L'île mystérieuse
- Автор: Verne Jules
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Biblioth
- Жанр: Прочая древняя литература
Электронная книга - «L'île mystérieuse». Краткое содержание книги:
CHAPITRE IX
La convalescence du jeune malade marchait régulièrement. Une seule chose était maintenant à désirer, c’était que son état permît de le ramener à Granite-House. Quelque bien aménagée et approvisionnée que fût l’habitation du corral, on ne pouvait y trouver le confortable de la saine demeure de granit. En outre, elle n’offrait pas la même sécurité, et ses hôtes, malgré leur surveillance, y étaient toujours sous la menace de quelque coup de feu des convicts. Là-bas, au contraire, au milieu de cet inexpugnable et inaccessible massif, ils n’auraient rien à redouter, et toute tentative contre leurs personnes devrait forcément échouer. Ils attendaient donc impatiemment le moment auquel Harbert pourrait être transporté sans danger pour sa blessure, et ils étaient décidés à opérer ce transport, bien que les communications à travers les bois du jacamar fussent très difficiles.
On était sans nouvelles de Nab, mais sans inquiétude à son égard. Le courageux nègre, bien retranché dans les profondeurs de Granite-House, ne se laisserait pas surprendre. Top ne lui avait pas été renvoyé, et il avait paru inutile d’exposer le fidèle chien à quelque coup de fusil qui eût privé les colons de leur plus utile auxiliaire.
On attendait donc, mais les colons avaient hâte d’être réunis à Granite-House. Il en coûtait à l’ingénieur de voir ses forces divisées, car c’était faire le jeu des pirates. Depuis la disparition d’Ayrton, ils n’étaient plus que quatre contre cinq, car Harbert ne pouvait compter encore, et ce n’était pas le moindre souci du brave enfant, qui comprenait bien les embarras dont il était la cause !
La question de savoir comment, dans les conditions actuelles, on agirait contre les convicts, fut traitée à fond dans la journée du 29 novembre entre Cyrus Smith, Gédéon Spilett et Pencroff, à un moment où Harbert, assoupi, ne pouvait les entendre.
« Mes amis, dit le reporter, après qu’il eut été question de Nab et de l’impossibilité de communiquer avec lui, je crois, comme vous, que se hasarder sur la route du corral, ce serait risquer de recevoir un coup de fusil sans pouvoir le rendre. Mais ne pensez-vous pas que ce qu’il conviendrait de faire maintenant, ce serait de donner franchement la chasse à ces misérables ?
– C’est à quoi je songeais, répondit Pencroff. Nous n’en sommes pas, je suppose, à redouter une balle, et, pour mon compte, si Monsieur Cyrus m’approuve, je suis prêt à me jeter sur la forêt ! Que diable ! un homme en vaut un autre !
– Mais en vaut-il cinq ? demanda l’ingénieur.
– Je me joindrai à Pencroff, répondit le reporter, et tous deux, bien armés, accompagnés de Top…
– Mon cher Spilett, et vous, Pencroff, reprit Cyrus Smith, raisonnons froidement. Si les convicts étaient gîtés dans un endroit de l’île, si cet endroit nous était connu, et s’il ne s’agissait que de les en débusquer, je comprendrais une attaque directe. Mais n’y a-t-il pas lieu de craindre, au contraire, qu’ils ne soient assurés de tirer le premier coup de feu ?
– Eh, Monsieur Cyrus, s’écria Pencroff, une balle ne va pas toujours à son adresse !
– Celle qui a frappé Harbert ne s’est pas égarée, Pencroff, répondit l’ingénieur. D’ailleurs, remarquez que si tous les deux vous quittiez le corral, j’y resterais seul pour le défendre. Répondez-vous que les convicts ne vous verront pas l’abandonner, qu’ils ne vous laisseront pas vous engager dans la forêt, et qu’ils ne l’attaqueront pas pendant votre absence, sachant qu’il n’y aura plus ici qu’un enfant blessé et un homme.
