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Le vicomte de Bragelonne Tome IV

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome IV». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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«À la charge, par M. le vicomte de Bragelonne, de faire tenir une bonne pension à M. le chevalier d’Herblay, mon ami, s’il avait besoin de vivre en exil.

«À la charge, par M. le vicomte de Bragelonne, d’entretenir ceux de mes serviteurs qui ont fait dix ans de service chez moi, et de donner cinq cents livres à chacun des autres.

«Je laisse à mon intendant Mousqueton tous mes habits de ville, de guerre et de chasse, au nombre de quarante-sept, dans l’assurance qu’il les portera jusqu’à les user pour l’amour et par souvenir de moi.

«De plus, je lègue à M. le vicomte de Bragelonne mon vieux serviteur et fidèle ami Mousqueton, déjà nommé, à la charge par ledit vicomte de Bragelonne d’agir en sorte que Mousqueton déclare en mourant qu’il n’a jamais cessé d’être heureux.»

En entendant ces mots, Mousqueton salua, pâle et tremblant; ses larges épaules frissonnaient convulsivement; son visage, empreint d’une effrayante douleur, sortit de ses mains glacées, et les assistants le virent trébucher, hésiter, comme si, voulant quitter la salle, il cherchait une direction.

– Mousqueton, dit d’Artagnan, mon bon ami, sortez d’ici; allez faire vos préparatifs. Je vous emmène chez Athos, où je m’en vais en quittant Pierrefonds.

Mousqueton ne répondit rien. Il respirait à peine, comme si tout, dans cette salle, lui devait être désormais étranger. Il ouvrit la porte et disparut lentement.

Le procureur acheva sa lecture, après laquelle s’évanouirent déçus, mais pleins de respect, la plupart de ceux qui étaient venus entendre les dernières volontés de Porthos.

Quant à d’Artagnan, demeuré seul après avoir reçu la révérence cérémonieuse que lui avait faite le procureur il admirait cette sagesse profonde du testateur qui venait de distribuer si justement son bien au plus digne, au plus nécessiteux, avec des délicatesses que nul, parmi les plus fins courtisans et les plus nobles cœurs, n’eût pu rencontrer aussi parfaites.

En effet, Porthos enjoignait à Raoul de Bragelonne de donner à d’Artagnan tout ce que celui-ci demanderait. Il savait bien, ce digne Porthos, que d’Artagnan ne demanderait rien; et, au cas où il eût demandé quelque chose, nul, excepté lui-même, ne lui faisait sa part.

Porthos laissait une pension à Aramis, lequel, s’il eût eu l’envie de demander trop, était arrêté par l’exemple de d’Artagnan; et ce mot exil, jeté par le testateur sans intention apparente, n’était-il la plus douce, la plus exquise critique de cette conduite d’Aramis qui avait causé la mort de Porthos?

Enfin, il n’était pas fait mention d’Athos dans le testament du mort. Celui-ci, en effet, pouvait-il supposer que le fils n’offrirait pas la meilleure part au père? Le gros esprit de Porthos avait jugé toutes ces causes, saisi toutes ces nuances, mieux que la loi, mieux que l’usage, mieux que le goût.

«Porthos était un cœur», se dit d’Artagnan avec un soupir.

Et il lui sembla entendre un gémissement au plafond. Il pensa tout de suite à ce pauvre Mousqueton, qu’il fallait distraire de sa douleur.

À cet effet, d’Artagnan quitta la salle avec empressement pour aller chercher le digne intendant, puisque celui-ci ne revenait pas.

Il monta l’escalier qui conduisait au premier étage, et aperçut dans la chambre de Porthos un amas d’habits de toutes couleurs et de toutes étoffes, sur lesquels Mousqueton s’était couché après les avoir entassés lui-même.

C’était le lot du fidèle ami. Ces habits lui appartenaient bien; ils lui avaient été bien donnés. On voyait la main de Mousqueton s’étendre sur ces reliques, qu’il baisait de toutes ses lèvres, de tout son visage, qu’il couvrait de tout son corps.

D’Artagnan s’approcha pour consoler le pauvre garçon.

– Mon Dieu, dit-il, il ne bouge plus; il est évanoui!

