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Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade à la Cour d'Espagne, Pardaillan est amené à protéger une jeune bohémienne, La Giralda, fiancée d'El Torero, Don César, qui n'est autre que le petit-fils secret et persécuté de Philippe II. Or, Fausta a jeté son dévolu sur El Torero pour mener à bien ses intrigues, et elle bénéficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aidé dans cette lutte par le dévouement absolu d'un pauvre déshérité, le malicieux Chico et sa bien-aimée Juana…
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Ceci était dit avec cette galanterie outrée particulière à l’époque en général, et plus spécialement au tempérament, extrême en tout, de l’Espagnol. Néanmoins, Fausta crut démêler un accent de sincérité indéniable dans la manière dont furent prononcées ces paroles. Elle en fut très satisfaite. Plus le Torero s’enflammerait, plus sa tâche en serait facilitée.

Elle reprit avec force:

– Vous êtes pauvre, sans nom, isolé, incapable d’entreprendre quoi que ce soit de grand, malgré votre popularité, parce que votre obscurité et surtout votre naissance douteuse viendraient se briser contré des préjugés de caste, plus puissants dans ce pays que partout ailleurs. Si vous tentiez quelque hardi coup de main, nul ne vous suivrait, hormis quelques hommes du peuple qui ne comptent pas. Si vous avez du génie, vous êtes condamné quand même à végéter, obscur et inconnu: votre naissance vous interdit d’aspirer aux honneurs, aux emplois publics. Ce que je vous dis là, est-il vrai?

– Très vrai, madame. Mais je ne désire ni gloire ni honneurs. Mon obscurité ne me pèse pas, et quant à la pauvreté, elle m’est légère. Au reste, vous savez peut-être que si je voulais accepter tous les dons que les nobles amateurs de corrida jettent dans l’arène à mon intention, je pourrais être riche.

– Je sais, dit gravement Fausta. On dit de vous: brave comme le Torero. On dit aussi: généreux comme le Torero. Cependant, maintenant que vous savez que vous êtes issu de sang royal, vous ne pouvez continuer l’humble et obscure existence qui fut la vôtre jusqu’à ce jour.

– Pourquoi, madame? fit naïvement le Torero. Cette existence a son charme, et je ne vois pas pourquoi je la changerais. D’après ce que vous me dites, je ne serai jamais un prince royal. Pourquoi ne resterai-je pas ce que j’ai été jusqu’à ce jour?

Fausta eut un imperceptible froncement de sourcils. Ces paroles dénotaient un manque d’ambition qui contrariait ses projets. Néanmoins elle ne laissa rien paraître et se garda bien de combattre ouvertement ces idées.

– Vous oubliez, dit-elle simplement, qu’il ne vous est pas permis de vivre, même obscur, pauvre, ignoré, dénué de biens et d’ambition. Vous oubliez que demain, quand vous paraîtrez dans l’arène, vous serez misérablement assassiné, et que rien, rien ne pourra vous sauver… si je vous abandonne.

Le Torero eut un sourire de défi.

– Je vous entends, traduisit Fausta, vous voulez dire que vous ne vous laisserez pas égorger comme mouton à l’abattoir.

– C’est bien cela, madame.

Fausta eût un haussement d’épaules apitoyé.

– Vous oubliez encore, reprit-elle froidement, que celui qui veut votre mort détient la puissance suprême, vous oubliez que celui-là, c’est le roi. Pensez-vous qu’il s’arrêtera à des demi-mesures et se contentera de lâcher sur vous quelques misérables coupe-jarrets? Vous souriez encore et je vous comprends. Vous vous dites que vous trouverez quelques hardis compagnons qui n’hésiteront pas à tirer l’épée pour votre défense. Insensé que vous êtes! Sachez donc, puisqu’il faut tout vous dire, que demain une armée sera sur pied à votre intention. Demain des milliers d’hommes d’armes, avec arquebuses et canons, tiendront la ville sous la menace. On espère, on compte qu’un incident surgira qui permettra de charger la canaille. Vous serez frappé le premier et votre mort paraîtra accidentelle. Je vous dis que vous êtes condamné irrémédiablement. Que si, par impossible – il faut tout admettre, même un miracle – vous veniez à vous tirer sain et sauf de la bagarre, on en sera quitte pour recommencer. Si vous échappez encore, on jettera le masque, vous serez ouvertement saisi, jugé, condamné, exécuté.

