La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
— Soit! Déjà ce n° 475 me semble doux à prononcer. Parlons encore d'elle, voulez-vous, et dites-moi...
— Attendez! A chacune de mes clientes je fais écrire, en l'inscrivant, des indications un peu détaillées sur le mari qu'elle recherche, sur l'idéal de ses rêves, —je vous ai déjà dit que j'étais idéaliste. — Nous allons prendre connaissance de la note indiquant les aspirations du n° 475...
Et M. Narcisse Boulandais tira de sa poche un vaste portefeuille bourré de papiers.
— J'ai toujours cela sur moi, dit-il, afin de pouvoir répondre immédiatement aux demandes de renseignements. J'ai de l'ordre; voici le n° 475 :
« Idéal : un cœur sincère.
« Que mon mari soit blond, châtain ou brun, peu importe, pourvu qu'il m'aime avec un cœur sincère.
« Trompée, outragée, — cruellement outragée, — j'ai connu toutes les « souffrances d'une jeunesse sacrifiée et d'une âme meurtrie; l'avenir me « doit un dédommagement. 0 mes rêves déjeune fille, où êtes-vous 1
La jeune demoiselle un peu négiessa.
« Mon idéal, aujourd'hui, c'est une âme simple, un cœur aimant et sin-« cère ! »
— Pauvre 475 ! murmura Gabassol, présentez-moi, je vous prie...
— Tout de suite, repondit M. Boulandais, voici la première partie de la soirée terminée ; la seconde partie va commencer, on va faire un peu de musique, puis nous organiserons une petite sauterie...
— Pardon, cher monsieur Boulandais, fit Bezucheux en s'approchant, pendant que vous y êtes, pourriez-vous me donner des détails sur un idéal ou deux...
— Volontiers.
— Le n° 427, alors... Délicieux, le n° 427 !
— Voici, dit M. Boulandais : « Idéal : homme du monde, jeune, blond,
« noble et poète.
« Élevée dans les salons les plus aristo-« cratiques par un père qui fut quinze ans ministre des finances ou diplo-« mate, et par une mère née sur les marches d'un trône, je désire que mon « mari soit un homme du meilleur monde, beau valseur.
« Il doit être jeune, j'ai vingt-deux ans.
« Il doit être blond, je suis très brune.
« Il doit être noble, je viens de dire que j'étais « de sang royal par ma mère.
« Enfin, dernière condition, je serais heureuse « qu'il fût poète et qu'il célébrât dans ses vers ma « chevelure et mes yeux. »
— Très bien 1 s'écria Bezucheux, je vois que je réponds à toutes les conditions : homme du monde, jeune, blond, le n° 427 n'a qu'âme regarder I Noble,i les La Fricottière ont fait parler d'eux aux croisades, v et poète, je le deviendrai!... Elle est un peu brune, mais enfin...
— Le n° 427? fit Gabassol, mais c'est la négresse 1
— Oui, elle est un peu négresse, mais je ne déteste pas les brunes... et puis, tu sais, elle est de sang royal, c'est flatteur, et de plus fille d'un ancien ministre des finances de Haïti... ministre des finances pendant quinze ans, c'est beau!... Je vais
Le célibataire repentant.
aller flirter... Il y a aussi les n os 423 et 424, les deux sœurs, qui me conviendraient assez... Nous allons flirter et je verrai à me décider ..
Les dames rentraient peu à peu dans les salons; des causeries s'ébauchaient dans les coins, favorisées par le roulement continu d'un grand morceau joué à quatre mains au piano. M. Narcisse Boulandais multipliait les présentations et faisait de son mieux pour rompre la glace entre clients et clientes.
— Mademoiselle, permettez-moi de vous présenter le n° 225, un jeune homme charmant, bonne famille, garanti, vous savez, garanti! classé dans les n os i !
