Monsieur Lecoq
- Автор: Габорио Эмиль
- Язык: французский
- Жанр: Классические детективы
Электронная книга - «Monsieur Lecoq». Краткое содержание книги:
– Et si nous ne réussissons pas! dit Maurice d’un air sombre, que me restera-t-il à faire?
C’était une question si terrible que le prêtre n’osa répondre. Tout le reste du chemin, Maurice et lui gardèrent le silence.
Ils arrivaient cependant, et Maurice reconnut combien avait été sage l’abbé Midon en l’empêchant de recourir à un déguisement.
Armés des pouvoirs les plus étendus, le duc de Sairmeuse et le marquis de Courtomieu avaient fait fermer toutes les portes de Montaignac, hormis une seule.
Par cette porte devaient passer ceux qui voulaient entrer ou sortir, et il s’y trouvait deux officiers qui examinaient les allants et venants, qui les interrogeaient, et qui, même, prenaient par écrit les noms et les signalements.
Au nom d’Escorval, ces deux officiers eurent un tressaillement trop visible pour échapper à Maurice.
– Ah!… vous savez ce qu’est devenu mon père!… s’écria-t-il.
– Le baron d’Escorval est prisonnier, monsieur, répondit un des officiers.
Si préparé que dût être Maurice à cette réponse, il pâlit.
– Est-il blessé? reprit-il vivement.
– Il n’a pas une égratignure!… mais entrez, monsieur, passez!…
Aux regards inquiets de ces officiers, on eût dit qu’ils craignaient de se compromettre en causant avec le fils d’un si grand coupable. Peut-être, en effet, se compromettaient-ils.
La voiture roula, et elle ne s’était pas avancée de cent mètres dans la Grand ’Rue, que déjà l’abbé Midon et Maurice avaient remarqué plusieurs affiches blanches collées aux murs…
– Il faut savoir ce que c’est, dirent-ils ensemble.
Ils firent arrêter la voiture près d’une affiche devant laquelle stationnait déjà un lecteur, ils descendirent et lurent cet ARRÊTÉ:
ARTICLE 1er. Les habitants de la maison dans laquelle sera trouvé le sieur Lacheneur seront livrés à une commission militaire pour être passés par les armes.
ARTICLE II. Il est accordé à celui qui livrera mort ou vif ledit sieur Lacheneur, une somme de 20, 000 francs pour gratification.
Cela était signé: duc de Sairmeuse.
– Dieu soit loué!… s’écria Maurice; le père de Marie-Anne est sauvé!… Il avait un bon cheval, et en deux heures…
Un coup de coude et un coup d’œil de l’abbé Midon l’arrêtèrent.
L’abbé lui montrait l’homme arrêté près d’eux… Cet homme n’était autre que Chupin.
Le vieux maraudeur les avait reconnus aussi, car il se découvrit devant le curé de Sairmeuse, et avec des regards où flamboyaient les plus ardentes convoitises, il dit: – Vingt mille francs!… c’est une somme cela! En la plaçant à fonds perdus, on vivrait des revenus sa vie durant!…
L’abbé Midon et Maurice frissonnaient en remontant en voiture. Il leur avait été impossible de se méprendre à l’accent de Chupin.
L’énormité de la somme promise avait ébloui le misérable et le fascinait jusqu’à ce point de lui arracher son masque de cautèle accoutumée.
Il s’était trahi. Il avait laissé entrevoir ses détestables projets et quelles espérances abominables s’agitaient dans les boues de son âme.
– Lacheneur est perdu si cet homme découvre sa retraite, murmura le curé de Sairmeuse.
– Par bonheur, répondit Maurice, il doit avoir franchi la frontière, il y a cent à parier contre un qu’il est désormais hors de toute atteinte.
– Et si vous vous trompiez?… Si, blessé et perdant son sang, Lacheneur n’avait eu que bien juste la force de se traîner jusqu’à la maison la plus proche pour y demander l’hospitalité?…
– Oh!… monsieur l’abbé, je connais nos paysans!… Il n’en est pas un qui soit capable de vendre lâchement un proscrit!…
Ce noble enthousiasme de la jeunesse arracha au prêtre le douloureux sourire de l’expérience.
– Vous oubliez, reprit-il, les menaces affichées à côté des provocations à la trahison et au meurtre. Tel qui ne voudrait pas souiller ses mains du prix du sang, peut être saisi du vertige de la peur.
Ils suivaient alors la grande rue, et ils étaient frappés de l’aspect morne de Montaignac, cette petite ville si vivante et si gaie d’ordinaire.
La consternation et l’épouvante y régnaient. Les boutiques étaient fermées, les volets des maisons restaient clos. Partout un silence lugubre. On eût dit un deuil général et que chaque famille avait perdu quelqu’un de ses membres.
La démarche des rares passants était inquiète et singulière. Ils se hâtaient, en jetant de tous côtés des regards défiants.
Deux ou trois qui étaient des connaissances du baron et qui croisèrent la voiture se détournèrent d’un air effrayé pour éviter de saluer…
L’abbé Midon et Maurice devaient trouver l’explication de ces terreurs à l’hôtel où ils avaient donné l’ordre à leur cocher de les conduire.
Ils lui avaient désigné l’Hôtel de France, où descendait le baron d’Escorval quand il venait à Montaignac, et dont le propriétaire n’était autre que Langeron, cet ami de Lacheneur, qui, le premier, avait donné avis de l’arrivée du duc de Sairmeuse.
Ce brave homme, en apprenant quels hôtes lui arrivaient, alla au-devant d’eux jusqu’au milieu de la cour, sa toque blanche à la main.
Ce jour-là, cette politesse était de l’héroïsme.
Etait-il du complot? on l’a toujours cru.
Le fait est qu’il invita Maurice et l’abbé à se rafraîchir, de façon à leur donner à entendre qu’il avait à leur parler, et il les conduisit à une chambre où il savait être à l’abri de toute indiscrétion.
Grâce à un des valets de chambre du duc de Sairmeuse qui fréquentait son établissement, il en savait autant que l’autorité, il en savait plus, même, puisqu’il avait en même temps des informations par ceux des conjurés qui étaient restés en liberté.
Par lui, l’abbé Midon et Maurice eurent leurs premiers renseignements positifs.
D’abord on était sans nouvelles de Lacheneur, non plus que de son fils Jean; ils avaient échappé aux plus ardentes recherches.
En second lieu, il y avait jusqu’à ce moment deux cents prisonniers à la citadelle, et parmi eux le baron d’Escorval et Chanlouineau.
Enfin, depuis le matin, il n’y avait pas eu moins de soixante arrestations à Montaignac même.
On pensait généralement que ces arrestations étaient l’œuvre d’un traître, et la ville entière tremblait…
Mais M. Langeron connaissait leur véritable origine, qui lui avait été confiée, sous le sceau du secret, par son habitué le valet de chambre.