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L’Homme Au Masque De Fer

Электронная книга - «L’Homme Au Masque De Fer». Краткое содержание книги:

Les médecins sont formels. Si Anne d'Autriche n'a pas encore donné d'héritier au trône de France, ce n'est pas de son fait, mais de celui de Louis XIII. Cette situation ne satisfait pas Richelieu qui redoute que son plus grand ennemi, Gaston d'Orléans, frère du roi, ne puisse accéder au trône. Or, un jour, un émissaire de Richelieu, M. Durbec, lui apprend que la reine est partie du Val-de-Grâce où elle s'était retirée pour quelques semaines. M. Durbec en connaît la raison: la reine va être mère. Richelieu comprend immédiatement que le père de l'enfant à naître ne peut être que Mazarin, alors confident de la reine. L'enfant naît et est secrètement confié au chevalier Gaëtan de Castel-Rajac, amant de Mme de Chevreuse, confidente de Mazarin et de la reine. Gaëtan n'aura de cesse de protéger cet enfant contre tous les complots visant à le faire disparaître, derrière lesquels on retrouve Richelieu, puis, bien des années après, Colbert, et toujours M. Durbec…
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– La plus noble dame de France, répliqua le capitaine, cesse de l’être lorsqu’elle conspire contre son roi!…

– Alors, s’écria Marie de Rohan en éclatant d’un rire forcé, je suis une conspiratrice. Décidément, monsieur le capitaine, vous êtes bien mal informé. J’ignore ce qu’on a pu vous conter à mon sujet, ou plutôt, je m’en doute. La vérité est tout autre. Vous avez simplement, uniquement, devant vous, une femme qui a juré de sauver à tout prix l’honneur d’une de ses amies. Maintenant, je n’ajouterai plus un mot.

Et, désignant d’un geste large la porte de la chambre voisine, elle fit:

– L’enfant est là. Auriez-vous le courage d’aller le prendre?

Savières eut un instant d’hésitation, car Mme de Chevreuse lui avait parlé avec un tel accent d’indignation et de noblesse que, pour la première fois depuis qu’il était au service du cardinal, il se demandait si véritablement son maître ne lui avait pas ordonné de commettre une mauvaise action.

Cette pensée ne dura en lui que l’espace d’un éclair. Non point par crainte des représailles, car Savières était brave, et il était de ceux qui savent prendre leurs responsabilités, mais uniquement parce qu’il avait fait au cardinal le serment de lui obéir en tout et pour tout, même au péril de sa vie. Il se dirigea vers la porte de la chambre et l’ouvrit toute grande.

La pièce était à demi éclairée par la lueur d’une veilleuse placée près d’une petite table, à côté d’un grand lit qui n’était occupé par personne, et dont la couverture n’avait pas été défaite.

Au pied du lit, un berceau au rideau fermé attira l’attention du capitaine qui, en trois enjambées, le rejoignit. Soulevant les rideaux, il aperçut un enfant tourné sur le côté et qui semblait profondément endormi. Il s’en empara, le plaça sous son manteau et rejoignit la duchesse de Chevreuse, qui venait de réprimer un indéfinissable sourire.

– Maintenant, madame la duchesse, êtes-vous décidée à vous rendre au château de Montgiron? Je tiens à vous dire que toute résistance est inutile, car mes gardes ont déjà mis à la raison trois des gentilshommes qui s’étaient constitués vos défenseurs. Quant au quatrième, c’est-à-dire M. de Mazarin, il a réussi à nous échapper; mais je doute qu’à lui seul il soit de taille à nous mettre en déroute.

La duchesse pensa:

«Mon pauvre Gaëtan! Pourvu qu’ils ne l’aient pas égorgé ainsi que ses amis. Enfin, Mazarin est libre! Tout espoir n’est donc pas perdu de remporter une revanche sur nos ennemis.»

Et jugeant pour l’instant toute résistance inutile, elle reprit:

– Soit, monsieur le capitaine, je vous accompagne. Je ne vous demande qu’une grâce: rendez-moi cet enfant, car, nous autres femmes, savons beaucoup mieux les porter dans nos bras, et ce pauvre petit a grand besoin de ménagement.

Savières se laissa fléchir par cette requête et remit le nourrisson à la duchesse qui, l’enveloppant dans un des pans du manteau qu’elle avait jeté sur ses épaules, l’emporta tendrement contre sa poitrine, en disant:

– Heureusement qu’il ne s’est pas réveillé!

