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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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« Croustillantes », encore un mot qui le faisait grincer des dents.

— Si elle ne désirait pas que je les lise, je n’ai pas à les lire. Cela me paraît clair. Et il n’est donc pas nécessaire que l’on se voie.

Il y eut un long silence. Philippe allait raccrocher quand il entendit la voix sifflante de Bérengère :

— Tu es un mufle, Philippe ! Quand je pense que, chaque fois qu’on dit du mal de toi, je prends ta défense !

Philippe eut un petit mouvement de recul en entendant cette dernière phrase, mais préféra raccrocher. Nuisible et perverse, nota-t-il en demandant un café bien serré à Gwendoline qui passait la tête par la porte.

— Vous avez M. Rousseau en ligne… de votre bureau de Paris, chuchota-t-elle. Faites attention : il vocifère.

Raoul Rousseau. Son associé. Celui à qui il avait vendu ses parts et laissé la direction de son cabinet d’avocats après avoir décidé de prendre du recul. De ne plus passer toute sa vie à lire des alinéas, des contrats, à aligner des chiffres, des déjeuners d’affaires. Raoul Rousseau dit le Crapaud. Il dirigeait le bureau de Paris, avait la lèvre inférieure humide et épaisse de l’homme vorace. Philippe participait aux réunions du conseil d’administration et lui apportait des affaires de Londres, de Milan, de New York. Il travaillait dorénavant à mi-temps et cela lui convenait parfaitement.

Il prit la communication.

— Raoul ! Comment vas-tu ?

— Comment peux-tu poser une question aussi idiote ! s’emporta le Crapaud. C’est un tsunami ! Un véritable tsunami ! Tout se casse la figure ! Je nage au milieu des dossiers. Des contrats qui auraient dû être signés traînent, les gens s’affolent et se défilent, ils veulent des garanties et les banquiers grelottent ! Et moi, je rame comme un malade.

— Calme-toi et respire un bon coup…, le tempéra Philippe.

— Facile à dire ! On dirait que tu t’en laves les mains !

— Nous sommes tous concernés et nous serons tous touchés. Il ne sert à rien de gesticuler. Au contraire… Faut faire bonne figure !

— C’est la course contre la montre, mon vieux. Si tu ne gesticules pas, tu bascules dans le vide… Ils sont tous là, à chercher le vice dans la formulation du contrat pour ne pas signer, pas s’engager et, résultat des courses, tout est bloqué. C’est la merde, je te dis, c’est la merde ! Le tribunal de commerce croule sous les faillites et ce n’est que le début. On n’a encore rien vu !

— Nous avons des affaires saines, on ne s’énerve pas, on laisse passer l’orage et après on rachète…

— Du boulot de greffier, oui, mais pas du boulot qui rapporte ! Moi, je veux continuer à faire des affaires juteuses, je veux pas raccommoder les trous et grappiller quelques sous, je veux le gros lot !

— C’est fini le temps du gros lot…

— Réunion la semaine prochaine à Paris ! On met tout le monde au chômage technique en attendant. Tu peux venir quand ? Mon agenda ! hurla-t-il à sa secrétaire, apportez-moi mon agenda…

Ils convinrent d’une date et le Crapaud raccrocha en vociférant :

— Et t’as intérêt à trouver des solutions ! T’es payé pour ça, il me semble !

— Je ne suis pas payé, Raoul. Je ne suis pas ton employé, ne l’oublie jamais !

Philippe raccrocha, irrité. Quel cafard ! Un sale insecte qu’il aurait aimé écraser sous son talon. Bien sûr que tout allait s’effondrer… mais cela repartirait et ils rachèteraient à la baisse des valeurs avec lesquelles ils gagneraient encore plus d’argent.

Ou lui ne rachèterait pas.

Il laisserait les choses en état. Dans leur sale état.

Il s’en irait.

Ces derniers temps, il lui arrivait de plus en plus souvent d’être écœuré.