D’Artagnan se trompait: Mousqueton était mort.

Mort, comme le chien qui, ayant perdu son maître, revient mourir sur son habit.

Chapitre CCLXII – La vieillesse d'Athos

Pendant que tous ces événements séparaient à jamais les quatre mousquetaires, autrefois liés d’une façon qui paraissait indissoluble, Athos, demeuré seul après le départ de Raoul, commençait à payer son tribut à cette mort anticipée qu’on appelle l’absence des gens aimés.

Revenu à sa maison de Blois, n’ayant plus même Grimaud pour recueillir un pauvre sourire quand il passait dans les parterres, Athos sentait de jour en jour s’altérer la vigueur d’une nature qui, depuis si longtemps semblait infaillible.

L’âge, reculé pour lui par la présence de l’objet chéri, arrivait avec ce cortège de douleurs et de gênes qui grossit à mesure qu’il se fait attendre. Athos n’avait plus là son fils pour s’étudier à marcher droit, à lever la tête, à donner le bon exemple; il n’avait plus ces yeux brillants de jeune homme, foyer toujours ardent où se régénérait la flamme de ses regards.

Et puis, faut-il le dire? cette nature, exquise par sa tendresse et sa réserve, ne trouvant plus rien qui contînt ses élans, se livrait au chagrin avec toute la fougue des natures vulgaires, quand elles se livrent à la joie.

Le comte de La Fère, resté jeune jusqu’à sa soixante-deuxième année, l’homme de guerre qui avait conservé sa force malgré les fatigues, sa fraîcheur d’esprit malgré les malheurs, sa douce sérénité d’âme et de corps malgré Milady, malgré Mazarin, malgré La Vallière, Athos était devenu un vieillard en huit jours, du moment qu’il avait perdu l’appui de son arrière jeunesse.

Toujours beau, mais courbé, noble, mais triste, doux et chancelant sous ses cheveux blanchis, il recherchait, depuis sa solitude, les clairières par lesquelles le soleil venait trouer le feuillage des allées.

Le rude exercice de toute sa vie, il le désapprit quand Raoul ne fut plus là. Les serviteurs, accoutumés à le voir levé dès l’aube en toute saison, s’étonnèrent d’entendre sonner sept heures en été sans que leur maître eût quitté le lit.

Athos demeurait couché, un livre sous son chevet, et il ne dormait pas, et il ne lisait pas. Couché pour n’avoir plus à porter son corps, il laissait l’âme et l’esprit s’élancer hors de l’enveloppe et retourner à son fils ou à Dieu.

On fut bien effrayé quelquefois de le voir, pendant des heures, absorbé dans une rêverie muette, insensible; il n’entendait plus le pas du valet plein de crainte qui venait au seuil de la chambre épier le sommeil ou le réveil du maître. Il lui arrivait d’oublier que le jour était à moitié écoulé, que l’heure des deux premiers repas était passée. Alors on l’éveillait, il se levait, descendait sous son allée sombre, puis revenait un peu au soleil comme pour en partager une minute la chaleur avec l’enfant absent. Et puis la promenade lugubre, monotone, recommençait jusqu’à ce que, épuisé, il regagnât la chambre et le lit, son domicile préféré.

Pendant plusieurs jours, le comte ne dit pas une parole. Il refusa de recevoir les visites qui lui arrivaient, et, pendant la nuit, on le vit rallumer sa lampe et passer de longues heures à écrire ou à feuilleter des parchemins.

Athos écrivit une de ces lettres à Vannes, une autre à Fontainebleau: elles demeurèrent sans réponse. On sait pourquoi: Aramis avait quitté la France; d’Artagnan voyageait de Nantes à Paris, de Paris à Pierrefonds. Son valet de chambre remarqua qu’il diminuait chaque jour quelques tours de sa promenade. La grande allée de tilleuls devint bientôt trop longue pour les pieds qui la parcouraient jadis mille fois en un jour. On vit le comte aller péniblement aux arbres du milieu, s’asseoir sur le banc de mousse qui échancrait une allée latérale, et attendre ainsi le retour des forces ou plutôt le retour de la nuit.

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