La maison des derviches
- Автор: Макдональд Йен
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 978-2-207-11129-1
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La maison des derviches». Краткое содержание книги:
Sous une chaleur écrasante, la ville tentaculaire fête le cinquième anniversaire de l’entrée de la Turquie dans la Communauté européenne. Quinze ans plus tôt, Israël a frappé les sites nucléaires iraniens avec des missiles thermobariques, provoquant indirectement le pire choc pétrolier et gazier de l’Histoire.
Dans Istanbul en ébullition (l’air conditionné coûte trop cher, l’eau aussi), une bombe explose dans un tramway. Cet événement va bouleverser la vie des habitants de la maison des derviches de la place Adem-Dede : Necdet se met à voir des djinns, le jeune Can utilise son robot pour enquêter sur l’attentat non revendiqué, l’antiquaire Ayse accepte de rechercher un sarcophage légendaire, Leyla se voit chargée du marketing d’une nouvelle technologie révolutionnaire : le stockage bio-informatique.
C’est dans la maison des derviches que se joueront rien de moins que l’avenir de la Turquie et celui du monde tel que nous le connaissons.
Les ingénieurs de Dieu sont occupés à aligner avec précision le matériel qu’ils sortent de l’arrière de la camionnette et ils ne prêtent pas attention à l’étrange volatile. À présent que leurs accessoires sont prêts et bien rangés, Necdet remarque que tout est en quatre exemplaires : quatre cartons, quatre caisses en plastique, quatre boîtes en polystyrène antichoc.
Les cartons contiennent des objets que Necdet ne peut identifier, des hybrides de pulvérisateur pour nettoyant domestique et de gant de boxe. Un chacun, qu’ils enfilent sur une main. Des armes d’une sorte ou d’une autre. Ils se munissent de grosses cartouches qui doivent être des munitions, six par chargeur. Un chargeur chacun. Chevelu et Gros Salopard essaient les leurs, pour tester leur poids et découvrir si elles leur conviennent. Ils s’entraînent à viser des cibles. Ils paraissent satisfaits et font claquer ces machins dans l’autre paume. Bien. Bien.
L’oiseau fait un piqué pour aller des boutiques aux immeubles, et il s’intéresse de nouveau à lui. Necdet sait désormais de quoi il s’agit. Aide-moi, articule-t-il.
Les membres de l’équipe sortent des caisses en plastique des sortes de colliers qu’ils se mettent autour du cou avec autant de soin que de piété. Il remarque des larmes, dans les yeux de Foulard vert, quand Chevelu fait cliqueter le fermoir du sien. Ce sont des colliers si serrés qu’ils en étouffent presque. Necdet voit une pierre précieuse au centre de chacun d’eux et se rappelle avoir déjà vu un tel objet. Il brillait sur la gorge de cette femme, à bord du tram. Elle a levé la main pour l’effleurer et sa tête a explosé. La sœur de Foulard vert. D’après ce qu’a dit cette dernière, Necdet a présumé qu’elle souffrait d’une maladie incurable. Mais ses ravisseurs ne sont pas malades et ce collier n’est pas un instrument de suicide. La mort est accessoire. Ces dispositifs servent à diffuser autour d’eux des nanoagents. Les ingénieurs de Dieu ne se laisseront pas capturer. Necdet tire encore sur ses liens. Lubrifiés par sa sueur, les renflements de ses pouces glissent un peu plus loin à l’intérieur de la boucle. Gros Salopard lorgne Necdet qui reste docilement adossé à un pilier en béton.
L’oiseau s’envole une fois de plus. Il vole bas, très bas, dangereusement bas, puis il remonte et va tout droit ! Il rase les barbelés-rasoirs et, sitôt après, Necdet entend des cliquetis sur le toit.
Les coques en polystyrène, à présent. Chevelu s’en occupe. Il tranche les bandes adhésives et déballe le Bullpack. Dans chaque paquet est niché un cylindre en alu brossé de la longueur d’un avant-bras. Des ogives nano. Au nombre de quatre. Quatre ogives. Quatre pompes.
Necdet remarque des bruits sur le toit, sans doute les reptations d’un serpent. Il a cessé de se soucier de ce que peuvent entendre Gros Salopard et Connard grincheux. Tout ceci est divin, c’est Hizir qui se manifeste dans les fréquences de l’audible. Il a le serpent robot juste au-dessus de lui.
