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Le vicomte de Bragelonne Tome IV

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome IV». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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Puis, étendant à son tour la main vers la poupe, c’est-à-dire vers sa chambre, il s’effaça pour laisser Aramis passer le premier.

Les trois Bretons, qui avaient monté derrière leur évêque, se regardaient stupéfaits.

Tout l’équipage faisait silence.

Cinq minutes après, le commandant appela le lieutenant en second, qui remonta aussitôt, en ordonnant de mettre le cap sur la Corogne.

Pendant qu’on exécutait l’ordre donné, Aramis reparut sur le pont et vint s’asseoir contre le bastingage.

La nuit était arrivée, la lune n’était point encore venue, et cependant Aramis regardait opiniâtrement du côté de Belle-Île. Yves s’approcha alors du commandant, qui était revenu prendre son poste à l’arrière, et, bien bas, bien humblement:

– Quelle route suivons-nous donc, capitaine? demanda-t-il.

– Nous suivons la route qu’il plaît à Monseigneur, répondit l’officier.

Aramis passa la nuit accoudé sur le bastingage.

Yves, en s’approchant de lui, remarqua, le lendemain, que cette nuit avait dû être bien humide, car le bois sur lequel s’était appuyée la tête de l’évêque était trempé comme d’une rosée.

Qui sait! cette rosée, c’était peut-être les premières larmes qui fussent tombées des yeux d’Aramis!

Quelle épitaphe eût valu celle-là, bon Porthos?

Chapitre CCLVIII – La ronde de M. de Gesvres

D’Artagnan n’était pas accoutumé à des résistances comme celle qu’il venait d’éprouver. Il revint à Nantes profondément irrité.

L’irritation, chez cet homme vigoureux, se traduisait par une impétueuse attaque, à laquelle peu de gens, jusqu’alors, fussent-ils rois, fussent-ils géants, avaient su résister.

D’Artagnan, tout frémissant alla, droit au château et demanda à parler au roi. Il pouvait être sept heures du matin, et, depuis son arrivée à Nantes, le roi était matinal.

Mais, en arrivant au petit corridor que nous connaissons, d’Artagnan trouva M. de Gesvres, qui l’arrêta fort poliment, en lui recommandant de ne pas parler haut, pour laisser reposer le roi.

– Le roi dort? dit d’Artagnan. Je le laisserai donc dormir. Vers quelle heure supposez-vous qu’il se lèvera?

– Oh! dans deux heures, à peu près: le roi a veillé toute la nuit.

D’Artagnan reprit son chapeau, salua M. de Gesvres et retourna chez lui.

Il revint à neuf heures et demie. On lui dit que le roi déjeunait.

– Voilà mon affaire, répliqua-t-il, je parlerai au roi tandis qu’il mange.

M. de Brienne fit observer à d’Artagnan que le roi ne voulait recevoir personne pendant ses repas.

– Mais, dit d’Artagnan en regardant Brienne de travers, vous ne savez peut-être pas, monsieur le secrétaire, que j’ai mes entrées partout et à toute heure.

Brienne prit doucement la main du capitaine, et lui dit:

– Pas à Nantes, cher monsieur d’Artagnan; le roi, en ce voyage, a changé tout l’ordre de sa maison.

D’Artagnan, radouci, demanda vers quelle heure le roi aurait fini de déjeuner.

– On ne sait, fit Brienne.

– Comment, on ne sait? Que veut dire cela? on ne sait combien le roi met à manger? C’est une heure, d’ordinaire, et, si j’admets que l’air de la Loire donne appétit, nous mettrons une heure et demie; c’est assez, je pense; j’attendrai donc ici.

– Oh! cher monsieur d’Artagnan, l’ordre est de ne plus laisser personne dans ce corridor; je suis de garde pour cela.

D’Artagnan sentit la colère monter une seconde fois à son cerveau. Il sortit bien vite, de peur de compliquer l’affaire par un coup de mauvaise humeur.

