Le Dragon réincarné
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #3
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782820506115
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Dragon réincarné». Краткое содержание книги:
— J’ai entendu dire qu’une Matriarche du clan de la Flèche Déchiquetée est capable d’un exploit pareil. Une autre, du clan des Quatre Trous, serait également en mesure de le réaliser. Mais j’ai toujours cru qu’il s’agissait de vantardises. (Aviendha prit une grande inspiration et recouvra un semblant de contenance.) Aes Sedai, je suis ta débitrice… Mon eau t’appartient et l’ombre du fief de mon clan sera toujours à ta disposition. Car Dailin est ma deuxième-sœur.
Devant la perplexité de Nynaeve, elle précisa :
— La fille de ma tante… Une très proche parente. Aes Sedai, j’ai envers toi une dette de sang.
— Si j’avais du sang à verser, répondit sèchement Nynaeve, je m’en chargerais moi-même… Si tu veux me remercier, dis-moi s’il y a un navire à Jurene, en ce moment. C’est le prochain village, en direction du sud…
— Celui où les soldats arborent l’étendard au Lion Blanc ? Il y avait un navire hier, quand j’y suis allée jeter un coup d’œil… Les antiques récits parlent de « bateaux », mais en voir un fut une étrange expérience.
— Fasse la Lumière qu’il ne soit pas encore parti, dit Nynaeve en commençant à rassembler ses sachets de poudres et d’herbes. J’ai fait ce que j’ai pu pour Dailin, Aviendha. Maintenant, nous devons partir. Qu’elle se repose et mange beaucoup, et tout devrait aller bien. Essaie d’empêcher qu’on lui plante une épée dans le corps, si c’est possible.
— Aes Sedai, ce qui doit arriver arrive…
— Aviendha, intervint Egwene, étant donné l’angoisse que vous inspirent les rivières, comment faites-vous pour les traverser ? Je suis certaine qu’il y en a une entre ici et votre désert. Et qu’elle est au moins aussi large que l’Erinin.
— Oui, la rivière Alguenya, dit Elayne. On peut la contourner, mais…
— Les rivières sont innombrables, chez vous, mais il y a ces structures que vous appelez des « ponts », et également ce que vous nommez des « gués ». Pour les autres cas, Jolien s’est souvenue que le bois flottait… (Aviendha tapota le tronc d’un grand bouleau blanc.) C’est très gros, un rondin, mais ça flotte aussi bien qu’une branche… Nous avons appris à fabriquer une embarcation qui permet de traverser. Je crois que le nom exact est « radeau ».
Egwene en écarquilla les yeux de surprise. Si quelque chose l’avait effrayée au point où les cours d’eau terrorisaient les Aielles, aurait-elle su faire face avec tant de panache ? Elle en doutait profondément…
Et l’Ajah Noir ? demanda une petite voix dans sa tête. Tu n’en as plus peur, ma fille ?
Une question judicieuse en apparence – mais en apparence seulement.
C’est différent… Le courage n’a rien à voir là-dedans. Soit je traque mes ennemis, soit j’attends, tel un lapin qui s’offre en sacrifice à un faucon.
D’ailleurs, un vieux proverbe ne disait-il pas : « Il est toujours meilleur d’être le marteau que le clou » ?
— Nous devrions partir, dit Nynaeve.
— Encore un instant…, lui répliqua Elayne. Aviendha, pourquoi avez-vous fait tout ce chemin et affronté de telles épreuves ?
L’Aielle secoua la tête, l’air dégoûtée.
— Nous n’avons pas fait beaucoup de chemin… Nous étions parmi les dernières à partir. Les Matriarches me harcelaient comme des chiens sauvages qui encerclent un veau, disant que j’avais d’autres devoirs… (Soudain, Aviendha sourit et désigna les autres Aielles.) Elles sont restées pour se moquer de mes malheurs, ont-elles prétendu, mais je doute fort que les Matriarches m’auraient laissée partir si elles n’avaient pas été là pour m’accompagner.
— Nous cherchons celui dont l’avènement est annoncé…, dit Bain. (Elle soutenait Dailin, encore inconsciente, afin que Chiad puisse lui faire enfiler une chemise de lin ocre.) Celui qui Vient avec l’Aube.
