Les Bienveillantes
- Автор: Литтел Джонатан
- Год: 30
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Bienveillantes». Краткое содержание книги:
– «Je vois tout à fait ce que vous voulez dire». Je lui parlai brièvement de Lippert, des espoirs qu'il avait soulevés lors de notre conversation à Maïkop. «Oui, c'est un bon exemple, fit Best. Mais voyez-vous, d'autres personnes promettent les mêmes choses aux Flamands. Et puis maintenant le Reichsführer, poussé par l'Obergruppenführer Berger, est en train de lancer sa propre politique, avec la création de légions Waffen-SS nationales, ce qui est incompatible ou en tout cas pas coordonné avec la politique de l'Auswärtiges Amt. Tout le problème est là: tant que le Führer n'intervient pas en personne, chacun mène sa politique personnelle. Il n'y a aucune vue d'ensemble et donc aucune politique réellement völkisch. Les vrais nationaux-socialistes sont incapables de faire leur travail, qui est d'orienter et de guider le Volk; à la place, ce sont les Parteigenossen, les hommes du Parti, qui se taillent des fiefs puis les gouvernent comme cela les amuse». – «Vous ne pensez pas que les membres du Parti soient d'authentiques nationaux-socialistes?» Best leva un doigt: «Attention. Ne confondez pas membre du Parti et homme du Parti. Tous les membres du Parti, comme vous et moi, ne sont pas forcément des "PG". Un national-socialiste doit croire à sa vision. Et forcément comme la vision est unique, tous les vrais nationaux-socialistes ne peuvent travailler que dans une seule direction, qui est celle du Volk. Mais croyez-vous que tous ces gens-là» -il fit un geste large en direction de la salle – «soient d'authentiques nationaux-socialistes? Un homme du Parti, c'est quelqu'un qui doit sa carrière au Parti, qui a une position à défendre au sein du Parti, et qui donc défend les intérêts du Parti dans les controverses avec les autres hiérarchies, quels que soient les intérêts réels du Volk. Le Parti, au départ, était conçu comme un mouvement, un agent de mobilisation du Volk; maintenant, c'est devenu une bureaucratie comme les autres. Pendant longtemps, certains d'entre nous espéraient que la S S pourrait prendre la relève. Et il n'est pas encore trop tard. Mais la S S aussi succombe à de dangereuses tentations». Nous bûmes un peu; je voulais revenir au sujet qui me préoccupait. «Que pensez-vous de mon idée? demandai-je enfin. Il me semble qu'avec mon passé, ma connaissance du pays et des divers courants d'idées français, c'est en France que je pourrais être le plus utile».
– «Peut-être avez-vous raison. Le problème, comme vous le savez, c'est qu'à part le terrain strictement policier la S S est un peu hors jeu, en France. Et je ne pense pas que mon nom vous serait très utile chez le Militärbefehlshaber. Avec Abetz je ne peux rien non plus, il est très jaloux de sa boutique. Mais si vous y tenez vraiment, contactez Knochen. Il devrait se souvenir de vous». – «Oui, c'est une idée», dis-je à contrecœur. Ce n'était pas cela que je voulais. Best continuait: «Vous pourrez lui dire que je vous ai recommandé. Et le Danemark? Ça ne vous dirait rien? Je pourrais sans doute vous y trouver un bon poste». J'essayai de ne pas trop montrer ma gêne croissante: «Je vous remercie beaucoup pour cette proposition. Mais j'ai des idées précises concernant la France et je voudrais les creuser si c'est possible». – «Je vous comprends. Mais si vous changez d'avis, recontactez-mol» – «Bien entendu». Il regarda sa montre. «Je dîne avec le ministre et il faut vraiment que je me change. Si je pense à autre chose, pour la France, ou si j'entends parler d'un poste intéressant, je vous le ferai savoir». – «Je vous en serais reconnaissant. Je vous remercie encore d'avoir pris le temps de me voir». Il acheva son verre et répliqua: «C'était un plaisir. Voilà ce qui me manque le plus, depuis que j'ai quitté le RSHA: la possibilité de discuter ouvertement d'idées avec des hommes de convictions. Au Danemark, je dois être tout le temps sur mes gardes. Allez, bonne soirée!» Je le raccompagnai et le quittai dans la rue, devant l'ancienne ambassade de Grande-Bretagne. Je regardai sa voiture filer dans la Wilhelmstrasse puis me dirigeai vers la porte de Brandebourg et le Tiergarten, troublé par ses dernières paroles. Un homme de convictions? Autrefois, sans doute, j'en avais été un, mais maintenant, où se tenait-elle, la clarté de mes convictions? Ces convictions, je pouvais les apercevoir, elles voltigeaient doucement autour de moi: mais si je tentais d'en saisir une, elle me filait entre les doigts, comme une anguille nerveuse et musclée.