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Электронная книга - «Monsieur Lecoq». Краткое содержание книги:

Le précurseur, français, de Sherlock Holmes…
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Comment il ne roula pas au fond de quelque précipice, c’est ce qu’il est difficile d’expliquer.

Ce qui est sûr, c’est qu’il s’égara complètement, et le soleil était déjà bien haut sur l’horizon, quand enfin il aperçut au milieu de ces mornes solitudes un être humain à qui demander où il se trouvait.

C’était un petit berger qui s’en allait, chassant quatre chèvres, et qui, effrayé de l’aspect de cet étranger qui lui apparaissait, refusa d’abord d’approcher.

Une pièce de monnaie l’attira pourtant.

– Vous êtes, monsieur, dit-il en mauvais patois, tout au sommet de la chaîne, et juste sur la ligne de la frontière… Ici est la France, là c’est la Savoie…

– Et quel est le village le plus proche?…

– Du côté de la Savoie, Saint-Jean-de-Coche; du côté de la France, Saint-Pavin…

Ainsi, après tant de prodigieux efforts, Lacheneur ne s’était pas éloigné d’une lieue de l’auberge de Balstain…

Consterné par cette découverte, il demeura un moment indécis, délibérant…

À quoi bon!… Les infortunés voués à la mort choisissent-ils?… Toutes les routes ne les mènent-elles pas fatalement à l’abîme où ils doivent rouler!…

Il se souvint des carabiniers royaux dont l’avait menacé la femme de l’aubergiste, et lentement, avec des difficultés inouïes, il descendit les pentes roides qui le ramenaient en France.

Il venait d’entrer sur le territoire de Saint-Pavin, quand, devant une cabane isolée, il aperçut une jeune femme, fraîche et jolie, qui filait assise au soleil.

Péniblement il se traîna jusqu’à elle, et d’une voix expirante il lui demanda l’hospitalité.

À la vue de ce malheureux hâve et pâle, aux vêtements souillés de boue et de sang, la jolie paysanne s’était levée, plus surprise évidemment qu’effrayée.

Elle l’examinait et elle reconnaissait que son âge, sa taille et ses traits se rapportaient à un signalement publié au tambour et répandu à profusion sur toute cette frontière…

– Vous êtes, dit-elle, celui qui a conspiré, qu’on cherche partout et dont on promet deux mille pistoles!…

Lacheneur tressaillit.

– Eh bien! oui, répondit-il après un moment de silence, je suis Lacheneur… Livrez-moi si vous voulez… mais, par pitié, donnez-moi un morceau de pain et laissez-moi prendre un peu de repos…

À ce mot: livrez-moi, la jolie jeune femme avait eu un geste d’horreur et de dégoût.

– Nous, vous vendre, monsieur, dit-elle… Ah! vous ne connaissez pas les Antoine!… Entrez chez nous, monsieur, et jetez-vous sur notre lit, pendant que je préparerai des œufs au lard… Quand mon mari sera rentré, nous aviserons…

La journée était bien avancée, quand parut le maître de la maison, un robuste montagnard à l’œil ouvert et franc…

En apercevant cet étranger, assis devant son âtre, il pâlit affreusement.

– Malheureuse!… dit-il à sa femme, tu ne sais donc pas que l’homme chez qui celui-ci sera trouvé sera fusillé et que sa maison sera rasée!…

Lacheneur se leva frissonnant.

Il ne savait pas cela, lui! Il connaissait le chiffre de la prime promise à l’infamie, il ignorait de quelles terribles peines on menaçait les gens d’honneur.

– Je me retire, monsieur, prononça-t-il.

Mais le paysan, laissant retomber sa large main sur l’épaule de son hôte, le força à se rasseoir.

– Ce n’est point pour vous chasser que j’ai parlé, monsieur, dit-il. Vous êtes chez moi, vous y resterez jusqu’à ce que je trouve un moyen de pourvoir à votre sûreté…

La jolie paysanne sauta au cou de son mari, et avec l’accent de la passion la plus vive:

– Ah! tu es un brave homme, Antoine! s’écria-t-elle.

Il sourit, embrassa tendrement sa femme, puis lui montrant la porte restée ouverte:

– Veille, dit-il.

M. Lacheneur put croire que la destinée enfin se lassait.

– Je dois vous avouer, monsieur, reprit l’honnête montagnard, que vous sauver ne sera pas facile… Les promesses d’argent ont mis en mouvement tous les mauvais gueux du pays… On vous sait aux environs… Un gredin d’aubergiste a passé la frontière tout exprès pour vous dénoncer aux gendarmes français…

– Balstain.

– Oui, Balstain, et il vous cherche… Ce n’est pas tout. Comme je traversais Saint-Pavin, remontant ici, j’ai vu arriver huit soldats à cheval, guidés par un paysan à cheval comme eux… Ils ont déclaré qu’ils vous savaient caché dans le village et ils se sont mis à visiter toutes les maisons…

Ces soldats n’étaient autres que les chasseurs de Montaignac confiés à Chupin par le duc de Sairmeuse.

Et, en effet, ils faisaient bien ce que disait Antoine.

Cette besogne n’était certes pas de leur goût, mais ils étaient surveillés de près par le sous-officier qui les commandait.

Ce sous-officier n’était pas un méchant homme, mais il avait été, le long de la route, endoctriné par Chupin, lequel avait poussé l’impudence jusqu’à lui promettre l’épaulette, au nom de M. de Sairmeuse, si les investigations étaient couronnées de succès.

Antoine, cependant, exposait à M. Lacheneur ses espérances et ses craintes.

– Epuisé et blessé comme vous l’êtes, lui disait-il, vous ne serez pas en état d’entreprendre une longue marche avant quinze jours… Jusque-là il faut vous cacher… Je connais, par bonheur, une retraite sûre, à deux portées de fusil dans la montagne… Je vous y conduirai, de nuit, avec des provisions pour une semaine…

Un cri étouffé de sa femme l’interrompit.

Il se retourna, et l’aperçut toute défaillante, appuyée au montant de la porte, plus blanche que ses coiffes, le bras roidi vers le sentier qui de Saint-Pavin conduisait à la cabane.

Elle disait:

– Les soldats!… ils viennent!

Plus prompts que la pensée, Lacheneur et l’honnête montagnard se précipitèrent vers la porte, allongeant la tête pour voir sans se montrer.

La jeune femme n’avait dit que trop vrai.

Les chasseurs de Montaignac gravissaient le sentier lentement, embarrassés qu’ils étaient par leurs lourdes bottes éperonnées, mais obstinément.

En avant marchait Chupin, qui de l’exemple, de la voix et du geste les animait.

Une parole imprudente de ce petit berger qu’il avait questionné venait, il n’y avait pas vingt minutes, de décider du sort de M. Lacheneur.

Revenu à Saint-Pavin et apprenant que les soldats cherchaient le chef des conjurés, cet enfant avait dit au hasard:

– Je l’ai rencontré, moi, sur «les hauts,» il m’a demandé son chemin, et je l’ai vu descendre par le sentier qui passe devant la cabane des Antoine.

Et, à l’appui de son dire, il montrait fièrement la pièce blanche que «le monsieur» lui avait donnée.

– Du coup, s’était écrié Chupin transporté, nous tenons notre homme! En route, camarades!…

Et maintenant, le petit détachement n’était pas à plus de deux cents pas de la maison où le proscrit avait trouvé asile…

Antoine et sa femme se regardaient, et une angoisse pareille se lisait dans leurs yeux.

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