Juste à côté de la porte de la mescid, sur la banquette où les vieillards viennent s’asseoir lorsqu’il fait chaud, Can reçoit les images transmises par Oiseau et en trépigne de surexcitation. Il l’a retrouvé, oui, il l’a retrouvé ! Il s’agit de toute évidence d’une station de compression, comme l’a deviné M. Ferentinou. La camionnette blanche est à l’intérieur de l’enceinte grillagée. Faire revenir Bébé Rat sera délicat. Après, peut-être ? Après quoi ? Il ne s’est pas encore posé la question.
Image suivante. Voilà la femme au foulard vert et le gros type en tee-shirt SuperDry. Des armes ! Regardez, des armes ! C’est certainement plus que suffisant pour inciter les policiers à le prendre au sérieux. Viennent ensuite des images des boîtes et des caisses posées sur le sol et des terroristes accroupis à côté. D’autres armes. Il y a aussi Necdet, les mains dans le dos à côté d’un pilier. Le revoilà en gros plan, les yeux rivés sur Oiseau. Il sait !
Can n’a pas de temps à perdre en bavardages. Il déplie son ceptep et envoie l’image à la police de Kayisdagi dont il a gardé l’indicatif en mémoire. Cette fois, ils seront bien obligés de le croire, même s’il n’a que neuf ans !
Et Necdet a besoin de son aide. Can croise ses pouces réchauffés par le soleil dans le champ haptique et agite les doigts. Il fait descendre Oiseau en vol plané pour le poser sur le toit de l’abri des pompes et, dès que ses serres entrent en contact avec le métal, il le désintègre et le métamorphose en Serpent. Il dispose de suffisamment de repères visuels pour tracer une carte et localiser avec précision le point de la toiture sous lequel se trouve Necdet. Il envoie Serpent ramper écaille après écaille vers le bas du pilier, jusqu’au prisonnier.
Regarde-moi, regarde-moi.
Le contact oculaire est fugace mais un léger sursaut de la tête et la dilatation des narines de Necdet lui apportent une confirmation : Je t’ai vu. Can envoie Serpent sur l’arrière du pilier, là où les terroristes ne pourront pas le voir. Vient ensuite le plus difficile, lire ce que dit Necdet sur ses lèvres en le regardant de profil. Qu’articule-t-il ? Grr ard. Grr ard.
« Gros Salopard, glousse Necdet. Gros Salopard ! »
Un employé de la station-service renfile ses bottes en caoutchouc après avoir prié dans la mescid de tôle rouillée, et il regarde cet enfant qui ne lui semble pas tout à fait normal. Gros Salopard. Il ne peut s’agir que de SuperDry. Qu’il soit gros est indéniable, même si Can le trouve plutôt sympa… et un peu à côté de ses pompes.
Va à l’aplomb de Gros Salopard.
S’y rendre est difficile. Serpent doit en effet se déplacer très lentement et prudemment, pour ne pas être vu, et il faut garder constamment Necdet dans le champ des caméras alors que la progression s’effectue la tête en bas et que l’adhérence laisse à désirer. Can se mord la langue, tant il se concentre. Il a oublié le froid, les gens présents autour de lui, le lieu où il se trouve, lorsqu’il positionne enfin Serpent à l’aplomb de SuperDry. Serpent va tomber de haut, non ? Can va enfin pouvoir expérimenter son « attaque reptilienne démoniaque », ce qu’il a toujours rêvé de faire à la femme de l’appartement deux pour l’entendre hurler. Attaque reptilienne démoniaque ! Il capte le regard de Necdet, se concentre sur ses lèvres. Necdet détourne le visage.
Attends.
Ne le regarde pas. Mais pendant combien de temps ce gosse pourra-t-il maintenir son serpent tout là-haut, tête en bas sous le toit ? Si tu bouges, ils remarqueront que tu as pratiquement dégagé une main. Cependant, ses doigts semblent être comprimés dans un étau, c’est comme si leurs extrémités allaient exploser et tout éclabousser de sang.
Chevelu a déplié son ordinateur pour le connecter à un panneau du système de contrôle des pompes. Il saisit des instructions, lit des données par l’entremise de son scripteur oculaire. Le résultat paraît le satisfaire. Une autre série de saisies. Quatre panneaux ovales striés du noir et jaune des machins vraiment dangereux s’ouvrent sur le boîtier. Chevelu sourit. Foulard vert l’aide à charger les cartouches, une par pompe. Elles s’insèrent avec précision dans les logements prévus à cet effet et Necdet se demande ce que ceux d’Özer doivent y placer en temps normal. Ça lui fait oublier la souffrance, alors qu’il déplace ses pouces dans un sens et dans l’autre, comme pour scier les bandes en plastique semi-rigide. Les panneaux se referment.