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Basilica [The Memory of Earth - fr]

Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

Basilica est une ville dirigée par les femmes, dans laquelle culture et tradition sont les maîtres mots. Les hommes ne peuvent y résider que sur l’invitation expresse de leurs compagnes. C’est pourtant l’un deux, volemak, qui reçoit de surâme, l’ordinateur-dieu veillant au bien-être du monde, une vision d’apocalypse : Basilica, et, au-delà toute la planète Harmonie, sont sur le point de disparaître dans un déluge de feu. Mais à cause de quoi ? Ou de qui ? Alors que les tensions politiques grandissent entre les différentes factions de Basilica, Nafai, le benjamin de Volemak, s’efforce d’aider son père dans la quête de la vérité. Mais il semblerait que Surâme ait d’autres ambitions pour l’adolescent…
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— Oh, dis, ne fais pas comme si tu ne savais pas, petit !

— Et comment est-ce que je l’aurais su ? J’ai dormi jusqu’au début des répétitions ! Tu me mets en scène pour ridiculiser mon père, et ce serait une simple coïncidence, et tu aurais oublié de me prévenir ? Tu crois vraiment que je vais avaler ça ?

— Ben, c’est fait pour attirer le public !

— Et ensuite, qu’est-ce que tu aurais fait ? Tu aurais dit aux gens qui j’étais, après toutes tes promesses de préserver mon anonymat ? Et puis à quoi riment ces masques ? » Meb se tourna vers les comédiens visiblement abasourdis. « Écoutez, vous autres ; vous savez ce que cette vieille fripouille allait faire ? Il allait se moquer de mon père, pour ensuite révéler au public que c’était moi qui jouais Surâme ! Il allait me démasquer ! »

Le chansonnier s’inquiétait manifestement de la tournure que prenaient les événements. Sous leurs masques, les comédiens devaient être furieux qu’il eût projeté de révéler leur identité. Il fallait impérativement reprendre les choses en main. « Ne faites pas attention à ce qu’il dit ! C’est absurde ! Je viens de virer ce garçon parce qu’il a eu l’audace de réécrire mon texte, et pour se venger, il essaye de couler le spectacle, voilà tout ! »

Les masques se détendirent.

Meb comprit alors qu’il avait perdu la bataille : les masques voulaient croire le chansonnier, parce qu’il était leur gagne-pain.

« Le menteur, ce n’est pas mon père, cria Meb, c’est toi !

— Ah, répondit Drotik, la satire, c’est merveilleux, jusqu’au moment où on tape là où ça fait mal, hein ? »

Meb brandit le masque à crinière blanche au-dessus de sa tête, comme s’il allait en frapper le chansonnier, lequel se protégea de ses bras et recula. Mais Meb n’avait pas l’intention de le frapper : il abattit brutalement le masque sur son genou et le brisa en deux. Puis il lui jeta les morceaux.

Drotik baissa les bras et soutint le regard de Mebbekew. « Il faudra dix minutes à mon fabricant de masques pour m’en faire un nouveau avec une barbe. Mais c’était peut-être une menace métaphorique, simplement ?

— Je ne sais pas, répondit Meb. Est-ce que tu essayais de me pousser à tuer métaphoriquement mon père ? »

Le chansonnier secoua la tête, incrédule. « Il ne s’agit que d’une pique, d’une plaisanterie, petit. Ce ne sont que des mots. Rien que quelques éclats de rire.

— Et quelques billets supplémentaires !

— Qui te rapportent de l’argent.

— Et qui font ta fortune. »

Meb lui tourna le dos et s’éloigna. Nafai lui emboîta le pas. Derrière eux, Drotik demandait qu’on lui trouve un masque capable d’apprendre un rôle en trois heures.

Mebbekew ne se laissait pas rattraper par Nafai. Il allait vite, toujours plus vite, et ils se retrouvèrent à courir comme des fous par les rues hautes et basses de la cité. Mais Mebbekew n’avait pas l’endurance de son frère, et il finit par s’arrêter à l’angle d’une maison, plié en deux, pantelant, le souffle coupé.

Nafai ne savait pas quoi lui dire. Il n’avait pas eu l’intention de le forcer à la course ; il voulait seulement lui faire savoir combien il l’admirait d’avoir remis le chansonnier à sa place, de l’avoir traité de menteur bien en face et d’avoir démoli chacun de ses arguments. Quand tu as cassé le masque, j’ai failli applaudir, voilà ce que Nafai avait envie de lui dire.

