Un lever de ténèbres
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #4
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 978-2-8205-0759-4
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Un lever de ténèbres». Краткое содержание книги:
Un grand pas en avant, certes, mais vers quelle destinée ? Censé sauver le monde, le jeune homme doit d’abord apprendre à maîtriser le saidin. Hélas, cette moitié masculine du Pouvoir de l’Unique est une arme à double tranchant. Car elle condamne à la folie et à la mort les hommes à qui elle offre la gloire et la puissance…
Mat freina soudain des quatre fers, s’immobilisant devant un des étranges artefacts. Un portique de pierre rouge polie bizarrement distordu – presque tortillé même, au point que l’œil avait du mal à en suivre les contours. Passant entre deux flèches de cristal à facettes aussi hautes que lui et des sortes de canevas remplis par ce qui semblait être un tissage de verre, Mat approcha du portique sans jamais le quitter des yeux.
C’était le jumeau du portique de Tear. La même pierre rouge polie, une taille identique, les mêmes coins tors… Le long de chaque montant, Mat remarqua trois lignes de triangles, tous avec la pointe en bas. Le ter’angreal de Tear portait-il les mêmes emblèmes ? Mat n’aurait su le dire, car il n’avait jamais tenté de mémoriser tous les détails du portique. Mais ça semblait être le même, et en réalité, il ne pouvait guère en être autrement.
Mat n’avait en principe plus la possibilité de traverser le portique de Tear. Mais celui-ci ? Devait-il cracher sur une seconde chance de rencontrer les serpents sur pattes et de leur arracher quelques réponses ?
Plissant de nouveau les yeux, il tenta de voir quelque chose entre les colonnes de verre. Combien de temps avait-il laissé à Rand ? Une heure ? C’était largement suffisant pour s’offrir une petite incursion dans le portique et en sortir. Si ça fonctionnait. Car après avoir utilisé le modèle de Tear, rien ne prouvait qu’il tirerait quelque chose de son double.
Ils sont identiques…
D’accord, mais essayer ne coûtait rien. À part se frotter une nouvelle fois au Pouvoir ?
— Et alors ? Les ter’angreal, les Pierres-Portails, Rhuidean… Une fois de plus ou de moins, quelle différence ça peut faire ?
Mat franchit le portique – en fait, il traversa un mur de lumière blanche aveuglante dans un vacarme si formidable qu’il aurait juré que les sons n’existaient plus.
Clignant des yeux, il regarda autour de lui et ravala le juron le plus cru qu’il connaissait. Où qu’il soit, il se trouvait quelque part où il n’était jamais venu.
Le portique, de l’« autre côté », se dressait au milieu d’une grande salle qui semblait en forme d’étoile, pour autant qu’on pouvait en juger en regardant à travers une série d’imposantes colonnes flûtées à huit arêtes, la plus saillante, de couleur jaune, diffusant une douce lumière. D’un noir brillant, à part cette arête-là, les colonnes jaillissaient du sol blanc pour aller se perdre dans les profondeurs obscures d’une voûte où même la douce lueur disparaissait.
Comme les colonnes, le sol semblait en verre. Quand il se baissa pour le toucher, Mat eut pourtant l’impression de toucher de la pierre. Une pierre couverte de poussière…
Mat s’essuya la main sur le devant de sa veste, puis il huma l’air et trouva qu’il sentait le moisi. Dans la poussière, il ne vit pas d’autres empreintes que les siennes. À l’évidence, personne n’était plus venu ici depuis très longtemps.
Déçu, le jeune homme se retourna vers le portique.
— Très, très longtemps, oui…, dit une voix dans son dos.
Mat se retourna et tenta de tirer de sa manche un couteau qui était resté avec les Matriarches, sur le flanc de la montagne. L’homme qui venait de parler et se tenait entre les colonnes ne ressemblait pas du tout aux serpents sur pattes. Son apparence incita Mat à regretter deux fois plus l’élan d’honnêteté qui l’avait incité à se démunir de toutes ses armes.
