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L'éveil du Léviathan

Электронная книга - «L'éveil du Léviathan». Краткое содержание книги:

L’humanité a colonisé le système solaire (Mars, la Lune rebaptisée Luna, la Ceinture d’astéroïdes et au-delà), mais les étoiles restent toujours hors de sa portée.
Jim Holden est second sur un transport de glace qui effectue la navette entre les anneaux de Saturne et les stations installées dans la Ceinture. Quand son équipage et lui croisent la route du Scopuli, un appareil à l’abandon, ils se retrouvent en possession d’un secret qu’ils auraient souhaité ne jamais connaître. Un secret pour lequel certains sont prêts à tuer, et à une échelle impensable pour Jim et son équipage. La guerre dans tout le système solaire devient inévitable, à moins qu’il ne découvre qui a abandonné ce vaisseau, et pourquoi.
L’inspecteur Miller recherche une jeune femme. Elle n’est qu’une personne parmi des milliards, mais ses parents ont les moyens, et l’argent peut beaucoup. Quand l’enquête le mène au Scopuli et à Holden, devenu sympathisant des rebelles, Miller comprend que cette jeune femme est peut-être la réponse à tout.
Holden et Miller doivent désormais jouer la partie en finesse, entre le gouvernement de la Terre, les révolutionnaires des Planètes extérieures et certaines firmes aux visées obscures. Leurs chances sont minces mais au coeur de la Ceinture les règles sont différentes, et un petit vaisseau peut changer le destin de l’univers.
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Une vitesse suffisante. C’était tout ce qui importait. Une vitesse suffisante.

Et là, au centre de cette corolle éblouissante, il vit un point sombre, pas plus gros que celui laissé par la pointe d’un stylo. Le vaisseau lui-même. Il prit une profonde inspiration. Quand il ferma les yeux, la lumière colora ses paupières en rouge. Quand il les rouvrit, le Nauvoo avait acquis une longueur. Une forme. C’était une épingle, une flèche, un missile. Un poing jaillissant des profondeurs. Pour la première fois, Miller fut saisi d’une admiration mêlée de respect.

Éros hurla :

— N’ESSAIE MÊME PAS DE ME TOUCHER !

Lentement, la corolle incandescente que créaient les moteurs passa d’un cercle à un ovale, puis à un grand panache étincelant, et le Nauvoo apparut argenté en montrant son profil. Miller en resta bouche bée.

Le vaisseau géant avait raté sa cible. Il avait bifurqué. Et maintenant, juste maintenant, il frôlait Éros sans le percuter. Mais Miller n’avait aperçu aucun allumage de fusée de manœuvre. Et comment faire dévier de sa course un appareil aussi gigantesque, lancé à une telle vitesse, assez brutalement pour qu’il infléchisse sa trajectoire en un instant sans se désintégrer ? À elle seule, la gravité accumulée par l’accélération…

Miller scruta les étoiles comme si la réponse était inscrite en elles. Et à sa grande surprise, c’était le cas. L’étendue de la Voie lactée, le saupoudrage infini d’étoiles était toujours là. Mais son angle de vision n’était plus le même. La rotation d’Éros s’était modifiée, comme son rapport au plan de l’écliptique.

Car il aurait été impossible que le Nauvoo change de trajectoire sans se disloquer. Et donc, ce n’était pas arrivé. Éros faisait environ six cents kilomètres cubes. Avant Protogène, l’astéroïde avait hébergé le deuxième spatioport le plus actif de toute la Ceinture.

Et sans même annuler l’action magnétique des bottes de Miller, la station Éros avait esquivé le vaisseau.

49

Holden

— Bordel de merde, souffla Amos d’une voix morne.

— Jim ? dit Naomi à Holden.

Mais il lui tournait le dos et repoussa sa sollicitation d’un geste de la main avant d’ouvrir un canal pour contacter le cockpit.

— Alex, est-ce que nous avons bien vu ce que mes senseurs affirment ?

— Ouais, capitaine, répondit le pilote. Le radar et les objectifs rapportent tous qu’Éros a effectué un écart de deux cents kilomètres en un peu moins d’une minute.

— Bordel de merde, répéta Amos exactement de la même voix dépourvue d’émotion.

Le claquement métallique des écoutilles qu’on ouvrait et refermait sans douceur éveilla des échos dans tout le vaisseau et annonça l’arrivée du mécanicien à l’échelle d’équipage.

Holden chassa l’irritation subite qu’il éprouvait devant cet abandon de poste manifeste. Il réglerait cela plus tard. Avant tout, il avait besoin d’être certain que le Rossinante et ses occupants ne venaient pas de faire l’expérience d’une hallucination collective.

— Naomi, passe-moi les comms, dit-il.