Par la rapacité des gens, leur manque de courage, leur manque de vision. Un marchand d’art à Los Angeles lui avait rapporté que les brokers jouaient les valeurs à la baisse dorénavant. Plus la Bourse perdait, plus ils gagnaient de l’argent. Et si ça remonte ? avait demandé Philippe. Ça ne remontera pas de sitôt, les gens ici pensent que ça va plutôt s’effondrer, en tout cas, ils s’y préparent.

Les temps allaient changer et ce n’était pas pour lui déplaire. Le monde débordait de passions sales. De l’écume jaunâtre sur un sentiment qui autrefois scintillait.

Il avait envie de se dépouiller.

Ce matin, en se levant, il avait vidé ses penderies et demandé à Annie de tout porter à la Croix-Rouge. Il avait ressenti une allégresse étrange à l’idée de ne plus voir dans ses placards ces costumes gris, ces chemises blanches, ces cravates rayées.

Il s’était dit en regardant le tas de vêtements à ses pieds, j’ai jeté l’uniforme.

Quand Philippe Dupin avait décidé de se retirer des affaires, de s’installer à Londres et de passer son temps en riche oisif à collectionner des œuvres d’art, la situation économique du monde semblait rassurante. Bien sûr, il y avait déjà eu des scandales financiers, des francs-tireurs qui se livraient à des opérations frauduleuses, mais la sphère économique mondiale ne paraissait pas menacée.

Aujourd’hui, la célèbre enseigne Woolworth était mise sous administration judiciaire et allait fermer. Plus de huit cents magasins et trente mille emplois étaient concernés. La City bruissait de rumeurs affolantes : avertissements sur résultats chez Marks & Spencer, Debenhams, Home Retail Group et Next, faillites annoncées d’une douzaine d’entreprises dites moyennes – entre cent et deux cent cinquante magasins –, disparition de quatre cent quarante chaînes d’ici la fin de l’année et deux cent mille chômeurs en plus. Même les entreprises de luxe n’étaient pas épargnées. Licenciements chez Chanel et Mulberry. Les mauvaises nouvelles s’égrenaient, lugubres. Chômage, pénurie du crédit, hausse des prix de l’alimentation et des transports en commun, chute de la livre sterling. Les mots sonnaient comme le lent balancement de croque-morts portant le cercueil de l’économie.

Cette crise semblait sérieuse. Le monde allait changer.

Il fallait qu’il change.

Et on ne le changerait pas en répétant les mêmes erreurs. La crise actuelle, pour le moment, frappait le secteur financier, mais elle n’allait pas tarder à descendre dans la rue, à toucher ces passants qu’il apercevait de sa fenêtre. Le monde avait besoin qu’on change de lunettes. Les gens devaient retrouver confiance en une économie qui fonctionne pour eux. Pour la rémunération d’un travail décent. Pas pour quelques privilégiés qui se remplissaient les poches sur leur dos.

La crise ne se résoudrait pas par des politiques au rabais. Le temps était à l’audace, à la générosité, aux risques à prendre pour que le monde redevienne humain.

Mais avant tout, il le savait, il faudrait que la confiance revienne.

La confiance, soupira-t-il en regardant la photo d’Alexandre sur son bureau.

On a tous besoin de croire, d’avoir confiance, de savoir qu’on peut donner tout son cœur à un projet, une entreprise, un homme ou une femme. Alors, on se sent fort. On se frappe la poitrine et on défie le monde.

Mais si on doute…

Si on doute, on a peur. On hésite, on chancelle, on trébuche.

Si on doute, on ne sait plus rien. On n’est plus sûr de rien.

Il y a soudain des urgences qui n’auraient pas dû être des urgences.

Des questions qu’on ne se serait jamais posées et que l’on se pose.

Des questions qui, soudain, ébranlent les fondements mêmes de notre existence.

J’aime l’art ou je spécule ? s’était-il demandé le matin même en se rasant et en entendant à la radio que le seul record à retenir des dernières ventes aux enchères à Londres était le taux des invendus.

Il collectionnait depuis qu’il était tout petit. Il avait commencé par les timbres, les boîtes d’allumettes, les cartes postales. Et puis un jour, il était entré avec ses parents dans une église à Rome.

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