Très grand – davantage qu’un Aiel –, l’inconnu avait des épaules bien trop larges pour ses hanches et sa peau d’une blancheur maladive semblait trop fine pour être réelle. Des bandes de cuir cloutées d’argent se croisaient sur ses bras et son torse, autrement nus, et un kilt noir tombait jusqu’à ses genoux. Ses yeux trop grands et presque incolores étaient bien trop enfoncés dans son visage aux mâchoires étroites. Coupés très court, ses cheveux roux clair se dressaient sur son crâne telle une brosse et ses oreilles, aplaties contre son crâne, paraissaient très légèrement pointues.
En d’autres termes, ce type faisait penser à un renard qui s’apprêterait à bondir sur un poulet acculé contre un mur.
— Oui, très, très longtemps…, répéta l’homme d’une voix rauque. Te conformes-tu aux traités et aux pactes ? Ou portes-tu sur toi du fer, un instrument de musique ou un objet susceptible de produire de la lumière ?
— Je n’ai rien de tout ça…, répondit Mat.
L’endroit était différent, mais les questions se ressemblaient. Et son interlocuteur se comportait comme celui qui l’avait accueilli la fois précédente.
Il veut fouiller dans mes expériences passées, c’est ça ? Eh bien, qu’il le fasse ! S’il en ranime certaines, ça m’aidera à m’en souvenir…
Mat se demanda s’il était de nouveau en train de parler l’ancienne langue sans s’en apercevoir. Ne pas être en mesure de le dire était vraiment gênant, quand on y réfléchissait.
— Si tu peux me conduire quelque part où on répondra à mes questions, montre-moi le chemin ! Sinon, je vais m’en retourner d’où je viens, avec toutes mes excuses pour t’avoir dérangé.
— Non ! s’écria l’homme en clignant nerveusement des yeux. Tu ne dois pas partir. Suis-moi. Je vais te guider jusqu’au lieu où tu trouveras ce que tu cherches. Viens. (Il recula, faisant signe à Mat des deux mains.) Viens !
Après avoir jeté un coup d’œil au ter’angreal, Mat suivit son guide en regrettant que celui-ci ait cru bon de lui sourire. Ça partait sûrement d’un bon sentiment, mais ces dents plus semblables à des crocs…
Que ce soit pour les Matriarches ou pour la Chaire d’Amyrlin en personne, décida Mat, il ne se déferait plus jamais de tous ses couteaux.
Le grand portail pentagonal que le jeune homme franchit sur les talons du « renard » s’avéra être l’entrée d’un tunnel, car le couloir qui le prolongeait avait exactement la même taille et la même forme. Des bandes jaunes lumineuses couraient sur le sol et au plafond, fournissant une lumière plus que suffisante.
Franchissant d’autres portails pentagonaux, Mat eut le sentiment de s’enfoncer dans un corridor qui ne se terminerait jamais. L’homme en kilt cessa de marcher à reculons au bout d’un moment. Comme s’il voulait s’assurer que Mat le suivait, il se mit à jeter très régulièrement des coups d’œil par-dessus son épaule.
Ici, l’air ne sentait plus le moisi, mais une légère odeur de quelque chose de familier – et de très désagréable. Des relents ignobles, mais pas assez forts pour que Mat puisse les identifier.
À la première intersection, Mat jeta un coup d’œil sur le côté et découvrit une salle en forme d’étoile où des colonnes noires entouraient un portique en pierre rouge posé sur un sol blanc évoquant du verre. Dans la poussière, une série d’empreintes de bottes partaient du ter’angreal pour se diriger vers un portail pentagonal. Des traces de pieds nus partaient également de la lisière des colonnes.
Mat continua son chemin et jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Au lieu de donner sur une salle, le tunnel se prolongeait maintenant à l’infini, comme s’il était devenu le reflet de ce qui s’étendait devant lui.
Son guide tourna la tête et le gratifia d’un sourire de prédateur affamé. Et avec des crocs pareils, ça n’avait rien de rassurant.
Après ce qu’il avait vu de l’autre côté du premier portique, dans la Pierre, Mat songea qu’il aurait dû s’attendre à des bizarreries. Si des minarets pouvaient migrer d’une manière parfaitement illogique, pourquoi pas des salles ?