Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Полицейские детективы » Dernière station avant l'autoroute
Dernière station avant l'autoroute - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Dernière station avant l'autoroute

Электронная книга - «Dernière station avant l'autoroute». Краткое содержание книги:

Un sénateur s’est suicidé dans un hôtel quatre étoiles. Ses responsabilités au sein de plusieurs enquêtes parlementaires lui avaient permis de réunir des informations sensibles.
Juste avant sa mort, il a vidé la mémoire de son ordinateur. Juste après, tout le monde est à la recherche d’une disquette.
L’officier de police judiciaire, chef du groupe nuit, est le premier soupçonné d’avoir fait les poches du mort. Mais l’officier en question, à qui on a recommandé de ne pas faire de vagues, n’a plus rien à foutre de rien depuis longtemps.
Prix Mystère de la Critique en 1998.
1 ... 11 12 13 14 15 16 17 18 19 ... 89
Перейти на страницу:

— Trop tard, monsieur le Divisionnaire. Trop tard !

Lyrisme de bazar. Les gencives me faisaient toujours aussi mal et je ne sentais plus mes jambes à compter des genoux. Je suis sorti en rogne, dans la pluie fine — une pluie fine et douce, régulière et monotone, comme on en rencontre souvent en sous-bois, l’automne, et dont on peut être assuré qu’elle durera jusqu’au soir. Comme presque chaque matin, des soutiers, la tête et les épaules encapuchonnées de sacs en jute, s’occupaient à décharger de grands quartiers de bœuf d’un semi-remorque de viande garé n’importe comment devant la Division. Comme chaque matin, ils se faisaient insulter par nombre d’automobilistes pressés et de passants. Ils s’en foutaient, ils étaient pressés aussi. D’autres grandes surfaces à livrer. Ceux qui les insultaient s’en foutaient aussi. Tout le monde s’en foutait. Des os, du sang et de la viande. Des carcasses sanguinolentes qui devaient bien faire dans les cent kilos. Tout le monde se foutait de tout, à commencer par moi.

J’allais rentrer au Florida quand elle m’a abordé.

Elle avait le visage impassible et les yeux très froids. Une dure, elle aussi, à sa façon. Avec ses talons, elle faisait presque ma taille. Sans, elle ne devait pas m’arriver à l’épaule. J’avais une cigarette à la bouche. Elle me l’a allumée en remarquant :

— On ne m’avait jamais fait un coup pareil. Vous êtes un fumier, ou un dingue. Ou les deux à la fois.

— Rien de tout ça. J’ai eu une nuit difficile. Allez vous faire foutre.

— J’y compte bien.

J’ai haussé les épaules. Je suis rentré au Florida et elle m’a suivi à l’intérieur. Elle s’est assise à la même table que moi. Tout un côté de la tête me faisait mal et j’avais les poumons tapissés d’amiante. Fernand nous a apporté des cafés. J’ai touillé dans ma tasse, puis demandé :

— À quoi ça rime ? C’est des excuses que vous voulez ?

— Pourquoi m’avez-vous appelée ?

J’ai pointé l’index sur sa poitrine.

— Double airbag, qu’est-ce que vous croyez ? Me dites pas que vous tombez de l’armoire. Un bon coup, ça se laisse pas passer.

Elle a souri lentement, avec une sorte de réserve distante. Elle m’a pris une cigarette, l’a allumée puis a observé :

— En général, on ne considère pas mes seins comme mon principal argument de vente. En revanche, il est arrivé parfois que je passe pour un bon coup. Peu importe.

Avec une grimace triste, elle a posé sa main sur la mienne et m’a demandé :

— Pourquoi m’avoir raccroché au nez ? J’avais réellement attendu votre appel. Ça vous aurait fait un point de côté de me traiter comme un être humain ? C’est vous qui aviez appelé, pas moi, vous vous rappelez ?

— Être humain ? Je me rappelle. Personne n’est parfait.

Elle n’avait plus l’air ni impassible, ni dure. On aurait dit qu’elle avait subitement décidé de rendre les armes sans combattre. Elle avait l’air d’une femme qui n’avait pas encore atteint la trentaine, mais dont le visage portait la marque de la fatigue, de trop de nuits sans sommeil et de galère. Avec son épaisse crinière en broussaille, les paupières sombres, les traits chiffonnés et la bouche amère, soit elle s’était composé à la va-vite un bien beau masque de tragédie, soit elle avait passé les dernières vingt-quatre heures à baiser jusqu’à l’épuisement.

