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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Cette bizarre réaction l'avait déterminée à écrire au policier Desgrez, adjoint de M. de La Reynie, lieutenant de police du royaume. Rédigée dans les froids brouillards canadiens de novembre, cette lettre qu'un laquais dévoué, celui de M. d'Arreboust, avait pu faire parvenir en mains propres sans y laisser sa vie, apportait au patient chasseur les armes dont il avait besoin pour démasquer ceux qu'il s'évertuait à démasquer.

Dans cette missive, elle lui livrait tout. Le nom des sorcières impliquées dans les crimes de Versailles, nombre d'adresses de leurs petits logis à travers Paris où elles recevaient leurs superbes clientèles, le nom de celle qui, jadis, « avait préparé la chemise », Athénaïs de Montespan, la maîtresse du roi, et de Mlle Désœillet, sa suivante qui, depuis des années, servait d'entremetteuse avec la femme Mauvoisin.

Cette lettre avait eu une influence certaine sur le cours des événements. Elle se demandait comment Desgrez en avait usé... puis préférait détourner sa pensée.

Elle n'allait pas gâcher ces journées précieuses au fil du fleuve, où il leur était permis, sinon d'oublier, au moins de considérer plus légèrement les turpitudes du monde avec lesquelles ils ne tarderaient pas à avoir de nouveau à se débattre.

Le geste par lequel Joffrey tendrement la ramenait contre lui, lui signifiait qu'il suivait et partageait ses pensées.

Ils étaient ensemble et se comprenaient. Ils éprouvaient la même ivresse à se tenir ainsi étroitement, lui, à sentir contre lui, accordé à son pas, ce corps de femme si précieux, si délectable, que lorsqu'il en détaillait tout ce qu'il avait d'aimable, il ne pouvait s'indigner que tant d'autres le convoitent et le lui envient. Elle, habitée de cette joie extatique et sereine qu'éprouvent parfois les enfants lorsque le soleil brille, que les fleurs sentent bon et qu'ils savent qu'on les aime. Il lui suffisait d'éprouver la ferme étreinte de son bras autour d'elle pour ne plus rien redouter au monde. Ses inquiétudes s'envolaient et ses soucis perdaient de l'importance. Elle vivait sous la protection de leurs nuits enchanteresses où cet homme que reconnaissaient pour chef et craignaient les plus fortes têtes, se révélait si doux et empressé, si ardent à l'aimer, si avide de ses caresses, si attentif à faire naître ses transports et à combler ses désirs les plus vifs, abandons et folies dont ils ne se lassaient pas et en lesquels se transmutait, sur le plan charnel, l'entente qui, le jour, avait rapproché leurs esprits et animé leurs cœurs.

*****

De préférence ensuite, on alla chercher des havres pour la nuit, ou pour se protéger des coups de vent, sur la rive Sud, plus hospitalière.

Au flanc des côtes, s'apercevaient les champs moissonnés. On transportait les gerbes, on chargeait le foin sur fond de moissons et d'engrangement. La hâte de l'été, trop bref, dont dépendait l'hiver, donnait à tous ceux qu'ils rencontraient des allures furtives et méfiantes. L'ennemi était ce ciel, parfois serein, rapidement envahi de nuées lourdes. Des éclairs de chaleur ne cessaient de faire des signaux muets dans la nuit, jusqu'au moment où éclatait l'orage, souvent dévastateur. Un autre ennemi de l'habitant penché sur sa glèbe, c'était le continuel retour des fêtes chômées pour célébrer les saints du paradis.

On essayait de tourner cela, comme les voyageurs partis sans « congés » pour les Grands Lacs ou le Grand Nord tournaient les interdictions et les excommunications. Mais vivre en Canada et sauver sa peau de l'hiver ou de la ruine, en était une autre, et réclamait des accommodements avec le Ciel. Il y eut des orages. Les vannes du ciel s'ouvraient. Les navires commençaient leur danse de Saint-Guy. Les tempêtes du Saint-Laurent pouvaient être aussi terribles que celles de la mer.

Le voyage continua sous un ciel purifié.

Plus on avançait vers l'embouchure du fleuve, plus les côtes habitées et cultivées se faisaient rares.

