Maman, la dame fait rien qu'à me faire des choses !
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #161
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-00385-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Maman, la dame fait rien qu'à me faire des choses !». Краткое содержание книги:
C'est confortable.
On y passe généralement de bons moments.
Sauf quand il y vient des gens bizarres.
Alors il arrive que les choses se gâtent et qu'on se mette à y mourir à qui mieux mieux.
Un conseil : ne jamais ouvrir la fenêtre donnant sur la rue, sinon t'es obligé d'appeler les pompiers. Et les pompiers dans un bordel, quoi que tu en penses, ça la fout mal !
Mémère est vachetement impressionnée par le lieu. La première fois qu’elle amène son gros cul dans les appartes d’une ambassade. Elle a un sourire contrit qu’elle offre à la ronde, et qui se fait chaleureux en se posant sur moi.
Puis sa tête se tourne davantage à droite et elle découvre le prince. Alors un changement s’opère en elle. Elle émet une espèce d’éternuement de chaisière pendant la grand-messe ; et puis, poum ! descendez on vous demande, comme on dit puis à Bourgoin-Jallieu, la ville où sont conçus les êtres d’exception. La voilà qui choit sur le tapis persan provenant d’un marché du même nom. Elle gigote des cannes, ses jambons apparaissent sous les nippes troussées. Mémère porte des bas (que le Seigneur la récompense, cette chère bordelière, pour respecter les traditions orales et anales de son noble métier). Juvénile, elle a un délicat slip bleu d’enfant de Marie, des jarretelles semées de myosotis brodés.
Chose inattendue, personne ne bronche. Non-assistance à personne dans le potage, c’est un délit. Pourtant c’est vrai qu’on n’a pas envie de lui porter secours. Son côté grotesque, je suppose ? On ne secourt que les gens qui émeuvent. La Mina est trop ridicule, affalée de la sorte, avec son bada de traviole, son sac à main en imitation croco, la chandelle qui lui dégouline du tarbouif pour aller brouiller son rouge à lèvres cyclamen. On est là, nous cinq, qui attendons avec une confiance indifférente son retour à la réalité.
Un brin de moment passe. La vachasse soupire comme la chaudière du chauffage central quand t’en ouvres la porte du haut. Ses grands yeux de matrone réapparaissent, d’abord embués d’inconscience, puis recyclés sur les réalités. Elle émet un nouveau cri, plus chétif, parce que déjà contrôlé.
M’avisant, elle murmure en se mettant de biais pour ne pas voir le diplomate :
— Dites, c’est pas lui, hein ?
— Vous croyez ? réponds-je-t-il.
La mère Mina reprend, et, cette fois-ci, en osant cadrer le prince carrément :
— Alors, il n’est pas mort ?
— Il semble que non, ma chère amie.
Elle opine doucement, sa morve incontrôlée choit sur son manteau de fourrure. Elle balbutie :
— C’est bien vous, Monseigneur ?
— Tout à fait, laisse tomber Sa Princerie, guillerette.
— Un simple malaise, alors ? insiste la très cartésienne bordelière, l’un n’empêchant pas l’autre.
Karim Kanular saute du lit, serre la ceinture de son opulente robe de chambre de roi mage qui serait descendu au Hilton de Jérusalem et va chercher une cigarette à bout doré dans un coffret de jade.
Il l’allume à l’aide d’un briquet d’argent enrichi de chprountz.
— Ma chère madame, attaque-t-il à voix de miel, il serait grand temps de parler net. Je n’ai pas mis les pieds hier dans votre honorable maison. Le nombre de gens qui peuvent l’attester est si important que M. le directeur ici présent devrait détacher une escouade de policiers pour enregistrer tous les témoignages certifiant la chose.
La Mina, tu la verrais, t’aurais pitié. Son cerveau fait le caramel. Mou.
Les émotions lui provoquent de l’incontinence car elle se met à faire pipi sur le chiraz pure soie, commak, sans parviendre à se retenir. Comme quoi elle doit bien compter davantage de carats qu’il n’y paraît, la mère, pour se relâcher de la sorte.
Elle bredouille, tout en lancequinant de première :
— Je m’escuse, Monseigneur, c’est l’émotion, ça me tient depuis toute petite quand j’ai une grosse impression. Tenez, quand j’ai admiré Gérard Barray dans Surcouf, j’ai inondé le cinéma, mon mari a dû se battre avec le directeur de la salle qui réclamait des dommages et intérêts. Qu’à la fin, les choses s’envenimant, je lui a planté son lingue dans le baquet, écopant de la sorte dix piges aux durs ; ce qui m’a induite à me maquer avec Freddy-Belles-Quenottes qui m’avait à la chouette depuis lurette et qu’attendait son heure.