J’ai fini mon café, ramassé ma cigarette dans le cendrier. Tout en me levant, je l’ai saisie par le coude. Elle a ramassé son sac et m’a suivi dans la rue. Elle fumait avec hâte. Sur le trottoir, dans la petite pluie qui s’était remise à tomber, elle a reconnu :

— Je m’en fous que vous ne me traitiez pas bien. C’est bien de ma faute, après tout. Je m’en fous pas mal. Je ne suis pas sûre que vous soyez un sale type, mais je ne suis pas sûre non plus que ça me déplairait, si vous l’étiez.

— Je ne suis pas un sale type. Je suis un très sale type. Vous avez une voiture, Alex ?

Elle a cherché dans sa poche de blouson, m’a tendu un trousseau de clefs au jugé. C’étaient celles d’une Mercedes rangée en bataille devant la Douze. Tous les flics de jour qui se trouvaient encore à l’abreuvoir avant d’aller prendre leur service m’ont vu monter dedans avec elle. J’aime parfois susciter des sentiments de haine. Pour fugaces et passagers qu’ils soient, ils me servent à m’enjoliver la vie à bon compte.

5

Je conduisais sans but, pas très vite, pour le simple plaisir de brûler de l’essence. Il ne pleuvait plus beaucoup. J’avais naturellement pris l’A6, sans doute par l’un de ces penchants masochistes qui, chez certains d’entre nous, tiennent secrètement lieu de règle de vie. Je roulais. Tout en fumant, je prédisais, sans trop de risques de me tromper :

— Vous et moi. Il y aura forcément du bon, tout au moins au début. Vous savez ce qu’on dit : tout nouveau, tout beau. Ensuite, très vite, on passera la plupart du temps à démêler le tien du mien. À s’épuiser en sordides conflits d’intérêts, en vaines querelles de territoire. En ingénieux marchés de dupes. Je ne parle pas de fric, mais de tout le reste.

— Romantique.

— Romantique, non. Statistique. L’âge procure la certitude expérimentale que les mêmes causes produisent infailliblement les mêmes effets.

Elle a remarqué d’une voix sourde et crispée :

— Je croyais que vous me preniez pour un bon coup.

— Certainement. Les premiers temps. Ensuite…

— Ensuite ?

— Ensuite…

Je ne pressentais rien de bien folichon. Nos attachements, pour brefs et limités qu’ils soient, portent à chaque fois la marque d’une lâcheté infinie. Rien que des combats d’arrière-garde. Seule la peur du silence et celle de la tombe les rendent plus ou moins compréhensibles et parfois excusables. Et le temps, pour sa part, ne nous laisse guère le choix qu’entre la routine et le deuil.

Les mâchoires me faisaient mal. Je souffrais du froid et mes articulations étaient douloureuses. Ça ne m’empêchait pas de continuer à divaguer. Je savais ce qui m’attendait encore le soir, et ceux d’après. J’avais mal et j’avais peur. Je fumais cigarette sur cigarette et le compteur kilométrique tournait. Pas beaucoup de circulation pour un matin de semaine. J’étais malade et je ne voulais pas en convenir. Je n’avais plus assez d’envies et de délires pour que ça vaille le coup d’essayer de tenter une sortie. Quand même, le temps se levait par l’ouest, et on entrevoyait sur la droite, au loin, une exquise écharpe de bleu très pur, doux et lointain, au ras de l’horizon, toute frangée de nuages parme.

Pensive, ma camarade avait allumé une Dunhill. Elle aussi, elle fumait trop. Elle a remarqué, du même ton qu’en découvrant de la boue sur ses bas de caisse :

— C’est drôle. Je voyais les choses d’une autre façon.

— Il y avait une autre façon. On se rencontre, on se plaît. On prend une chambre quelque part, on se déshabille et on baise. Ou on baise sans se déshabiller. Tout dépend du degré d’urgence. Un homme, une femme, une chambre. Un lit ou pas de lit, c’est selon. Ensuite, on se dit bye — ou à la prochaine. C’est selon aussi.

— Une autre forme de romantisme. J’y avais pensé.

Elle a jeté dehors un rapide coup d’œil, avec autant d’intérêt qu’on en porte à une addition de l’avant-veille, puis elle m’a observé, tout en réfléchissant :

— Drôle de type aussi. Quand vous m’avez appelée, l’autre soir, c’est à quelque chose dans ce goût-là que j’avais tout de suite pensé. Vous ne m’aviez pas fait l’effet d’un homme disposé à prendre des gants pour parvenir à ses fins. Et vous savez quoi ?

1 ... 11 12 13 14 15 16 17 18 19 ... 89
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)