Comme il était dehors, il se mit à réfléchir.

«Le roi, dit-il, ne veut pas me recevoir, c’est évident; il est fâché, ce jeune homme; il craint les mots que je puis lui dire. Oui; mais, pendant ce temps, on assiège Belle-Île et l’on prend ou tue peut-être mes deux amis… Pauvre Porthos! Quant à maître Aramis, celui-là est plein de ressources, et je suis tranquille sur son compte… Mais, non, non, Porthos n’est pas encore invalide, et Aramis n’est pas un vieillard idiot. L’un avec ses bras, l’autre avec son imagination, vont donner de l’ouvrage aux soldats de Sa Majesté. Qui sait! si ces deux braves allaient refaire, pour l’édification de Sa Majesté Très Chrétienne, un petit bastion Saint-Gervais?… Je n’en désespère pas. Ils ont canon et garnison.

Cependant, continua d’Artagnan en secouant la tête, je crois qu’il vaudrait mieux arrêter le combat. Pour moi seul, je ne supporterais ni morgue ni trahison de la part du roi; mais, pour mes amis, rebuffades, insultes, je dois subir tout. Si j’allais chez M. Colbert? reprit-il. En voilà un auquel il va falloir que je prenne l’habitude de faire peur. Allons chez M. Colbert.

Et d’Artagnan se mit bravement en route. Il apprit là que M. Colbert travaillait avec le roi au château de Nantes.

– Bon! s’écria-t-il, me voilà revenu au temps où j’arpentais les chemins de chez M. Tréville au logis du cardinal du logis du cardinal chez la reine, de chez la reine chez Louis XIII. On a raison de dire qu’en vieillissant les hommes redeviennent enfants. Au château.

Il y retourna. M. de Lyonne sortait. Il donna ses deux mains à d’Artagnan et lui apprit que le roi travaillerait tout le soir, toute la nuit même, et que l’ordre était donné de ne laisser entrer personne.

– Pas même, s’écria d’Artagnan, le capitaine qui prend l’ordre? C’est trop fort!

– Pas même, dit M. de Lyonne.

– Puisqu’il en est ainsi, répliqua d’Artagnan blessé jusqu’au cœur, puisque le capitaine des mousquetaires, qui est toujours entré dans la chambre à coucher du roi, ne peut plus entrer dans le cabinet ou dans la salle à manger, c’est que le roi est mort ou qu’il a pris son capitaine en disgrâce. Dans l’un et l’autre cas, il n’en a plus besoin. Faites-moi le plaisir de rentrer, vous, monsieur de Lyonne, qui êtes en faveur, et dites tout nettement au roi que je lui envoie ma démission.

– D’Artagnan, prenez garde! s’écria de Lyonne.

– Allez, par amitié pour moi.

Et il le poussa doucement vers le cabinet.

– J’y vais, dit M. de Lyonne.

D’Artagnan attendit en arpentant le corridor.

Lyonne revint.

– Eh bien! qu’a dit le roi? demanda d’Artagnan.

– Le roi a dit que c’était bien, répondit de Lyonne.

– Que c’était bien! fit le capitaine avec explosion, c’est-à-dire qu’il accepte? Bon! me voilà libre. Je suis bourgeois, monsieur de Lyonne; au plaisir de vous revoir! Adieu, château, corridor, antichambre! un bourgeois qui va enfin respirer vous salue.

Et, sans plus attendre, le capitaine sauta hors de la terrasse dans l’escalier où il avait retrouvé les morceaux de la lettre de Gourville. Cinq minutes après, il rentrait dans l’hôtellerie où, suivant l’usage de tous les grands officiers qui ont logement au château, il avait pris ce qu’on appelait sa chambre de ville.

Mais là, au lieu de quitter son épée et son manteau, il prit des pistolets, mit son argent dans une grande bourse de cuir, envoya chercher ses chevaux à l’écurie du château, et donna des ordres pour gagner Vannes pendant la nuit.

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