La Mythologie dans l'art ancien et moderne
- Автор: Menard Rene Joseph
- Год: 1878
- Язык: французский
- Год: Paris : Delagrave
- Жанр: Прочая древняя литература
Электронная книга - «La Mythologie dans l'art ancien et moderne». Краткое содержание книги:
C'est donc une erreur de croire qu'elle suffise à tout expliquer par elle seule. Sans méconnaître les services rendus par cette science nouvelle, il importe de ne pas s'y renfermer complètement.
Notre but n'est pas d'entrer dans un examen détaillé de tous les faits acquis. Nous voulons simplement donner à ceux qui liront le livre de M. Ménard, le moyen de se reconnaître au milieu des légendes qui y sont accumulées. Une fois qu'ils sauront d'où elles proviennent, comment elles sont nées, il leur sera possible de se rendre compte des transformations qu'elles ont subies et de voir ce qu'il y a de fondé dans les interprétations diverses auxquelles on les a soumises. Le point important, c'est qu'ils arrivent à bien compi'endre que ces mythes, môme les plus étranges en apparence, ne sont pas, comme on pourrait le croire à première vue, de simples absurdités, que toutes ces prétendues fictions ne sont en réalité pour la plupart que des interprétations de faits réels, dont les développements et les variations s'expliquent très-logiquement par des raisons simples et intelligibles. 11 est parfaitement vrai que les Latins et les Grecs en ont de très-bonne heure oublié la signification, lorsque ces rameaux d'un même tronc se trouvèrent dispersés sur la face du monde et que cette ignorance a pu en certains cas donner lieu à des additions assez incohérentes. Mais ces altérations ne portent en général que sur la forme et n'empêchent pas le fond d'être reconnaissable depuis que l'étude des Védas nous a mis en main la clef de ces problèmes.
LUTTE
DE L'OMBRE ET DE LA LUMIÈRE
§ ^^ — LES DIEUX DU CIEL.
Les Védas, et en particulier le Rig-Yéda, sont certainement le plus antique monument écrit de la race aryenne. 11 ne faudrait pas en conclure qu'il n'y a eu ni civilisation ni religion plus anciennes. Il serait tout au contraire facile de démontrer que l'état social et religieux qu'ils nous révèlent constitue un progrès très-marqué sur une situation antérieure dont il reste dans ces livres des traces nombreuses. Mais nous n'avons pas à nous arrêter à cette question. Il nous suffit de prendre la religion aryenne au point oii nous la trouvons dans ces vieux livres. Cela suffira pour nous donner l'explication de la plus grande partie des mythes grecs et latins.
Le point central vers lequel tout converge, c'est la lutte éternelle de l'ombre et de la lumière. Voilà ce qu'il importe avant tout de bien comprendre, bien que cela exige de notre part un certain efïort.
Aujourd'hui que, grâce aux observations incessantes des siècles passés et aux progrès de la science, nous savons que le soleil et les astres, y compris la terre, obéissent à des lois physiques immuables qui en règlent tous les mouvements, les phénomènes célestes n'ont plus rien qui nous étonne ni qui nous inquiète. Nous assistons impassibles à la régulière succession des jours et des nuits, des étés et des hivers. Les troubles momentanés de l'atmosphère, tels que les orages et les tempêtes, les tremblements de terre eux-mêmes, ne nous font pas craindre la destruction du monde.
Nos premiers ancêtres étaient à tous les points de vue dans des conditions absolument différentes. Ils voyaient bien que le jour succédait à la nuit et la nuit au jour; mais qui pouvait leur garantir que cette succession serait perpétuelle? Les variations dans la longueur des jours et des nuits, les changements de température résultant des mouvements des saisons, les orages, les éclipses, toutes ces perturbations pour eux inexpliquées et inexplicables entretenaient dans leurs âmes la crainte permanente que le soleil ne finît par disparaître à jamais :
Impiaque a-tornam tiniuoruiit secula noctom.