— Il nous conduira hors de la Tierce Terre, ajouta Chiad. Et les prophéties disent qu’il doit naître d’une Far Dareis Mai…
Elayne fronça les sourcils, désorientée.
— N’avez-vous pas dit que les Promises de la Lance ne sont pas autorisées à avoir des enfants ? En tout cas, c’est ce qu’on m’a enseigné…
Bain et Chiad se regardèrent de nouveau, l’air de penser que la Fille-Héritière venait une fois encore de passer à côté de la vérité.
— Quand une Promise a un enfant, expliqua Aviendha, elle le remet aux Matriarches de son clan, qui le confient à une mère adoptive, mais en prenant soin qu’on ignore à jamais l’identité de la véritable génitrice.
L’Aielle semblait ennuyée, comme si elle avait dû donner un cours à quelqu’un pour lui apprendre que la pluie mouillait.
— Toutes les femmes sont prêtes à s’occuper d’un pareil enfant, puisqu’il pourrait très bien s’agir de Celui qui Vient avec l’Aube.
— La Promise peut aussi renoncer à la Lance et épouser le père de son enfant, dit Chiad.
— Oui, confirma Bain, il y a parfois des raisons de se détourner de la Lance…
Aviendha jeta à ses deux compagnes un regard un rien courroucé, puis elle continua comme si elles n’étaient pas venues perturber sa belle démonstration :
— Mais les Matriarches disent maintenant que l’Élu est ici, de l’autre côté du Mur du Dragon par rapport à notre désert. « Le sang de notre sang, mais mêlé à celui d’une antique lignée, et élevé par une femme de cette ancienne race. » Je ne comprends pas très bien ce que ça signifie, mais les Matriarches semblent sûres de leur fait. (Aviendha marqua une pause afin de choisir soigneusement ses mots.) Aes Sedai, tu as posé beaucoup de questions. Moi, je n’en poserai qu’une. Tu dois comprendre que nous sommes à la recherche d’augures et de signes. Pourquoi trois Aes Sedai arpentent-elles une terre où la seule main qui ne brandisse pas une arme appartient à quelqu’un de trop affamé pour en avoir encore la force ? Pourquoi, et pour aller où ?
— Tear, répondit Nynaeve. Sauf si nous restons ici à jacasser jusqu’à ce que le Cœur de la Pierre tombe en poussière !
Elayne ajusta ses bagages sur son épaule, comme si elle consentait à se remettre en chemin. Après une brève hésitation, Egwene l’imita.
Les Aielles se regardèrent, Jolien se pétrifiant alors qu’elle était en train de boutonner la tunique ocre de Dailin.
— Tear ? répéta Aviendha, dubitative. Trois Aes Sedai traversant une terre hostile pour gagner Tear ? Voilà qui est bien étrange. Pourquoi cette destination, Aes Sedai ?
Egwene regarda Nynaeve sans cacher son inquiétude.
Au nom de la Lumière ! il y a une minute, elles plaisantaient, et les voilà plus tendues que jamais.
— Nous poursuivons de très mauvaises femmes, répondit Nynaeve, mal à l’aise. Des Suppôts des Ténèbres…
— Des Tisseuses d’Ombres, dit Jolien avec une grimace, comme si ces mots lui laissaient un mauvais goût dans la bouche.
— Des Tisseuses d’Ombres à Tear…, ajouta Bain.
— Et trois Aes Sedai en route pour le Cœur de la Pierre, enchaîna Chiad.
— Quand ai-je dit que nous nous dirigions vers le Cœur de la Pierre ? J’ai précisé que je ne voulais pas m’attarder ici jusqu’à ce qu’il tombe en poussière, c’est tout… Egwene, Elayne, vous êtes prêtes ?
Sans attendre de réponse, l’ancienne Sage-Dame sortit à grands pas du bosquet, son bâton de marche martelant le sol.
Ses deux jeunes compagnes prirent le temps de dire adieu aux Aielles, puis elles lui emboîtèrent le pas.
Les quatre guerrières valides les regardèrent s’éloigner un long moment.
Dès que son amie et elle furent sorties du bosquet, Egwene soupira à pierre fendre.