Gravité à la manque
- Автор: Эффинджер Джордж Алек
- Серия: Marîd Audran (fr) #1
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 2-207-30485-X
- Переводчик: Jean Bonnefoy
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Gravité à la manque». Краткое содержание книги:
Il faut dire que dans ce Moyen-Orient du XXIIesiècle, il suffit de s’enficher dans le crâne un module mimétique pour changer de personnalité. Mais pour Marîd Audran, synthèse islamique de Philip Marlowe et Nero Wolfe, comme pour tous les autres protagonistes de cet additif aux Mille et Une Nuits, le monde a beau se déglinguer le rite du café à la cardamome ou le ramadân, ça reste sacré. Et c’est ainsi qu’Allah est grand.
— Tu penses vraiment que tout est réglé ? »
Je me mâchonnai la lèvre. « Hormis pour Nikki. J’aimerais bien savoir ce que signifiait ce coup de téléphone. Je n’arrive tout bonnement pas à piger ce qui lui a pris de se défiler comme ça, en me laissant son ardoise de trois mille kiams pour Abdoulaye. Je veux dire, dans le Boudayin, on n’est jamais sûr de la loyauté de ses amis ; mais Nikki, je l’avais déjà tirée de deux ou trois mauvais pas. Je pensais que je comptais au moins pour quelque chose à ses yeux. »
Les yeux de Yasmin s’agrandirent encore, puis elle se mit à rire. Je ne voyais pas ce qu’elle trouvait de drôle là-dedans. J’avais encore le visage tuméfié et couvert de bleus et les côtes en capilotade. La journée de la veille n’avait rien eu de clownesque. « J’ai vu Nikki hier matin, dit Yasmin.
— Pas possible ? » Puis je me souvins que Chiriga avait vu Nikki aux alentours de dix heures avant qu’elle parte de chez elle pour aller retrouver Yasmin. Je n’avais pas fait le rapport entre cette visite à Chiri et la dernière disparition de Nikki.
« Elle avait l’air très nerveuse, indiqua Yasmin, elle m’a dit qu’elle avait quitté son boulot et devait déménager de l’appartement de Tami. Elle n’a pas voulu me dire pourquoi. Elle a ajouté qu’elle n’avait pas arrêté d’essayer de t’appeler mais que ça ne répondait pas. » Évidemment ; quand Nikki avait tenté de m’appeler, je gisais inconscient sur mon plancher. « Elle m’a confié cette enveloppe en me demandant de bien m’assurer qu’elle te parvienne.
— Pourquoi ne l’a-t-elle pas simplement laissée à Chiri ? » Ça aurait épargné pas mal d’angoisse physique et mentale.
« Tu ne te souviens pas ? Nikki bossait dans la boîte de Chiri, oh ! il y a un an, peut-être plus. Chiri l’a surprise à faire des rabais aux clients et piquer dans les pourboires des autres filles. »
J’acquiesçai ; ça me revenait effectivement que Nikki et Chiri avaient tendance à s’éviter. « Alors Nikki serait passée voir Chiri rien que pour avoir ton adresse ?
— Je lui ai posé un tas de questions mais elle n’a rien voulu me dire. Simplement, elle n’arrêtait pas de répéter : “Tâche que ça parvienne bien à Marîd”, encore et encore. »
J’espérais que c’était une lettre, d’excuses peut-être, assortie d’une adresse où je puisse la toucher. Je voulais récupérer mon argent. Je pris l’enveloppe des mains de Yasmin et la déchirai. À l’intérieur, il y avait mes trois mille kiams et un mot, en français. Nikki y écrivait :
Mon très cher Marîd,
Je voulais tant te donner cet argent personnellement. J’ai appelé plusieurs fois, mais tu n’as jamais répondu. Je confie tout ceci à Yasmin mais si ça ne te parvient pas, comment le sauras-tu ? Alors, tu me détesteras pour toujours. Quand nous nous retrouverons, je ne comprendrai pas. Mes sentiments sont si confus.
Je m’en vais vivre avec un vieil ami de ma famille. C’est un riche homme d’affaires allemand, qui m’apportait toujours des cadeaux chaque fois qu’il passait. Ça remonte au temps où j’étais un petit garçon timide, introverti. Maintenant que je suis, eh bien, ce que je suis, l’homme d’affaires allemand a découvert qu’il était encore plus enclin à me faire des cadeaux. Je l’ai toujours bien aimé, Marîd, bien que je ne puisse en tomber amoureuse. Mais sa compagnie sera tellement plus agréable que celle de Tamiko.
Ce monsieur s’appelle Herr Lutz Seipolt. Il vit dans une maison superbe, à l’autre bout de la ville, et il faudra que tu demandes au chauffeur de te conduire à (attends que je recopie l’adresse exacte) : Baït il-Simsaar il-Almaani Seipolt. Ça devrait l’amener devant la villa.
Salue de ma part Yasmin et tout le monde. Je passerai en visite au Boudayin dès que possible mais je crois que ça ne me déplaira pas de jouer un moment les maîtresses de maison dans une telle demeure. Je suis sûre que toi, entre tous, Marîd, tu comprendras : Les affaires sont les affaires, mousch hayik ? (Et je parie que tu as toujours cru que je n’avais jamais appris un seul mot d’arabe !)
Affectueux baisers de,