Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
M. Lecoq n’avait ni favoris noirs, ni lunettes bleues.
Piquepuce leur dit, au moment où ils cherchaient à rassembler leurs souvenirs:
– À la niche, mes biches! Le rendez-vous tient à onze heures du matin, ici; vous verrez le maître à tous, M. Mathieu…
– Trois-Pattes est le maître à tous! s’écria Échalot. Et Similor, moins facile à étonner:
– Je m’en étais toujours douté que l’éclopé participait!
Il faisait encore nuit noire quand ils reprirent l’allée qui menait aux boulevards. Similor allait en avant, la poitrine élargie et le cœur agrandi.
– Comme quoi, dit-il, exhalant la pure joie de son triomphe, tu vois reluire à l’horizon tout l’éclat de notre avenir.
Échalot, dont le cœur et l’estomac étaient pleins, se précipita sur lui et le serra dans ses bras en murmurant:
– Le petit aura donc un sort!
Mais cette phrase se termina par un cri douloureux. Il s’arracha des bras de Similor pour tâter ses deux aisselles et son dos, places ordinaires de Saladin, Saladin n’y était pas; par un instinct touchant et comique, il fouilla dans ses poches: point de Saladin.
La mémoire lui revenait. Il poussa un bêlement plaintif et s’élança comme un trait vers La Galiote.
– Parbleu! disait ce stoïque Similor, pas de danger qu’on le vole! Il pressa le pas, parce qu’une clameur sourde arriva jusqu’à lui.
Un homme fuyait, traversant la chaussée et bientôt une voiture, arrêtée de l’autre côté du boulevard, s’éloigna au galop.
– On a tué la femme! râlait cependant Échalot agenouillé près du banc. On a tué deux femmes.
Il y avait, en effet, deux femmes couchées en tas au pied du banc dans une mare sanglante. Le réverbère voisin éclairait la tête de la comtesse Corona, appuyée contre le tas de poussière où dormait Saladin, et le visage d’albâtre d’Edmée Leber, encadré dans les masses mêlées de ses grands cheveux blonds.
IV La chose de tuer la femme
Il y avait eu deux actes de violence commis, dans l’espace de quelques minutes, sur deux points très différents quoique nous trouvions les deux «corps de délit» réunis sur le même banc du boulevard.
Les événements avaient marché pendant ces deux jours, comme le disait tout à l’heure la comtesse Corona. La portion de notre sujet, qui est la comédie de famille entre M. le baron Schwartz et sa femme, touchait presque à son dénouement, et tout ce qui dépendait de cette lutte allait être réglé dans le sens des volontés de la baronne, à moins qu’une influence étrangère et plus forte ne fit verser la balance à la dernière heure. M. Schwartz, tout entier à la suprême partie qu’il jouait avec une sombre résolution, laissait aller tout le reste. Il y avait dix à parier contre un que ces jeunes amours qui sont, dans cette histoire de velours, un très modeste accessoire; le roman de Michel et d’Edmée, le roman aussi de Blanche et de Maurice, allaient se dénouer le plus simplement du monde par une double union que rien désormais ne traverserait.
Mais était-ce bien la volonté de M. Schwartz ou même celle de la baronne, qui tenait lieu de destin dans ce petit monde où s’agitent nos personnages?…
Edmée avait passé une journée heureuse, mais pleine de fièvre, car sa santé, à peine remise, se brisait sous ces émotions. Blanche et sa mère étaient venues dans la pauvre retraite de Mme Leber. Un long, un suave baiser avait servi d’explication entre la baronne et Edmée. Une toilette de bal fraîche et charmante s’étalait sur sa simple couchette.
Pourtant, quelqu’un manquait. Michel n’assistait pas à cette douce fête. Longtemps, après le départ de ses hôtes, Edmée, qui l’attendait, s’était jetée tout habillée sur son lit, où l’engourdissement de la fatigue l’avait prise. À une heure qu’elle n’eût point su préciser, on frappa doucement à sa porte. Elle se leva, joyeuse, et croyant que c’était enfin Michel. Il faisait nuit; la lampe baissait, prête à s’éteindre. Ce fut M. Bruneau qui entra.
– Michel ne viendra pas, dit-il, répondant à l’expression de désappointement qui était dans le regard de la jeune fille. Puis il ajouta: On peut bien prendre quarante-huit heures de l’existence d’un homme pour lui sauvegarder toute une vie heureuse.
– J’ai confiance en vous, murmura Edmée, avec une sorte de craintif respect, confiance absolue. Je vous dois la vérité: Michel ne vous aime pas.
M. Bruneau se mit à sourire, ce qui rarement lui arrivait.
– Je crois bien! répondit-il; chaque fois qu’il veut se rompre le cou, je le gêne!
Il reprit le ton sérieux et demanda:
– Votre bonne mère dort-elle?
Sur la réponse affirmative d’Edmée, il remonta la lampe, et pénétra dans la chambre à coucher de la vieille dame. Edmée le suivit et le vit avec étonnement, qui enlevait le voile de gaze couvrant le brassard ciselé. En même temps, son regard s’étant tourné vers la fenêtre, elle remarqua que toutes les lumières de la maison étaient éteintes.
– Il est donc bien tard? murmura-t-elle. La pendule d’un voisin sonna trois heures.
– Je ne choisis pas mes moments, dit M. Bruneau avec sa tranquillité froide. D’ailleurs, il faut que la bonne dame retrouve ceci à son réveil. Demain, on lui en offrira une belle somme.
– Que voulez-vous faire? demanda Edmée, voyant qu’il plaçait le brassard sous sa houppelande.
– Vous allez le voir, ma fille, car vous m’accompagnerez, répliqua M. Bruneau. Il manque quelque chose à ce joujou-là, qui vous doit un peu de bien pour tant de mal qu’il vous a fait. Nous nous rendons ici près, à la forge d’un vieil ami à moi; dans une heure, vous rapporterez le brassard.
Edmée se coiffa aussitôt et jeta son mantelet sur ses épaules. La forge, voisine de l’estaminet de L’Épi-Scié, était tout allumée, et un ouvrier attendait.
On sait comment étaient fabriqués ces gantelets pleins que nous nommons des brassards. La carapace des crustacés dut en fournir la première idée. M. Bruneau, dont Edmée ne soupçonnait pas l’habileté, démonta la pièce en un tour de main et l’ouvrit comme on dépèce un homard. Le forgeron avait préparé trois séries ou franges, formées de tiges aiguisées. M. Bruneau les riva à l’intérieur en tournant leurs pointes libres, inclinées légèrement, par rapport au plan des anneaux, vers la poignée du gantelet. Puis il remonta la pièce aussi lestement qu’il l’avait désarticulée. Ce fut tout. Nous savons comme Edmée et lui se séparèrent.
Edmée allait d’un pas pénible et las, suivant le trottoir méridional du boulevard. Elle n’éprouvait point de frayeur dans cette solitude. L’accès de fièvre était venu. Elle se sentait la tête vide et cherchait à saisir de vagues pensées qui semblaient se jouer d’elle. À la hauteur du Café turc, un homme la croisa. C’est à peine si elle fit attention à lui.