Ces paroles, prononcées avec une violence croissante, produisirent impression sur le Torero. Néanmoins il ne se rendit pas sur-le-champ.

– Pour quel crime me condamnerait-on? fit-il.

Fausta étendit la main sur le balcon, et désignant le bûcher que les lourds rideaux dérobaient à leur vue:

– Le même crime de ce malheureux que vous avez entendu clamer son innocence.

C’était la deuxième fois qu’elle faisait une allusion détournée à la Giralda, et cette fois encore l’allusion sous-entendait une menace. Le Torero le comprit. Il pâlit légèrement.

– Ah! fit-il avec angoisse, est-ce à ce point?

Sur un ton solennel, Fausta répondit:

– Je vous dis que rien ne peut vous sauver.

Si brave que fut le Torero, il sentait la terreur se glisser sournoisement en lui et c’était ce que voulait Fausta.

– Eh bien, soit, fit-il après une légère hésitation, je fuirai. Je quitterai l’Espagne.

Fausta sourit.

– Essayez de franchir une des portes de la ville, dit-elle.

– J’ai des amis, je puis m’assurer les services de quelques braves résolus à tout, pourvu qu’on y mette le prix. Je passerai de force.

– Il vous faudra donc, dit tranquillement Fausta, engager une armée entière, car vous vous heurterez, vous, à une armée, à dix armées s’il le faut.

Le Torero la considéra un instant. Il vit qu’elle ne plaisantait pas, qu’elle était sincèrement convaincue que le roi ne reculerait devant rien pour le faire disparaître. À son tour, il eut la perception très nette que sa vie, comme elle disait, ne tenait qu’à un fil. En même temps, il comprit que la lutte était impossible. Il eut une révolte intérieure. Il ne voulait pas mourir, mourir du moins ainsi, stupidement assassiné, avant d’avoir goûté aux joies de la vie. En même temps aussi, une voix intérieure lui disait que cette femme qui lui parlait était une force capable de lutter contre la puissance qui le menaçait, capable peut-être de battre cette puissance. Machinalement il demanda:

– Que faire alors?

Cette question, Fausta l’attendait. Elle avait tout dit pour la lui arracher.

Très calme, elle reprit:

– Avant de vous répondre, laissez-moi vous poser une question: Voulez-vous vivre?

– Si je le veux! Mordieu! madame, j’ai vingt ans! À cet âge, on trouve la vie assez bonne pour y tenir!

– Êtes-vous résolu à vous défendre?

– N’en doutez pas, madame.

– Encore faudrait-il savoir jusqu’à quel point?

– Par tous les moyens, madame.

– S’il en est ainsi, si vous m’écoutez, peut-être réussirai-je à vous sauver.

– Mort du diable! madame, parlez, et s’il ne tient qu’à moi, je suis assuré de mourir de vieillesse!

– En ce cas, je puis répondre à votre question: vous ne vous sauverez qu’en frappant votre ennemi avant qu’il vous ait mis à mal.

Ceci fut dit avec ce calme glacial que prenait Fausta en certaines circonstances. Il semblait qu’elle avait dit la chose la plus simple, la plus naturelle du monde. Malgré ce calme effroyable, elle appréhendait vivement l’effet de ses paroles, et ce n’était pas sans anxiété qu’elle observait le jeune homme.

Le Torero, à cette proposition inattendue, s’était dressé brusquement, et livide, tremblant, il s’exclamait:

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