Fandorine 1-6
- Автор: Акунин Борис Чхартишвили, Akounine Boris
- Язык: французский
- Жанр: Исторические детективы
Электронная книга - «Fandorine 1-6». Краткое содержание книги:
Le Gambit turc (2001) (Турецкий гамбит, 1998 dont l'action se déroule en Bulgarie en 1877)
Léviathan (2001) (Левиафан, 1998 dont l'action se déroule en mer en 1878) - Version russe illustrée par Igor Sakourov[2]
La Mort d'Achille (2002) (Смерть Ахиллеса, 1998 dont l'action se déroule à Moscou en 1882) - Version russe illustrée par Igor Sakourov[3]
Missions spéciales (2002) (Особые поручения), 1999 suite de deux nouvelles :
Le Valet de pique (Пиковый валет, dont l'action se déroule à Moscou en 1886) - Version russe illustrée par Igor Sakourov[4]
Le Décorateur (Декоратор, dont l'action se déroule à Moscou en 1889) - Version russe illustrée par Igor Sakourov[5]
Certes, elle n'était plus toute jeune. Certes, elle n'était pas très belle. En revanche, elle n'était pas sotte et avait beaucoup d'argent. Ce qui était infiniment mieux que d'être un vieux laideron stupide sans un penny vaillant.
Clarice entra dans le salon à deux heures précises, alors que toute la compagnie était déjà réunie. Chose curieuse, l'annonce renversante faite la veille par le commissaire, loin d'éloigner les
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" windsoriens " les uns des autres, les avait au contraire plutôt soudés. Ce secret qu'ils ne devaient partager avec personne les liait plus étroitement que toute activité ou intérêt commun. Clarice avait noté que tous ses compagnons de table se retrouvaient désormais avant l'heure prévue, tant pour le petit déjeuner que pour le déjeuner, le five o'clock ou le dîner, et que par ailleurs ils s'attardaient longuement, ce qui auparavant n'arrivait presque jamais. Même le lieutenant, qui n'avait avec l'affaire qu'un rapport indirect, ne se pressait pas pour retourner à ses activités et passait des heures au Windsor (mais il n'était pas exclu qu'il le fît sur ordre du capitaine). Les windsoriens étaient comme devenus membres d'un cercle d'élite, fermé aux non-initiés. Plus d'une fois Clarice avait surpris sur elle des regards fugitifs, jetés à la dérobée. Ces regards pouvaient signifier deux choses : " Ne serait-ce pas vous l'assassin ? " ou bien " N'auriez-vous pas deviné que l'assassin, c'est moi ? " Chaque fois, de quelque part à l'intérieur d'elle-même, du fond de ses entrailles, tel un doux spasme, montait un sentiment aigu, mélange de peur et d'excitation. Devant ses yeux, avec une étonnante netteté, surgissait la rue de Grenelle telle qu'elle apparaissait le soir : calme, déserte, avec ses petits arbres noirs balançant leurs branches dénudées. Il ne manquerait plus que, d'une manière ou d'une autre, le commissaire ait eu vent de quelque chose à propos de l'Ambassador. A cette seule pensée, Clarice frémissait d'horreur et lorgnait sournoisement le policier.
Gauche trônait à table, tel le grand prêtre de cette secte clandestine. Chacun avait en perma-
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nence sa présence à l'esprit, observait du coin de l'oil l'expression de son visage. Gauche, lui, semblait ne pas le remarquer. Il se donnait une image de raisonneur bon enfant et racontait volontiers ses " petites histoires ", que chacun écoutait avec une attention soutenue.
Selon un accord tacite, on parlait de Ça uniquement dans le salon et seulement en présence du commissaire. Si deux windsoriens venaient à se rencontrer quelque part en terrain neutre - dans le salon de musique, sur le pont, dans la salle de lecture -, en aucun cas ils ne parlaient de Ça. Et même dans le salon, ce n'était pas à chaque fois que l'on revenait sur ce sujet captivant. D'ordinaire, cela arrivait tout seul, à la suite d'une remarque complètement étrangère à l'affaire.
Ce matin-là au petit déjeuner, par exemple, aucune conversation collective n'avait pris forme jusqu'au moment où Clarice s'était installée à sa place. Maintenant, en revanche, la discussion battait son plein. D'un air las, elle entreprit d'étudier le menu comme si elle avait oublié ce qu'elle avait commandé pour le déjeuner, mais le sentiment familier d'excitation était bel et bien là.
- Ce qui m'obsède, dit le docteur Truffo, c'est la monstrueuse absurdité de ce crime. En fin de compte, tous ces gens sont morts pour absolument rien. Le Shiva d'or a terminé dans la Seine, et le criminel s'est retrouvé les mains vides.
Fandorine, qui participait rarement aux débats et pour l'essentiel gardait le silence, jugea bon cette fois de s'exprimer :
- Ce n'est pas tout à fait exact. Le criminel a gardé le f-foulard.