— Madame, j'ai l'honneur de vous présenter le n° 178... Un homme politique sérieux, influent ; bon caractère, homme de foyer, posé, rangé, bien revenu des dangereuses illusions de la jeunesse... Ne se teint pas, je puis vous l'affirmer... un peu chauve, mais c'est de famille !... Rendra une femme heureuse, madame, rendra une femme heureuse!
— Mademoiselle, monsieur votre père m'a permis de vous présenter monsieur, le n° 232, un jeune sous-préfet.du plus brillant avenir... belles espérances, sera ministre un jour, peut-être!...
Cabassol était déjà présenté au n° 475. Assis à côté d'elle dans un angle du salon, il s'était lancé dans une causerie où il essayait de faire briller son esprit et scintiller les qualités de son cœur.
Elle était charmante, la dame n° 475, malgré son air un peu sévère et sa toilette un peu sombre. Elle paraissait à peine les vingt-sept ans que le catalogue lui donnait; si elle avait eu,des malheurs, ces malheurs n'avaient ravagé que son âme, sans laisser aucune trace visible sur son beau front.
A côté d'eux, M. Narcisse Boulandais avait réuni le futur de l'anglaise divorcée et son ancien mari.
— Mon cher monsieur, disait l'ancien mari, je vous assure que vous avez tort d'hésiter encore. Jenny a toutes les qualités! je ne la flatte pas, je lui rends justice!... C'est une excellente petite femme' vous pouvez bien me croire, nous avons été mariés pendant deux ans et demi; vous comprenez que j'ai eu le temps de l'apprécier!... un bon caractère... Entre nous, j'ai eu tous les torts... c'est ma malheureuse froideur qui a tout gâté...
— Vous seriez bien aimable de me renseigner sur son caractère.
— Excellent caractère! j'ai eu le temps de l'étudier... vive, enjouée, aimante... elle est très aimante, c'est même ce qui a donné naissance à l'incompatibilité.
— Comment cela, renseignez-moi?
— Je suis d'un naturel froid, c'est malgré moi, je ne puis pas me refaire... Je suis un homme du Nord! Jenny est aimante et démonstrative, nous ne
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pouvions donc sympathiser! mais je lui rends bien justice!... Épousez-la...
— Alors, pas de défauts de caractère?
— Pas de défauts, je vous en donne ma parole d'honneur!
La petite sauterie annoncée par M. Narcisse Boulandais s'organisait. Bezucheux avait proposé d'une voix émue, à la fille du ministre de Haïti, d'esquisser nne légère valse, et son exemple avait entraîné quelques couples! Lacosladc avait offert son bras à la demoiselle qui désirait un officier de cavalerie ; Bisseco dansait avec une orpheline de trente-quatre ans, plantu-
— Mon cher monsieur, Jenny a toutes les qualités.
reuse comme une sultane. Saint-Tropez et Pontbuzaud avaient disparu; ils flirtaient sans doute dans un coin du salon, ou sous les orangers du jardin.
M. Narcisse Boulandais, les mains derrière le dos, se promenait à travers les groupes, couvant avec un regard de père les clients dont les cœurs paraissaient sympathiser. On voyait la satisfaction éclater sur sa figure, lorsqu'il pouvait recueillir au passage quelques phrases permettant de fonder de douces espérances. Par un mot dit à propos il encourageait une cliente timide ou forçait à se déclarer les clients un peu froids.
Cette soirée de la Clef des cœurs ne ressemblait aucunement aux soirées banales du monde, où l'oreille n'a guère à entendre que des fadeurs débitées avec indifférence et accueillies de même, et où tous, invités et maîtres de la maison, semblent attendre, avec une impatience tempérée par la politesse, le moment d'être débarrassés les uns des autres.
Encouragements aux célibataires timide
Dans les salons de l'agence matrimoniale, au contraire, personne ne semblait s'ennuyer, personne ne baillait dans les coins, en cachant une figure lamentable derrière le claque ou l'éventail. La plus grande animation régnait dans les groupes; tous ceux qui ne dansaient pas causaient ou plutôt flirtaient avec entrain.