir des subsides pour un nouveau voyage aux Illinois. Auparavant, il se rappelait au bon souvenir de l'un des plus généreux associés de sa commandite, M. de Peyrac, celui qu'on appelait le seigneur de Wapassou, Gouldsboro et autres lieux.
Les autres missives, adressées à Angélique, étaient d'ordre amical, ses relations de Québec donnant de leurs nouvelles et réclamant d'en recevoir, aussi détaillées que possible, afin de pouvoir s'en nourrir, en ce temps de disette pour l'amitié que représentaient les six à huit mois d'hiver où la société de Nouvelle-France était coupée du reste du monde par le gel du Saint-Laurent.
Une lettre assez courte, mais charmante, provenait de M. de Loménie-Chambord, ce chevalier de Malte, qui autrefois avait été l'un des premiers compagnons de M. de Maisonneuve au moment de la fondation de Ville-Marie du Mont-Réal et assistait à présent M. de Frontenac comme membre du grand conseil de Québec. Moine-guerrier, appelé aux armes comme le voulait son ordre, on requérait souvent ses aptitudes militaires auprès de la milice ou dans les expéditions de l'armée.
– N'était-il pas un peu amoureux de vous ? demanda Joffrey.
– Je crois qu'il nous aime tous les deux. C'est grâce à lui et au sentiment de sympathie que nous lui avons inspiré dès notre première rencontre qu'il n'a pas ce jour-là exécuté la mission dont il était chargé et qui consistait à brûler Katarunk, notre poste, et à nous supprimer par la même occasion, au moins à nous faire prisonniers.3
Elle replia la lettre.
– Cher Claude ! murmura-t-elle. Il a sacrifié pour nous son entente profonde avec Sébastien d'Orgeval, son ami le plus cher depuis sa jeunesse. Il ne doit pas encore être au courant de sa mort. Que va-t-il dire quand il saura ? Je présume que sa douleur sera immense, car c'est un cœur sensible et aimant.
Mme Le Bachoys faisait, elle, dans sa lettre, la chronique de la Basse-Ville et des aventures galantes de l'hiver. Sa fille, mariée à M. de Chambly-Montauban, grand voyer de Nouvelle-France, venait d'avoir un enfant. Elle était fort réjouie de se trouver grand-mère.
À propos de son gendre le grand voyer et quoique l'affaire lui parût mesquine et stupide, elle s'était engagée à leur transmettre de sa part un procès-verbal émanant du greffe royal où on leur réclamait de « payer l'amende de dix livres tournois et cinq sols pour avoir contrevenu à l'article 37 du « Règlement de police établi par le conseil souverain sur la suggestion de l'intendant » et qui stipulait qu'il était « interdit de laisser vaquer dans les rues en liberté les animaux domestiques si ceux-ci se montraient d'humeur à nuire à la population ».
À plusieurs reprises, au cours de l'hiver et principalement de nuit, un animal de leur suite et qu'on savait pertinemment leur appartenant, mais qui était demeuré à Québec ou dans les environs, derrière eux, avait causé toutes sortes de nuisances aux particuliers. Suivait une longue liste de dommages : seaux de cuir percés, volailles enlevées, barrières démolies, marmites renversées, etc.
Intrigués, ils se penchèrent sur le grimoire en question et sur les attendus qui rappelaient à Angélique les démêlés urbains et homériques de Ville-d'Avray avec le greffier de Québec.
Après étude, fort étonnés, ils durent envisager que l'animal incriminé ne pouvait être que le « glouton » apprivoisé de Cantor, Wolverines. On lui avait donné le nom qui désigne en anglais cette grosse loutre, parfois de la taille d'un jeune mouton, et que les Français appelaient glouton et les Indiens « carcajou ».
Et tous deux s'avouèrent qu'ils ne s'étaient jamais interrogés sur les décisions prises par leur fils cadet, Cantor, à propos de son fidèle compagnon d'Amérique. Le jeune homme, avant de s'embarquer pour la France, où il ne pouvait certes l'emmener, avait dû le rendre au bois.
– Il était déjà presque redevenu sauvage pendant notre séjour à Québec, fit remarquer Angélique. Et il se peut qu'il s'agisse d'un autre « carcajou ». Mais M. de Chambly-Montauban soutient la réclamation du greffier car il a gardé une dent contre notre Wolverines qui lui a tué son affreux dogue cruel. Et qui a été jusqu'à en exposer la tête sur la branche d'un arbre, comme l'aurait fait un arrêt de justice pour un bandit de grand chemin.
Mais Mlle d'Hourredanne parlait aussi du glouton. Dans la longue épître qui accompagnait son envoi de deux livres, La princesse de Clèves et La règle des jésuites, elle racontait que sa servante anglaise Jessy, qui continuait d'habiter son ancien logis de la Haute-Ville, avait aperçu l'animal deux ou trois fois au cours de l'hiver tournant autour de la maison de Ville-d'Avray. Puis un jour, d'un bond, il avait franchi le muret de clôture du verger de Mlle d'Hourredanne, s'était avancé jusqu'à la porte-fenêtre et il avait regardé à travers les vitres la chienne cananéenne qui, curieusement, n'avait pas aboyé. Soit qu'elle fût trop surprise, ou trop effrayée, ou qu'elle devînt aveugle, ou... sait-on jamais avec les bêtes, qu'elle ait reconnu en lui une vieille connaissance.
D'autre part, il était évident que la bête, certaines nuits sans lune, avait fait beaucoup de dégâts dans la ville. Pourtant, aucun des amis des Peyrac n'avait eu à se plaindre d'elle. Les Indiens craignent le carcajou dont l'intelligence et la malice les confondent. Ils disent qu'un diable l'habite, que c'est comme un être humain déguisé. Depuis le printemps, on ne l'avait pas revu.
De ce sujet, l'épistolière passa à celui du marquis de Ville-d'Avray qui leur manquait à tous. Il leur avait fait envoyer un billard. Très encombrant ! Plus encore que les métiers à tisser ! C'était la mode d'en jouer à Versailles et le roi se rendait à sa partie presque chaque soir, en traversant l'appartement de Mme de Maintenon.
Mlle d'Hourredanne expliquait longuement pour quelles raisons elle envoyait à Angélique La règle des jésuites. S'initier aux lois qui les régissaient lui semblait utile. Cela pouvait éviter les erreurs désagréables comme celle qu'avait commise M. de Frontenac qui, dans sa lutte contre ces religieux qu'il ne pouvait souffrir, avait dénoncé au roi et au ministre leur esprit de lucre éhonté qui, selon lui, ne convenait pas à des prêtres venus pour s'occuper des âmes et non pour amasser une fortune aux dépens de leur prochain. Il aurait révélé qu'ils détournaient à leur profit une partie de la fourrure des Grands Lacs, avec deux forts bâtis sur les pointes de terre qui encadrent le détroit reliant le lac Tracy au lac Huron : le fort Sainte-Marie, factorerie récoltant tout ce qui venait du Nord, et le fort de Missilimakinac, tout ce qui venait du Midi. Ils avaient aussi un magasin dans la Basse-Ville où l'on vendait jusqu'à de la viande et des sabots.
On avait coupé court à ses indignations en lui présentant le texte d'une des prérogatives papales dont les jésuites étaient bénéficiaires et qui stipulait qu'ils avaient « droit de se livrer au commerce et à la banque ».
Nul à Québec ne sortait du tourbillon de s'envoyer à la tête ses droits et ses devoirs, chacun combattant pour ses intérêts et la gloire de Dieu.