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La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville

Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:

Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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Le lendemain on m’a fait signer des bans, le bâton levé: c’était un nègre hideux qui le tenait suspendu. J’ai cédé encore. Huit jours se sont écoulés, sans qu’on m’ait fait autre chose, que de me tenir vêtue avec des haillons que les plus pauvres ne ramasseraient pas dans la rue, pleins de crasse et de vermine, en m’obligeant à servir M. le porteur d’eau, et à faire tout l’ouvrage de son ménage, même à porter de l’eau, pour arroser le jardin: le grand nègre, le bâton ou le nerf de bœuf levé, était mon inspecteur. Il me fit la galanterie de me dire le septième jour, qu’il ne garderait cet emploi que jusqu’à ce que j’eusse un mari, lequel en serait chargé: que pour lui, lorsque je serais femme, il me ferait l’honneur de prétendre auprès de moi à un emploi qui me serait plus agréable. Je n’osai lui répondre, ayant déjà senti deux fois la pesanteur de son bras.

Un chapelain, muni d’un pouvoir des deux curés, et du consentement de mes père et mère, est venu me fiancer au porteur d’eau le septième jour; et le lendemain huitième, nous avons été mariés. C’est alors que ce malheureux m’a traitée en esclave; il attendait qu’il eût pour lui les apparences du droit pour me maltraiter. L’Italien est venu me ricaner au nez, et me dire que j’étais à ma place. On m’a fait travailler plus fort que jamais, à porter de l’eau pour arroser, et des fardeaux, à récurer, à laver toute la vaisselle de la maison, dont les marmitons me jetaient l’eau grasse au visage. Je partageais le grabat du porteur d’eau, qui ne me laissait aucun repos la nuit, et dormait le jour, tandis que je travaillais. Enfin, le troisième au soir, harassée, je me suis assise, et je lui ai dit de me laisser respirer. Il m’a poché les yeux à coups de poing, et m’a rendue à faire peur. Toute la maison est venue m’insulter le lendemain. Quelqu’un m’a voulu plaindre. «Tais-toi donc! une p…, c’est une fille de village comme nous, une paysanne! Elle n’est pas plus que son mari! Est-ce qu’il faut que le vice profite?» Ce n’était pas tout: le quatrième jour le porteur d’eau m’a fait signer, à force de coups, et presque mourante, la vente de mon bien, déjà hypothéqué pour la moitié de sa valeur. En voyant le notaire, quoiqu’après avoir consenti, j’ai voulu réclamer; l’infâme s’en est aperçu, et m’a foulée aux pieds. On est accouru à mes hurlements, car ma voix étouffée n’était plus autre chose. «Tu signeras!» criait le misérable porteur d’eau. J’étais couverte de sang et méconnaissable. On m’a lavée, et mise au lit. J’ai signé. Depuis ce moment, je n’ai plus été battue. Mais d’autres abominations m’attendaient. On m’a laissé guérir. L’infâme porteur d’eau m’a montré l’argent de mon bien, et m’a donné douze francs, pour m’acheter une jupe de toile, un juste, et de gros bas de fil. Voilà mes habits des dimanches, avec des souliers ferrés. Lorsque j’ai eu cette parure pour la première fois, M. Antonini le nègre, est venu me faire sa cour. Je l’ai reçu comme il le méritait. Il m’a dit des infamies, s’est découvert… En ce moment, le porteur d’eau est arrivé. «Puisque vous êtes mon mari, lui ai-je dit, sachez que ce nègre… (Je lui ai dit ce que me demandait Antonini.) – C’est convenu entre nous, m’a dit l’infâme; il m’a payé roquille pour cela ce matin, et c’est tout ce que tu vaux à présent.» Je me suis mise à pleurer, à crier. L’Italien, que je n’avais pas vu depuis les coups qui m’avaient défigurée, et dont il avait ri aux éclats, a reparu: il a donné ses ordres. Le porteur d’eau s’est jeté sur moi, et m’a tenu les mains avec une des siennes, en me montrant au nègre… Celui-ci s’est avancé le poignard à la main, en me disant, qu’il voulait me devoir à moi-même, ou que ma vie lui était abandonnée. Eh! comment ne meurt-on pas de ce que j’ai souffert!… J’ai prié le porteur d’eau de me lâcher, je me suis jetée à ses genoux: je l’ai nommé mon cher mari! je l’ai prié de m’épargner, de me sauver de cette horreur, et que je l’adorerais. «Obéis, p…, ou meurs.» Voilà toute sa réponse. Je l’avouerai; j’ai craint la mort… Ô Dieu! que j’ai souffert d’humiliations! à quelles complaisances, le poignard à la main, le hideux nègre, dont le visage est tout balafré, ne m’a-t-il pas réduite!… Il m’a piquée trois fois, et j’ai vu la mort prête à s’emparer de moi, glacer mon sang, avant qu’il coulât. Enfin je me suis résignée: j’ai prodigué à l’infâme tout ce qu’il demandait…

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