La jeune femme pivota dans son siège pour lui faire face. Elle était blême.

— Comment peux-tu rester aussi calme ? demanda-t-elle.

— La panique ne nous serait d’aucune utilité. Il faut que nous comprenions ce qui se passe avant de préparer la suite intelligemment.

— Bordel de merde.

Amos grimpa sur le pont des ops. Derrière lui, l’écoutille se referma avec fracas.

— Je ne me rappelle pas vous avoir ordonné de quitter votre poste, matelot, lâcha Holden.

— Préparer la suite intelligemment, cita Naomi comme si ces mots étaient dans une langue étrangère qu’elle comprenait presque. Préparer la suite intelligemment.

Le mécanicien se laissa choir dans un siège assez lourdement pour que le gel du matelassage l’agrippe et l’empêche de tressauter.

— Éros est un putain de gros morceau, dit-il.

— Préparer la suite intelligemment, répéta Naomi, pour elle seule à présent.

— Je veux dire : un vrai putain de gros morceau, précisa Amos. Vous savez quelle quantité d’énergie il a fallu pour appliquer une rotation à ce caillou ? Bordel, ça a pris des années pour y arriver.

Holden mit ses écouteurs afin de ne plus les entendre, et il rappela le poste de pilotage.

— Alex, est-ce que la vélocité d’Éros est toujours différente de la normale ?

— Non, chef. Il reste là comme un astéroïde bien sage.

— Bon. Les autres sont sous le choc. Et vous, comment va ?

— Mes mains ne quitteront pas le manche tant que ce salopard sera dans mon espace proche, ça, je peux vous le jurer.

Louée soit la formation militaire, pensa le Terrien.

— Parfait. Maintenez-nous à une distance de cinq cents kilomètres tant que je ne vous donne pas d’autre consigne. Et faites-moi savoir s’il bouge encore, ne serait-ce que d’un pouce.

— Bien reçu, chef.

Holden ôta ses écouteurs et pivota vers le reste de l’équipage. Le regard vague, Amos contemplait le plafond, en comptant sur ses doigts.

— … Je ne me souviens plus exactement de la masse d’Éros…, dit-il, à personne en particulier.

— Environ sept mille milliards de kilos, répondit Naomi. À peu de choses près. Et sa signature thermique a augmenté de deux degrés.

— Bordel, maugréa le mécanicien. Je n’arrive même pas à calculer. Une masse pareille qui gagne deux degrés, comme ça, en un claquement de doigts ?

— Impressionnant, dit Holden. Bon, passons au…

— Dix exajoules, à peu près, lâcha Naomi. C’est juste une approximation, mais je ne suis pas loin de la vérité pour ce qui est de la magnitude ou du reste.

Amos poussa un petit sifflement.

— Dix exajoules, ça correspond à quoi ? Une bombe nucléaire de deux gigatonnes ?

— C’est l’équivalent de cent kilos convertis directement en énergie, précisa-t-elle d’une voix un peu plus assurée. Ce que, bien sûr, nous serions incapables d’accomplir. Mais quoi qu’il en soit, ce qu’ils ont fait n’avait rien de magique, au moins.

L’esprit d’Holden s’agrippa à ces paroles dans un élan qui tenait presque de la sensation physique. Naomi était sans doute la personne la plus intelligente qu’il connaisse. Et elle s’était adressée directement à cette peur nébuleuse qu’il nourrissait depuis le bond de côté d’Éros : c’était bien de la magie, et la protomolécule n’était pas contrainte d’obéir aux lois de la physique. Et si c’était vrai, alors les humains n’avaient pas l’ombre d’une chance.

— Explique.

— Eh bien, dit-elle en tapant sur son clavier, la hausse de température d’Éros n’est pas la cause de son déplacement. J’en déduis donc qu’il s’agissait d’une déperdition de chaleur consécutive à la manœuvre que le satellite a effectuée.

— Ce qui veut dire ?

— Que l’entropie existe toujours. Qu’ils ne peuvent pas convertir la masse en énergie avec une efficacité parfaite. Que leurs machines ou leurs processus ou quoi que ce soit qu’ils utilisent pour déplacer sept mille milliards de kilos de roche entraîne une certaine perte d’énergie. Environ l’équivalent d’une bombe de deux gigatonnes.

— Ah.

— Peuh ! On ne pourrait pas déplacer Éros de deux cents kilomètres avec une bombe de deux gigatonnes, contra Amos.

— Non, on ne le pourrait pas, reconnut-elle. Il ne s’agit là que d’un surplus. Cette chaleur est une conséquence indirecte. Leur efficacité est toujours incroyable, mais elle n’est pas parfaite. Ce qui signifie que les lois de la physique s’appliquent toujours. Ce qui signifie que ce n’est pas de la magie.

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