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- Quel foulard ? s'étonna le docteur.
- Un foulard indien, en tissu peint. Dans lequel, si l'on en croit les j-journaux, l'assassin à enveloppé le Shiva volé.
Cette plaisanterie fut accueillie par un rire quelque peu nerveux. Le médecin écarta les mains de manière expressive :
- Comme si le problème était là !
Brusquement, le professeur se réveilla et arracha ses lunettes de son nez, geste qui chez lui était la manifestation d'un profond trouble.
- Vous avez tort de rire ! J'ai précisément cherché à savoir lequel des foulards avait été dérobé. Eh bien, mesdames et messieurs, c'est un morceau de tissu tout à fait exceptionnel, auquel est liée toute une histoire. Avez-vous déjà entendu parler du rajah d'Emeraude ?
- Sans doute un nabab indien, héros de quelque légende, non ? demanda Clarice.
- Pas un personnage de légende, madame, mais quelqu'un de bien réel. C'est ainsi que l'on surnommait le rajah Bagdassar, souverain de la principauté de Brahmapur. Cette principauté est située dans une grande vallée fertile, de toutes parts entourée de montagnes. Les rajahs font remonter leur origine au grand Bâbur et sont de confession islamique, ce qui, en trois cents ans, ne les a jamais empêchés de gouverner pacifiquement leur petit pays majoritairement composé d'hindous. En dépit des différences religieuses qui séparent la caste dirigeante du reste de la population, la principauté n'a jamais connu ni soulèvement ni querelle. Les rajahs s'enrichissaient, et à l'époque de Bagdassar la famille régnante de Brahmapur
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était considérée comme la plus riche de toute l'Inde après les nizams d'Haidarâbâd qui, comme vous n'êtes pas sans le savoir, éclipsaient par leur richesse tous les monarques, y compris la reine Victoria et l'empereur russe Alexandre.
- La grandeur de notre reine ne se mesure pas à ses biens personnels, mais à la richesse de ses sujets, répliqua sévèrement Clarice, quelque peu piquée par cette remarque.
- Sans nul doute, admit Sweetchild, si bien lancé que rien ne pouvait plus l'arrêter. Toutefois la fortune des rajahs de Brahmapur était d'une nature bien particulière. Ils n'amassaient pas l'or, ne remplissaient pas des coffres d'argenterie, n'édifiaient pas des palais de marbre rosé. Oh, non. Durant trois siècles ces souverains n'ont connu qu'une seule passion : les pierres précieuses. Savez-vous ce qu'on entend par " standard de Brahmapur " ?
- Un type particulier de taille du diamant ? suggéra modestement le docteur Truffo.
- " Standard de Brahmapur " est un terme utilisé en joaillerie pour désigner des diamants, saphirs, rubis ou émeraudes taillés d'une certaine manière et ayant la grosseur d'une noix, ce qui équivaut à cent soixante tandouls, soit quatre-vingts carats.
- Mais c'est considérable, s'étonna Reynier. De telles pierres sont rarissimes. Si ma mémoire est fidèle, le diamant " Régent " lui-même, fleuron du trésor national français, est à peine plus gros.
- Erreur, lieutenant, le diamant " Pitt ", c'est-à-dire le " Régent ", est presque deux fois plus gros, corrigea le professeur. Cela étant, quatre-vingts
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carats, surtout s'agissant de pierres de belle eau, c'est énorme. Ainsi donc, mesdames et messieurs, imaginez-vous que Bagdassar possédait cinq cent douze pierres de cette taille, et de la qualité la plus irréprochable, de surcroît !
- Incroyable ! s'exclama sir Reginald. Pour sa part, Fandorine demanda :
- P-pourquoi précisément cinq cent douze ?
- A cause du chiffre sacré 8, répondit volontiers Sweetchild. 512, c'est 8 x 8 x 8, à savoir huit au cube, nombre dit " idéal ". Ici, bien sûr, on voit pointer l'influence du bouddhisme, qui a pour le chiffre 8 une considération toute particulière. Dans la partie nord-est de l'Inde, où se trouve Brahmapur, les religions s'entremêlent de façon tout à fait surprenante. Mais le plus intéressant est la façon dont était gardé le trésor.
- Et comment était-il donc gardé ? demanda Renata Kléber avec curiosité.
- Dans un vulgaire coffret en terre cuite, dépourvu de toute décoration. En 1852, tout jeune archéologue, je suis allé à Brahmapur, où j'ai rencontré le rajah Bagdassar. Sur le territoire de la principauté, en pleine jungle, on avait découvert les vestiges d'un temple ancien, et Son Altesse m'avait invité à venir expertiser la découverte. Je conduisis les recherches qui s'imposaient, et vous savez quoi ? Il s'avéra que ce temple avait été édifié au temps de l'empereur Chandragupta, à une lointaine époque où...