– Vous avez raison, Monsieur Cyrus, répondit Pencroff, dont une sourde colère gonflait la poitrine, vous avez raison. Ils feront tout pour reprendre le corral, qu’ils savent être bien approvisionné ! Et, seul, vous ne pourriez tenir contre eux ! Ah ! Si nous étions à Granite-House !
– Si nous étions à Granite-House, répondit l’ingénieur, la situation serait très différente ! Là, je ne craindrais pas de laisser Harbert avec l’un de nous, et les trois autres iraient fouiller les forêts de l’île. Mais nous sommes au corral, et il convient d’y rester jusqu’au moment où nous pourrons le quitter tous ensemble ! »
Il n’y avait rien à répondre aux raisonnements de Cyrus Smith, et ses compagnons le comprirent bien.
« Si seulement Ayrton eût encore été des nôtres ! dit Gédéon Spilett. Pauvre homme ! Son retour à la vie sociale n’aura été que de courte durée !
– S’il est mort ?… ajouta Pencroff d’un ton assez singulier.
– Espérez-vous donc, Pencroff, que ces coquins l’aient épargné ? demanda Gédéon Spilett.
– Oui ! S’ils ont eu intérêt à le faire !
– Quoi ! Vous supposeriez qu’Ayrton, retrouvant ses anciens complices, oubliant tout ce qu’il nous doit…
– Que sait-on ? répondit le marin, qui ne hasardait pas sans hésiter cette fâcheuse supposition.
– Pencroff, dit Cyrus Smith en prenant le bras du marin, vous avez là une mauvaise pensée, et vous m’affligeriez beaucoup si vous persistiez à parler ainsi ! Je garantis la fidélité d’Ayrton !
– Moi aussi, ajouta vivement le reporter.
– Oui… oui !… Monsieur Cyrus… j’ai tort, répondit Pencroff. C’est une mauvaise pensée, en effet, que j’ai eue là, et rien ne la justifie ! Mais que voulez-vous ? Je n’ai plus tout à fait la tête à moi. Cet emprisonnement au corral me pèse horriblement, et je n’ai jamais été surexcité comme je le suis !
– Soyez patient, Pencroff, répondit l’ingénieur.
– Dans combien de temps, mon cher Spilett, croyez-vous qu’Harbert puisse être transporté à Granite-House ?
– Cela est difficile à dire, Cyrus, répondit le reporter, car une imprudence pourrait entraîner des conséquences funestes. Mais enfin, sa convalescence se fait régulièrement, et si d’ici huit jours les forces lui sont revenues, eh bien, nous verrons ! »
Huit jours ! Cela remettait le retour à Granite-House aux premiers jours de décembre seulement.
À cette époque, le printemps avait déjà deux mois de date. Le temps était beau, et la chaleur commençait à devenir forte. Les forêts de l’île étaient en pleine frondaison, et le moment approchait où les récoltes accoutumées devraient être faites. La rentrée au plateau de Grande-vue serait donc suivie de grands travaux agricoles qu’interromprait seule l’expédition projetée dans l’île.
On comprend donc combien cette séquestration au corral devait nuire aux colons. Mais s’ils étaient obligés de se courber devant la nécessité, ils ne le faisaient pas sans impatience. Une ou deux fois, le reporter se hasarda sur la route et fit le tour de l’enceinte palissadée. Top l’accompagnait, et Gédéon Spilett, sa carabine armée, était prêt à tout événement.
Il ne fit aucune mauvaise rencontre et ne trouva aucune trace suspecte. Son chien l’eût averti de tout danger, et, comme Top n’aboya pas, on pouvait en conclure qu’il n’y avait rien à craindre, en ce moment du moins, et que les convicts étaient occupés dans une autre partie de l’île.
Cependant, à sa seconde sortie, le 27 novembre, Gédéon Spilett, qui s’était aventuré sous bois pendant un quart de mille, dans le sud de la montagne, remarqua que Top sentait quelque chose.
Le chien n’avait plus son allure indifférente ; il allait et venait, furetant dans les herbes et les broussailles, comme si son odorât lui eût révélé quelque objet suspect.