Tyrann [The Stars, Like Dust - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Серия: Cycle de l'Empire #1
- Год: 1973
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Frank Straschniz
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Tyrann [The Stars, Like Dust - fr]». Краткое содержание книги:
Dans l’Empire galactique déclinant, les despotes de la planète Tyrann contrôlent de nombreux mondes, dont la Terre. Biron Farrill, le fils d’un de leurs principaux opposants qu’ils ont assassiné, échappe de peu à un attentat et réussit à quitter la Terre. Il y est aidé par son vieux maître, Sander Jonti et, en compagnie de la jolie Artémisia, gagne alors Lingane, une planète où s’organise la résistance contre Tyrann. Là, il découvre que le chef des opposants et l’auteur de l’attentat qui faillit lui coûter la vie sont un seul et même homme : Sander Jonti.
Comment parviendra-t-il à distinguer ses amis véritables de ses ennemis ? Lui reste-t-il une chance de sauver sa vie et d’anéantir les maîtres de Tyrann pour venger son père ?
Mais partout, quelle que soit la convention adoptée, la tombée de la nuit a un profond impact psychologique, dont les racines remontent loin dans l’histoire de l’humanité. La nuit sera toujours une période de peur et d’insécurité, et le courage disparaît avec le soleil.
A l’intérieur du Palais Central, rien n’indiquait aux sens la tombée de la nuit, mais Biron la sentit venir par quelque instinct profondément enseveli dans les labyrinthes du cerveau humain. Il savait que, dehors, seules les futiles étincelles des étoiles éclairaient le ciel. De plus, en certaines saisons, cet énorme « trou dans l’espace » qu’était la Nébuleuse de la Tête de Cheval cachait la moitié de la voûte céleste.
Il se sentait déprimé. Il n’avait pas revu Artémisia, et cela lui manquait. Il avait espéré pouvoir lui parler au dîner – mais on le lui avait servi dans sa chambre, avec, devant la porte, deux gardes visiblement mécontents de cette corvée. Même Gillbret l’avait abandonné, sans doute pour prendre un repas moins solitaire dans un cadre digne des Hinriades.
De sorte que, lorsque Gillbret revint en lui annonçant : « Artémisia et moi avons parlé de vous », il obtint une réaction immédiate. Le visage de Biron s’éclaira. Cela amusa l’oncle d’Arta et il ne se fit pas faute de le dire.
— Mais avant tout, continua-t-il, je veux vous montrer mon laboratoire.
D’un geste, il congédia les gardes.
— De quel genre de laboratoire s’agit-il ? demanda Biron, avec un évident manque d’intérêt.
— Je fabrique des gadgets, répondit Gillbret sans plus de précisions.
En apparence, cela n’avait rien d’un laboratoire. On eût plutôt dit une bibliothèque, avec un joli secrétaire dans un coin. Biron l’inspecta du regard.
— Alors vous fabriquez des gadgets ici ? Quel genre de gadgets ?
— Eh bien, par exemple, des appareils d’écoute perfectionnés me permettant d’espionner les communications confidentielles des Tyranni d’une façon absolument indétectable. C’est ainsi que j’ai appris que vous étiez ici, en captant le message d’Aratap. Il y a aussi une autre babiole amusante : mon visisonor. Aimez-vous la musique ?
— Tout dépend de laquelle.
— Parfait. J’ai inventé un instrument, quoique, à proprement parler, je me demande si l’on peut dire qu’il fait de la musique. (Un rayon de livres s’escamota à son toucher.) Ce n’est pas une cachette bien fameuse, mais comme personne ne me prend au sérieux, ils ne se donnent pas la peine de regarder. Amusant, non ? Pardon, j’oubliais que rien ne vous amuse.
C’était une sorte de boîte d’aspect assez grossier, avec ce manque d’élégance et de fini qui caractérise les objets bricolés chez soi. Une de ces faces était pleine de boutons étincelants. Il la posa avec cette face en dessus, disant :
— Ce n’est pas très joli, je sais bien, mais c’est si peu important ! Eteignez les lumières. Non, non ! Pas de boutons ni d’interrupteurs. Désirez simplement que les lumières s’éteignent. Désirez-le fort ! Décidez que vous voulez l’obscurité.
Et les lumières pâlirent ; seule subsista une clarté laiteuse diffusée par le plafond. Gillbret sourit à l’exclamation de surprise de son hôte.
