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Diego et Frida - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Diego et Frida

Электронная книга - «Diego et Frida». Краткое содержание книги:

Lorsque Frida annonce son intention d'épouser Diego Rivera, son père a ce commentaire acide : « ce seront les noces d'un éléphant et d'une colombe ». Tout le monde reçoit avec scepticisme la nouvelle du mariage de cette fille turbulente mais de santé fragile avec le « génie » des muralistes mexicains, qui a le double de son âge, le triple de son poids, une réputation d'« ogre » et de séducteur, ce communiste athée qui ose peindre à la gloire des Indiens des fresques où il incite les ouvriers à prendre machettes et fusils pour jeter à bas la trinité démoniaque du Mexique — le prêtre, le bourgeois, l'homme de loi.
Diego et Frida raconte l'histoire d'un couple hors du commun. Histoire de leur rencontre, le passé chargé de Diego et l'expérience de la douleur et de la solitude pour Frida. Leur foi dans la révolution, leur rencontre avec Trotski et Breton, l'aventure américaine et la surprenante fascination exercée par Henry Ford. Leur rôle enfin dans le renouvellement du monde de l'art.
Étrange histoire d'amour, qui se construit et s'exprime par la peinture, tandis que Diego et Frida poursuivent une œuvre à la fois dissemblable et complémentaire. L'art et la révolution sont les seuls points communs de ces deux êtres qui ont exploré toutes les formes de la déraison. Frida est, pour Diego, cette femme douée de magie entrevue chez sa nourrice indienne et, pour Frida, Diego est l'enfant tout-puissant que son ventre n'a pas pu porter. Ils forment donc un couple indestructible, mythique, aussi parfait et contradictoire que la dualité mexicaine originelle, Ometecuhtli et Omecihuatl.
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La mort tragique du jeune Cubain, la douleur de Tina qui se trouvait à ses côtés, les dernières paroles de Julio exhalées dans son dernier souffle : « Je meurs pour la Révolution » — tout, dans ce destin tragique, contribua à fortifier la croyance de Frida dans la nécessité de se dévouer à la cause du communisme. Pour la jeunesse de 1929, comme il en fut de Che Guevara pour la jeunesse de 1968, Julio Antonio Mella représenta l’image même du révolutionnaire pur et sincère, qui donne sa vie pour l’idée de justice. Le couple Tina Modotti-Julio Antonio Mella est l’un des couples qui attirent l’admiration des adolescents de la Preparatoria — et Frida, dans sa quête d’intégration, est totalement sous l’influence de Tina. Pour elle, la jeune révolutionnaire italienne représente l’idéal de la femme libre de son corps et de son esprit, qui exprime la beauté, l’énergie, la sincérité absolue, vis-à-vis des autres et vis-à-vis d’elle-même. Alejandro Gómez Arias, l’ancien novio de Frida, rapporte que « c’est grâce à Tina que Frida changea jusqu’à sa façon de s’habiller, portant une jupe et une blouse noires, et une broche représentant une faucille et un marteau, cadeau de Tina[19]… ».

Frida est alors bien loin encore de s’abandonner entièrement à la foi communiste, comme elle le fera dans les années 50. Ce qui l’attire, c’est une certaine image d’elle-même, une image rêvée qui lui permet d’échapper à la souffrance et à la solitude : l’inquiétude de l’amour qu’elle lit dans les yeux de Tina Modotti, la beauté grave et sensuelle du visage et du corps dévoilé sans pudeur par les photographies de Weston, et l’ardeur avec laquelle la jeune révolutionnaire met son art au service de la cause du peuple. Les photos de Tina sont les symboles mêmes de sa vie ardente et libre : photos de femmes, de mains, de visages marqués par la dureté de la vie, ou encore cet extraordinaire portrait d’une Mexicaine portant le drapeau de la Révolution, qui devient l’emblème du futur.

Ce qui motive avant tout Frida, c’est que Diego est au centre du groupe d’artistes et d’étudiants qui se rencontrent chez Tina. Diego le séducteur, le dévoreur de femmes, est attiré par la beauté de la jeune Italienne, par sa vie aventureuse. Chez Tina, Frida se retrouve tout à coup à côté de Diego, elle lui parle, elle appuie sur lui son regard sombre et brillant, elle le force à la regarder. Elle est seule, désespérée, si jeune, et d’une beauté si troublante qu’on ne peut l’oublier. Tout à coup la voici au cœur le plus palpitant de la ville, au centre même où est en train de naître le monde nouveau. La révolution est bien comme la naissance de l’amour. Tout peut arriver.

