La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Emploie suivant mes intentions ce que je t’envoie, chère amie. Mes pauvres sont fort bien, à ce que j’ai su par celui qui m’est venu voir ici de ta part. Songe surtout à Edmée Bertrand elle m’est chère à plus d’un titre, ainsi que sa bonne sœur Catherine.
7ème.
Très chère amie! j’éprouve des horreurs depuis quelque temps: je ne te les répéterai pas; je les ai écrites en frissonnant à Mme Parangon, presque malgré moi, sachant l’impression qu’elles devaient faire sur cette respectable et sensible femme. Je crois que le terme de ma carrière n’est pas éloigné: c’est pourquoi je répète à mon fils, depuis quelques jours, tout ce que je lui ai recommandé à votre sujet, très chère sœur. Il soupçonne d’avoir fait l’aumône à son oncle; et depuis ce moment, quoiqu’il y ait, bien six mois, l’enfant répète de temps en temps ces terribles paroles, que lui a dites le pauvre: «Voilà où m’ont réduit le crime, et le goût effréné du plaisir.» Quel autre qu’Edmond aurait prononcé d’aussi terribles paroles, en recevant l’aumône d’un enfant! C’était moi qui avais donné l’argent à mon fils. Hélas! Si j’avais su en soulager la misère de mon infortuné frère, j’aurais donné tout ce que je possède, et ma vie avec, et mon âme, tout moi-même!…
Pauvre malheureux! Il n’avait qu’un œil, et qu’un bras!… Il périt en détail! et moi… Oh!… Dieu prendra ma vie d’un seul coup. Mais par quelle main!… Dieu! dissipez les effrayantes idées qui se présentent à mon imagination troublée!… Dois-je donc périr de la main de mon frère! serons-nous tous deux dans les mains de la céleste vengeance un instrument de punition et de crime, comme nous fûmes dans celles de la céleste colère un instrument de corruption et de chute!… Malheureux Edmond!… malheureuse Ursule!… Exemples vivants et terribles de la punition exigée de crimes affreux!… Mais, hélas! n’y avait-il donc ni séduction insurmontable, ni humaine faiblesse, qui puissent les faire excuser!… Non!… Redoutable non! que j’entends sans cesse, tu ne me conduiras pas au désespoir… Ô mon Dieu! vous ne châtiez pas ceux que vous abandonnez; mais vos enfants, ceux que vous voulez ramener à vous, votre bras vengeur s’appesantit sur eux, et les punit avec sévérité, pour leur faire trouver un jour dans votre sein paternel le rafraîchissement et la paix. Amen.
P.-S. – Je dispose de tout ce que je puis, chère amie sœur, en cette occasion, que je crois la dernière. Je me recommande à vos prières à tous: car mon cœur bat, et la main du Seigneur s’appesantit sur moi.
8ème De Mme Parangon.
Je ne sais que penser, ma très chère Fanchon, de la situation où se trouve notre Ursule: elle vient de m’écrire une lettre effrayante. Au reste, son imagination vive réalise bien des choses, qui ne sont pourtant que des chimères. Ce n’est pas que la situation de l’infortuné ne me cause à moi-même la plus sombre terreur! Dieu! quel état! et ne pouvoir ni le soulager ni le rencontrer! toujours caché à nos yeux!… Ah! je le sens, il est un Dieu qui est celui des vengeances; il fait éclater toute sa puissance sur de faibles créatures et la grandeur de son courroux les agrandit en quelque sorte, pour les faire trouver digne de l’exercer!…
Je suis dépositaire de beaucoup de choses de la part de la chère marquise: c’est à vous que tout s’adresse; mais je souhaiterais vous les remettre ici, chère Fanchon, s’il était possible, pour bien des petites raisons. J’aurais d’ailleurs un plaisir infini à vous y recevoir.
9e De la même.
Ma chère Fanchon! Je ne crois pas aux prodiges ni aux pronostics: cependant je suis épouvantée de ce que je viens de voir et d’entendre. Je regardais avec attendrissement le portrait d’Ursule, qui est dans ma chambre à coucher. Je l’ai vu se remuer, ou du moins il me l’a semblé; ensuite j’ai trouvé son visage pâle, et sa chair plombée. J’ai appelé Toinette. Tandis qu’elle se disposait à venir, j’ai distinctement entendu ces mots: Ursule est morte. Effrayée, j’ai de nouveau appelé vivement Toinette, qui est entrée en courant. le lui ai dit de regarder le tableau. Elle l’a trouvé comme à l’ordinaire, quoique je le visse toujours changé. Enfin, je lui ai demandé si elle n’avait rien entendu en venant? «Si, madame: la petite Duchamps, disait à une voisine, Ursule est morte. C’est une fille de trente-deux ans, que son frère le soldat, qui la croyait libertine, sur de faux rapports, a tant battue à son arrivée, qu’elle n’en a pas relevé.» J’ai compris alors la raison de ce que j’avais entendu: mais celle de la pâleur du portrait m’étonnait encore, lorsque Toinette m’a dit: «Mon Dieu! madame, comme le portrait est pâle!» Je l’ai regardé, et il l’était effectivement. Mais j’en ai bientôt découvert la raison, dans un rideau de taffetas vert, que le vent soulevait par intervalles. Je me suis donc tranquillisée. L’heure de la poste est venue. J’attendais une lettre avec impatience, à cause de la dernière d’Ursule, qui avait rempli mon esprit de trouble et de tristesse. Le facteur n’arrivait pas. J’ai envoyé Toinette chez le directeur. Il n’y avait rien pour moi: mais elle a vu donner une lettre pour vous au commissionnaire de V***. C’était l’écriture de la femme de chambre d’Ursule, à ce que m’a dit Toinette, qui la connaît bien: le cachet était noir. Cela m’inquiète et me rassure. Le dessus de vos lettres est presque toujours de l’écriture de la femme de chambre, pour tromper les curieux de Paris. Mais ce cachet en noir? Tirez-moi d’inquiétude, ma chère Fanchon, le plus tôt possible.