– Le fait est, déclara Savières, enchanté du succès de sa mission, que je n’ai pas encore vu un petit enfant dormir aussi profondément.

Quelques minutes après, Mme de Chevreuse, qui n’avait pas lâché son précieux fardeau, montait dans un carrosse, dans lequel deux gardes prirent place en face d’elle et, entourée d’une solide escorte que commandait le capitaine, le véhicule, traîné par quatre chevaux vigoureux, disparut bientôt dans la nuit.

M. de Mazarin, descendant alors de la cheminée dans laquelle il s’était réfugié, commença par aller délivrer Hector d’Assignac et Henri de Laparède et, après les avoir mis au courant des faits qui venaient de se dérouler, il descendit avec eux à la recherche du chevalier de Castel-Rajac.

Ils se heurtèrent aux époux Lopion qui, encore épouvantés, se livraient aux lamentations et aux imprécations les plus vives contre ceux qui les avaient troublés dans leur sommeil et risquaient de faire passer leur hostellerie pour une gargote mal famée et peu hospitalière.

Mazarin imposa silence à leurs criailleries. Tout de suite, il leur demanda:

– Avez-vous vu le chevalier de Castel-Rajac?

– Non, monsieur, s’écriait l’aubergiste, et je ne tiens même pas à le revoir, car c’est bien de sa faute si, aujourd’hui, nous avons à subir tous ces désagréments.

– Assez de jérémiades, et donnez-nous tout de suite des lanternes, afin que nous puissions nous mettre à la recherche de notre ami.

Tout en grognant, Mme Lopion allait s’exécuter lorsque, les vêtements en désordre, les cheveux en broussailles, la chemise déchirée, Gaëtan de Castel-Rajac, qui avait réussi à se débarrasser des liens qui l’entouraient et à sortir du sac qui l’aveuglait, apparut, clamant d’une voix rauque:

– Les misérables viennent d’emmener la duchesse au château de Montgiron. Je les ai entendus partir. Leur capitaine leur donnait des ordres. Il faut absolument aller là-bas, leur arracher cette malheureuse; sans cela elle est perdue.

Et, se tournant vers Mazarin, il ajouta:

– Pour que le cardinal s’acharne avec autant de cruauté sur cette femme et cet enfant, il faut…

Il n’acheva pas. M. de Mazarin, lui prenant la main, lui dit:

– Vous avez raison, mon cher chevalier, il faut à tout prix sauver la duchesse.

– Nous la sauverons!… fit le Gascon avec une énergie que l’on devinait sans limites.

CHAPITRE VI ÉCHEC AU CARDINAL

Le château de Montgiron était situé à deux lieues du village de Saint-Marcelin.

Il faisait partie du domaine royal et, comme il se trouvait fort loin de la capitale, jamais encore aucun souverain ne l’avait honoré de sa visite. Il ne possédait, pour tout hôte, qu’un vieil officier qui en avait la garde et se donnait encore l’illusion d’être un chef, parce qu’il commandait à quelques gardes forestiers et à trois jardiniers chargés d’entretenir la forêt et les jardins qui s’étendaient autour du vieux manoir.

Ce vieillard qui répondait au nom de Jean-Noël-Hippolyte-Barbier de Pontlevoy, était un cardinaliste d’autant plus enragé qu’il devait cette agréable retraite à Richelieu, beaucoup plus désireux de se débarrasser d’un quémandeur qu’il rencontrait sans cesse dans ses antichambres, que de récompenser les services d’un brave mais obscur soldat qui n’avait jamais réussi qu’à récolter quelques blessures au service du roi.

M. de Durbec, muni d’un blanc-seing du cardinal, était donc devenu le maître de céans et avait déclaré à M. de Pontlevoy qu’il n’avait qu’à se conformer à ses instructions, c’est-à-dire à se tenir tranquille.

Le digne homme qui, au fond, ne demandait pas mieux, accéda aussitôt à la volonté que lui exprimait si énergiquement le mandataire du cardinal et, après avoir partagé le souper de ce dernier, il prit le sage parti de se retirer dans ses appartements, de se coucher dans son lit moelleux et de s’endormir avec la même sérénité que d’ordinaire, c’est-à-dire en homme qui a la conscience nette et la digestion facile.

Vers dix heures du soir, le capitaine des gardes pénétrait dans le salon où M. de Durbec attendait sa venue en dégustant un verre de vin d’Espagne. Il était accompagné de la duchesse de Chevreuse, qui portait dans ses bras l’enfant mystérieux.

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