Tout arrive, en effet Diego est très attiré par Frida, séduit par l’amour qu’elle porte dans ses yeux, par l’admiration qu’elle lui témoigne. Elle ne ressemble à aucune des femmes que Diego a connues. Elle n’a pas l’angélisme tranquille d’Angelina, ni l’ambition et la névrose de Marievna. Elle ne montre pas l’appétit sensuel de Lupe, cette sorte d’instinct de possession qui fait si peur à Diego et lui rappelle la passion abusive de sa propre mère. Elle est d’une jeunesse et d’une fraîcheur d’esprit qui éblouissent cet homme déjà mûr qui a connu tant d’événements et tant de femmes. L’ogre, devant elle, se fait un peu Pygmalion. Elle le trouble par son innocence, elle l’amuse par sa fantaisie juvénile, et elle l’émeut par le savoir instinctif qu’elle a acquis dans la douleur. Lupe Marín, qui l’a détestée d’instinct dès qu’elle l’a vue — « cette petite », qui l’a défiée dans l’amphithéâtre Bolívar —, est choquée par la familiarité avec laquelle Frida traite le génie, cette moquerie adolescente qu’elle a gardée du temps des « Cachuchas ».

La première fois que Diego se rend à Coyoacán, dans la maison des Kahlo, comme un collégien amoureux, Frida l’accueille perchée en haut d’un arbre, sifflant l’Internationale.

Mais la provocation est un masque qui cache l’immense angoisse de Frida, son besoin extrême de communiquer, d’être reconnue. Quand elle se présente à Diego, ce n’est pas comme une jeune femme admirative, mais comme une ouvrière, comme quelqu’un qui entend jouer un rôle, qui veut faire quelque chose de sa vie, qui peint des tableaux. « Je ne veux pas de compliments, dit-elle à Diego. Je veux les critiques d’un homme sérieux. Je ne suis ni amateur d’art, ni connaisseur. Je suis tout simplement une fille qui a besoin de travailler pour vivre[20]. » Elle dit : une fille qui a besoin de travailler, parce qu’elle sait que c’est sa seule chance de survie, cette peinture-miroir où elle puise son aliment, sa substance. Pour Diego, en revanche, la peinture est sans nul doute un moyen de conquérir le monde, de séduire, de toucher, de prendre.

Quand elle invite Diego à venir chez elle voir ses tableaux, Frida tremble intérieurement sous les dehors de la fanfaronnade. Ce qu’elle a peint en 1927, 1928, 1929, les dessins, le portrait d’Alicia Galant, de sa sœur Cristina, d’Adriana, ce ne sont pas vraiment des tableaux, c’est l’interrogation qu’elle lance aux autres, la seule question qui vaille, la question de sa propre existence.

Et, tout à coup, Diego comprend. Cette frêle fille, sous ses apparences fantasques et son faux air d’enfant mal grandie, est une véritable artiste, c’est-à-dire qu’elle est habitée, comme lui, par un démon mystérieux, qui agit en elle et la pousse vers la peinture. Pour lui, c’est extraordinaire, et il ne sait pas encore à quel point c’est définitif. Il regarde sa peinture et ce qu’il voit, « sa chambre, sa présence étincelante le remplissent d’une joie merveilleuse[21] ».

Il a déjà connu beaucoup de femmes peintres. Maria Gutiérrez Blanchard, qu’il a rencontrée en Espagne et grâce à qui il a connu Angelina Beloff. Puis Marievna. Mais c’est la première fois qu’il rencontre une femme avec qui il se sente à ce point en harmonie, pour qui la peinture est une telle urgence. Elle est si jeune. Elle peint à l’évidence sous son influence, avec les mêmes couleurs éclatantes, les mêmes figures vues légèrement de biais, comme surprises par l’objectif d’un photographe ambulant, et la même puissance charnelle. Et, en même temps, il y a une insistance, une intériorité qui n’appartiennent qu’à elle. Diego, à cet instant, éprouve pour elle un sentiment inexplicable qu’aucune femme n’a jamais fait naître en lui, un étonnement mêlé de désir, une admiration, un respect qui ne s’éteindront jamais.

Lui, l’ogre, le menteur, le géant de la peinture moderne, qui a vécu déjà deux vies, qui raconte la retraite de Russie de Napoléon 1er comme s’il y avait été, qui a vu la révolution et la guerre, qui a rencontré Picasso, Rodin, Modigliani, le voici tout à coup amoureux d’une jeune fille qui n’a jamais rien connu d’autre que la vie à Coyoacán et l’École préparatoire, qui ne peint que les amis qui l’entourent et sa propre image suspendue au ciel de son lit.

Elle le prend par la main, lui fait visiter la maison de ses parents, parle et rit comme s’ils se connaissaient depuis toujours.

Diego joue parfaitement son rôle de fiancé officiel — Frida avait voulu cette cour traditionnelle depuis les années de collège, quand elle avait souhaité faire d’Alejandro Gómez Arias son fiancé. Il visite les Kahlo, parle avec le père de Frida, qui le met en garde avec son humour noir habituel : « C’est un démon occulte ! »

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19

In Julio Antonio Mella, en los Mexicanos, Mexico, 1983, p. 60.

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20

Diego Rivera, op. cit., p. 170.

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21

Diego Rivera, op. cit., p. 172.

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