Mais quand il s’approcha de Meb, il s’aperçut que ce n’était pas seulement la course qui lui coupait le souffle. Il pleurait, non de chagrin mais de rage, et il se mit soudain à taper du poing contre le mur.

« Mais pourquoi est-ce qu’il a fait ça, répétait Meb, cet espèce d’égoïste, ce vieux salaud !

— Voyons, ne te mets pas dans un état pareil ! dit Nafai pour le consoler. Drotik n’en vaut pas la peine !

— Je ne parle pas de Drotik, crétin ! Je ne m’attendais pas à autre chose de lui, sauf que j’ai perdu mon boulot et que je n’en retrouverai jamais d’autre ; Drotik va raconter à tout le monde que j’ai quitté un spectacle trois heures avant le lever de rideau.

— Mais alors, contre qui en as-tu ?

— Contre Père ! Évidemment ! Une vision ! Je n’arrive pas à y croire ; j’espérais que Drotik me dirait que ce n’était pas Père qu’il visait, que c’était quelqu’un d’autre, que mon idée qu’il s’agissait de Wetchik ne tenait pas debout, qu’il fallait avoir du fromage à la place du cerveau pour croire que l’honorable Wetchik se payait des visions envoyées par l’incroyable, le stupéfiant Surâme !

— Mère le croit, elle, dit Nafai.

— Mère renouvelle son contrat tous les ans depuis ta conception, alors tu penses comme elle est impartiale ! Et toi, tu le crois aussi ? Est-ce que les gens qui ne couchent pas avec lui le croient ?

— Mais je n’en sais rien ! Je ne sais même pas qui est au courant.

— Je vais te dire une bonne chose : dans six heures, tout Basilica sera au courant ; ça répond à ta question ? Je voudrais pouvoir la tuer, cette vieille baderne boursouflée !

— Calme-toi ; tu ne le penses pas vraiment…

— Tu crois ça ? Tu crois que je n’ai pas envie de lui flanquer mon poing dans la gueule ? » Meb se retourna et cria aux passants : « Je t’en foutrai, moi, des visions, tête de pioche, colporteur de luzerne ! »

Dans la rue, les gens s’arrêtaient, médusés.

« D’accord, dit Nafai, c’est Père qui t’embête…

— Je ne t’ai pas demandé de me suivre ! C’est toi qui m’as couru après, alors si ça ne te plaît pas, tu peux t’étouffer avec ta propre morve, moi, je m’en tape !

— Allez, viens, rentrons », fit Nafai. Il ne trouva rien d’autre à dire.

5. Les roues

Ce soir pourtant, Nafai n’avait vraiment pas envie de rentrer. Il avait espéré que Père serait ailleurs, et que Meb se calmerait avant de le voir. Mais non, bien entendu : Père voulait justement parler à Meb. Il venait de passer une heure avec Elemak (Nafai ne regretta pas trop de ne pas avoir assisté à la scène) et l’idée bizarre lui était venue qu’il arriverait peut-être à convaincre Meb de croire en sa vision.

Les hurlements commencèrent dès que Mebbekew aperçut Père dans l’étude. Nafai connaissait bien ce genre de discussions, et il battit aussitôt en retraite dans sa chambre. En traversant la cour, il aperçut Issib qui risquait un œil par sa porte entrouverte. Tiens, un réfugié comme moi, songea Nafai.

Pendant la première heure, on n’entendit que le murmure bas de la voix de Père qui essayait sans doute de parler de sa vision, interrompu toutes les deux ou trois minutes par les commentaires stridents de Mebbekew, tantôt accusateurs et tantôt ironiques. Puis, comme Mebbekew se plaignait de l’humiliation que Père imposait à la famille, celui-ci plaça enfin un argument : c’était Meb qui avait déshonoré la famille en travaillant comme masque. Et le Wetchik se mit à hurler à son tour, et Meb tenta de s’expliquer, ce qui prolongea la dispute d’une bonne heure, avant que Meb, furibond, ne quitte enfin la maison ; quant à Père, il se rendit aux écuries pour s’occuper des animaux en attendant de retrouver son calme.

Alors seulement, Nafai, mourant de faim, osa s’aventurer jusqu’à la cuisine pour son premier repas sérieux de la journée et eut la surprise d’y trouver Elemak attablé en compagnie d’Issib.

« Je ne savais pas que tu étais là, Elya », dit-il.

Elemak lui adressa un regard inexpressif, puis il se rappela soudain. « Oh, laisse tomber, répondit-il. Ce matin, j’étais en colère, mais ce n’est rien ; oublie ça. »

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