— C’est un des petits trucs de mon visisonor. Il est accordé à votre esprit, un peu comme les capsules personnelles. Vous voyez ce que je veux dire ?
— A franchement parler, non.
— Eh bien… mathématiquement, c’est fort simple. Le champ électrique des cellules de votre cerveau induit un champ similaire dans l’instrument. En fait, on n’a jamais réussi, pour autant que je sache, à faire tenir les circuits nécessaires dans une boîte de cette taille. D’habitude, il faut une véritable usine génératrice haute de cinq étages. Et cela fonctionne dans les deux sens. Je peux également imprimer directement dans votre cerveau un champ émis par l’appareil, sans l’intermédiaire des yeux ou des oreilles. Regardez !
Au début, il n’y eut rien à regarder. Puis, quelque chose chatouilla doucement Biron au coin des yeux. Cela devint une boule d’un bleu-violet léger flottant devant lui. Elle restait suspendue au même endroit lorsqu’il bougeait, et ne disparaissait pas lorsqu’il fermait les yeux. Une claire tonalité musicale l’accompagnait – non, en faisait partie intégrante, sans qu’il fût possible de dissocier le son et l’image.
Elle s’épanouissait, prenait de plus en plus de place, et Biron eut la certitude troublante qu’elle existait dans son cerveau même. Ce n’était pas exactement une couleur, mais plutôt un son coloré, quoique sans vibrations acoustiques. C’était également tactile, mais d’une façon diffuse, indéfinissable.
Cela se mit à tourner, en prenant des tons irisés, tandis que le son musical montait dans l’espace, jusqu’à être suspendu au-dessus de lui comme de la soie que l’on arrache. Puis cela explosa, et des gouttes de couleur fusèrent vers lui, le brûlant momentanément, mais sans que la douleur laissât de trace.
Des bulles vert-rose imbibées de pluie s’élevèrent avec un doux gémissement. Se sentant envahi, Biron se débattit pour les repousser ; il s’aperçut alors qu’il ne voyait plus ses mains, et ne les sentait même pas bouger. Rien n’existait en dehors des petites bulles vert-rose qui emplissaient entièrement son esprit.
Il poussa un hurlement intérieur et les fantasmes cessèrent. Les lumières étaient revenues ; il vit Gillbret debout devant lui, riant de sa confusion. Sentant un violent vertige l’envahir, il essuya d’une main tremblante son front moite et glacé et s’assit par terre. Il n’avait pas la force de gagner un siège.
— Que s’est-il passé ? demanda-t-il en s’efforçant de parler sans trembler.
— Je l’ignore, répondit Gilbert, je suis resté en dehors. Vous ne comprenez pas ? Votre esprit n’avait encore jamais expérimenté cette appréhension directe et, faute de comparaison, ne pouvait donner aucune interprétation à ce phénomène. Il essayait en vain de le rapprocher d’expériences connues, en l’interprétant en termes sensoriels : vue, ouïe, toucher. A propos, avez-vous été conscient d’une odeur ? Cela m’arrive parfois. Chez un chien, j’imagine que l’odorat serait prédominant. J’aimerais un jour essayer sur des animaux.
« Par ailleurs, si on l’ignore, si on n’essaie pas de lutter, cela disparaît de soi-même. C’est ce que je fais quand je veux en observer les effets sur autrui. Ce n’est pas difficile.
Il posa sa petite main aux veines apparentes sur l’appareil.
— Si l’on étudiait tout cela à fond, on pourrait, je pense, composer des symphonies incomparables, exprimer des choses que, séparément, les sons ou les images ne pourront jamais rendre. Mais je crains bien de ne pas en avoir la capacité.
— J’aimerais vous poser une question, dit soudain Biron.
— Mais bien sûr ! Allez-y.
— Pourquoi n’utilisez-vous pas vos talents à des fins qui en vaillent réellement la peine, au lieu de…
— Au lieu de les gaspiller pour des joujoux sans valeur ? Je ne sais pas. Ils ne sont peut-être pas tellement dénués de valeur. Ce que je fais est illégal, vous savez.
— Qu’est-ce qui est illégal ?
— Le visisonor. Sans parler de mes techniques d’espionnage. Si les Tyranni savaient, ils me condamneraient sans doute à mort.