À l'infini, de part et d'autre, le fleuve s'étirait, s'étendait, travaillé de moirures, de longs traits bleus-de-ciel, traversant l'étain terni de larges surfaces immobiles comme celles de lacs paisibles et d'autres gaufrées miroitant au soleil.

Mais contre les coques des navires, on voyait courir des courants glauques, se former de noirs tourbillons couronnés d'écume blanche.

Lorsqu'on se rapprochait des rivages, se dessinait la monotonie sauvage d'une géante Bretagne, de falaises et de landes couronnées de forêts de conifères noirs et trapus.

Le plus important des censitaires de la région était ce Tancrède Beaujard, ami d'enfance du vieux Loubette. Il vint les visiter à bord, et évoqua les souvenirs des « premiers », lorsque le navire de la compagnie, n'étant pas parvenu cet été-là sous Québec, Champlain avait dû remettre la survie de ces quelques colons à la charité des sauvages, et comment lui-même, âgé de dix ans, et sa sœur Élisabeth et ledit Loubette qui en avait onze, avaient été « placés » pour l'hiver chez les Montagnais du coin, ce qui leur laissait le meilleur souvenir de leur vie.

Le fleuve s'élargissait toujours. Le dragon ne cessait d'ouvrir sa gueule immense, bâillait et crachait des îles avant de rejoindre la mer.

Chapitre 9

Après être passé au large de la seigneurie de Mont-Louis, aux environs de la rivière Matane, l'un des quatre cours d'eau descendant des Monts Chikchoks, un vaisseau qui leur apparut comme de la Marine royale sortit de la brume du rivage et sans doute de l'embouchure de la rivière où il se cachait, et après avoir louvoyé, leur expédia des signaux de détresse.

Non sans prudence, Joffrey de Peyrac fit réduire les voilures et détacha, à leur rencontre, un de ses yachts, agile et prompt à la manœuvre. Le vent était si bon que c'était dommage de ralentir la course, et de ne pas laisser une partie des bâtiments parmi les plus lourds, L'arc-en-ciel par exemple, continuer sur leur lancée. Mais le comte préférait appliquer la règle d'or des Hollandais, gens de mer et de commerce s'il en fut, et qui liaient la réussite de leurs expéditions autour du globe au principe qu'une flotte devait toujours rester groupée.

On manœuvra à grands cris, les matelots s'élançant dans les haubans, courant le long des vergues en maudissant l'importun.

Le commandant de celui-ci fut ramené peu après à bord de L'arc-en-ciel, et c'était bien un officier de la Marine royale, car il portait le justaucorps bleu à parements rouges, l'écharpe de satin blanc, la culotte noire, les bas de soie cramoisie et un feutre noir à plumes, uniforme imposé par le ministre Colbert, non point tant pour obliger les officiers de la Marine du roi à se bien vêtir, que pour réduire le flot de passementeries, de broderies, de ruches et d'aiguillettes dont ils se couvraient. La réforme n'avait pas été sans soulever un tollé général. Comment dans une bataille sans toutes ces fanfreluches, franges d'or et plumes, les gens d'équipage reconnaîtraient-ils « leur » capitaine et différencieraient-ils les officiers entre eux ? D'où la nouvelle décision de donner un sens aux divers galons auxquels personne ne voulait renoncer : d'or ou d'argent au nombre de un à quatre, ils allaient indiquer la fonction ou le grade.

Les souliers étaient restés à talons rouges et à revers, la chemise à manchettes et col ou jabot de dentelle. À la rigueur la couleur de la culotte était laissée à la fantaisie ainsi que celle des plumes du chapeau, leur nombre et leur hauteur.

Le nouveau venu ne se privait pas d'outrepasser les limites.

La main sur le pommeau de son épée, il se nomma : Le marquis François d'Estrée de Miremont.

– J'ai reconnu votre pavillon, Monsieur, dit-il en s'inclinant très bas et balayant le plancher du panache de plumes de son tricorne galonné et j'ai béni l'opportunité de votre arrivée. Et maintenant, je vous vois et je continue à être rempli d'aise, non seulement parce que je sais que votre rencontre va me tirer d'un mauvais pas, mais aussi parce que va se trouver satisfaite la curiosité que bien des récits vous concernant ainsi que...

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