« C’est avec Freddy que j’ai ouvert mon premier boxif, près de l’église de la Trinité : un rez-de-chaussée de trois pièces au fond de la cour. Je m’expliquais avec la maman de mon homme : Ginette, une Auverpiote qui vous pompait dix hommes à l’heure à soixante carats et mèche ! Je l’ai même vue, si je vous disais, Monseigneur, faire deux pipes en même temps ; chacun des messieurs avait sa queue dans un coin de sa bouche. Une virtuose qu’on retrouvera jamais. Elle s’est fait écraser par le R.E.R. sur la ligne Nation-Boissy-St-Léger. Une femme très bien… »
Elle se met à chialer à gros bouillons. Comme je doute que ça soit l’évocation du décès tragique de sa belle-mère putative qui provoque ce chagrin, force m’est de craindre pour son équilibre mental.
Mets-toi à sa place : hier, elle assiste au décès suspect du prince Kanular dans son boxon et, aujourd’hui, ce dernier la reçoit en son ambassade, vautré avec des frangines lascives ; ça fait vraiment trop pour une personne sortie du bas peuple et qui s’est élevée dans l’échelle sociale à la force du poignet. Elle craque de partout, la mère : du vocabulaire, du cervelet, des bonnes manières. Une Berezina généralisée, la pauvre marchande de culs ! Too much, c’est trop !
Le diplomate remet l’aiguille du gramophone dans le bon sillon :
— Ainsi, ma chère dame, vous affirmez que je me trouvais dans votre établissement hier après-midi ?
Elle cesse de Pornichet, renifle vingt-cinq centimètres de morve que les Prussiens n’auront pas et éclatouffe avec une conviction si profonde qu’il conviendrait d’installer une barrière de protection tout autour, de crainte qu’un enfant, un myope ou un vieux con tombe dedans :
— Mais bien sûr que vous y fussiez, Votre Eminence. Même que vous y êtes décédé !
— Comme vous pouvez le constater, raille Kanular en glissant quatre doigts de sa dextre dans la chaglatte d’une des jumelles plus une.
— Excellence, l’interpellé-je, en sortant mon membre de la bouche d’une des sœurs Lapipe qui vient déjà de le récupérer pour tenter une réanimation (sans doute) prématurée, Excellence, pourrais-je vous entretenir en particulier ?
— Naturellement, fait le diplomate.
Il retire sa dextre de la moufle calorifugée où il l’avait introduite et m’entraîne dans un petit boudoir attenant à la chambre des hautes manigances voluptuaires. Je réalise alors que je suis nu comme un œil (les vers me dégoûtent) et je pense que ce fait constitue une grande première : c’est la first fois de ma garcerie de carrière que j’interroge un prince en étant à poil devant lui. Mais cette tenue sommaire ne semble pas désobliger mon hôte.
— Voyez-vous, attaqué-je en carrant mon zob sous ma jambe croisée afin d’éviter d’éventuelles tentations qui seraient contre nature, nous sommes en présence d’un mystère que vous seule, Excellence, pouvez nous permettre d’élucider. Si cette vieille maquerelle, qui vous connaît depuis un certain temps déjà, affirme que vous étiez chez elle hier après-midi, alors que vous vous trouviez à Bruxelles en compagnie d’autres diplomates, c’est qu’elle a été abusée par quelqu’un dont la ressemblance avec vous est ahurissante. D’où ma question ; existe-t-il, à votre connaissance, un être qu’on puisse confondre avec vous ?
Il caresse son collier de barbe noire qui semble être en poils de cul, tant il est sombre et frisé.
— Personne, mon ami, personne. Mon père, le prince Karamel, contrairement à la tradition, n’a eu que trois enfants : moi et deux filles beaucoup plus jeunes et très… colorées, leur mère étant franchement noire. Certes, je possède nombre de cousins, mais pas un seul d’entre eux ne pourrait se faire passer pour moi car ils sont plus courts de vingt bons centimètres. Le mystère génétique : notre grand-père ne mesurait qu’un mètre cinquante-cinq et mon oncle Kléranbâr, leur géniteur, guère plus.