La nuit éternelle! c'est à peine si nous pouvons concevoir tout ce qu'il y a d'effroyable dans une pareille idée, parce que, pour nous, ce ne peut être qu'une fiction. Nous sommes sûrs, quand vient la nuit, que le soleil repa-
raîlra le lendemain et le surlendemain, et tons les jours sans interruption ; (juand les nuages s'amoncellent et couvrent le ciel, nous savons qu'ils ne tarderont pas à se dissiper et que dans quelques heures la lumière renaîtra aussi resplendissante que la veille; lorsque l'hiver remplace l'été, que la végétation s'arrête et que la nature tout entière paraît s'engourdir, personne parmi nous ne doute un instant du retour prochain de la chaleur et du réveil de la nature. Ne savons-nous pas que tout cela est le résultat nécessaire des mouvements et des relations qu'impose aux astres la loi inflexible de la gravitation? Et si quelques faits, ceux qui se rapportent aux perturbations de l'atmosphère, tels que la direction des vents et la production des orages, échappent encore en partie aux prévisions et aux calculs de nos mathématiciens, ce que nous en savons suffit pourtant pour nous empêcher de craindre que le soleil soit dévoré parles n.uages.
Pour les hommes des premiers âges, il n'y a ni astronomie ni mathématiques. Tout mouvement est nécessairement produit par une cause animée, attendu que le mouvement est le caractère même de la vie. Le soleil qui chaque jour s'en va d'un bout à l'autre du ciel, le nuage qui vole dans l'air, l'éclair qui s'élance en grondant sont autant d'êtres animés, vivants, comme l'homme lui-même, et par conséquent ont comme lui leurs volontés, leurs passions, leurs préférences et leurs haines. Cette identification du mouvement des choses au mouvement des animaux était inévitable, et, ce pas une fois franchi, elle devait nécessairement s'étendre à tous les autres attributs. Le fétichisme en est sorti tout naturellement et peu à peu s'est étendu aux objets même inanimés.
Dès lors, l'existence de ces êtres supérieurs se trouve logiquement livrée aux mêmes péripéties, aux mêmes dangers que celle de l'homme; chacun d'eux a si's luttes et ses ennemis par lesquels il peut être vaincu. La lumière, le soleil sont en guerre avec les ténèbres de la nuit, avec les nuages orageux, et dans ces grandes batailles qui s'engagent chaque jour, rien ne prouve que l'un ou l'autre ne puisse pas être anéanti à jamais.
Cette conception, pour nous si étrange, des forces de la nature, domine toute la vie de l'humanité des premiers âges jusqu'à des temps singulièrement rapprochés des nôtres. C'est ce qu'on appelle l'anthropomorphisme. L'école philologique, qui cherche dans l'influence du langage les explications que les écoles antérieures croyaient trouver dans l'allégorie ou dans le symbolisme, ne tient pas assez compte de cette fatalité imposée à l'ignorance humaine. La philologie par elle seule ne suffit pas pour tout expliquer, et, comme nous l'avons dit, il nous semble qu'on exagère un peu son rôle. Il est certain que les mots ont eu une influence des plus considérables sur l'histoire et les transformations successives des mythes, mais leur formation primitive s'explique uniquement par l'anthropomorphisme, c'est-à-dire par l'impossibilité de concevoir les forces qui agissent dans la nature sous une autre forme que celles qui agissent dans l'homme. Là est le point de départ, la base et le fondement de tout le reste. Peu importe que es hommes, en leur rendant hommage comme à des êtres supérieurs, ne perdissent pas de vue leur caractère physique. Le principe de leur action n'en était pas moins, aux yeux des Aryas, le môme que dans l'homme, la volonté, la passion, la crainte ou l'es-
poir, la colère ou la bonté. Qu'Indi'a fût pour eux la lumière, le ciel brillaut, il n'en était pas moins en même temps l'ennemi de la nuit, et la preuve c'est qu'ils lui offraient des sacrifices pour mériter sa faveur, qu'ils le nourrissaient du lait et de la graisse de leurs troupeaux pour lui donner la force de combattre et de vaincre ses adversaires.