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Germinal

Электронная книга - «Germinal». Краткое содержание книги:

Les Rougon-Macquart: histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire. XIII (1885)
Le milieu ouvrier minier, dans le nord de la France à la fin du XIXe siècle, les premières revendications des mineurs, la grève qui tourne à la violence…
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Catherine, résignée, avait appuyé contre la veine sa tête endolorie, lorsqu’un tressaillement la redressa.

– Ecoute! dit-elle.

D’abord, Etienne crut qu’elle parlait du petit bruit de l’eau montant toujours. Il mentit, il voulut la tranquilliser.

– C’est moi que tu entends, je remue les jambes.

– Non, non, pas ça… Là-bas, écoute!

Et elle collait son oreille au charbon. Il comprit, il fit comme elle. Une attente de quelques secondes les étouffa. Puis, très lointains, très faibles, ils entendirent trois coups, largement espacés. Mais ils doutaient encore, leurs oreilles sonnaient, c’étaient peut-être des craquements dans la couche. Et ils ne savaient avec quoi frapper pour répondre.

Etienne eut une idée.

– Tu as les sabots. Sors les pieds, tape avec les talons.

Elle tapa, elle battit le rappel des mineurs; et ils écoutèrent, et ils distinguèrent de nouveau les trois coups, au loin. Vingt fois ils recommencèrent, vingt fois les coups répondirent. Ils pleuraient, ils s’embrassaient, au risque de perdre l’équilibre. Enfin, les camarades étaient là, ils arrivaient. C’était un débordement de joie et d’amour qui emportait les tourments de l’attente, la rage des appels longtemps inutiles, comme si les sauveurs n’avaient eu qu’à fendre la roche du doigt, pour les délivrer.

– Hein! criait-elle gaiement, est-ce une chance que j’aie appuyé la tête!

– Oh! tu as une oreille! disait-il à son tour. Moi, je n’entendais rien.

Dès ce moment, ils se relayèrent, toujours l’un d’eux écoutait, prêt à correspondre, au moindre signal. Ils saisirent bientôt des coups de rivelaine: on commençait les travaux d’approche, on ouvrait une galerie. Pas un bruit ne leur échappait. Mais leur joie tomba. Ils avaient beau rire, pour se tromper l’un l’autre, le désespoir les reprenait peu à peu. D’abord, ils s’étaient répandus en explications: on arrivait évidemment par Réquillart, la galerie descendait dans la couche, peut-être en ouvrait-on plusieurs, car il y avait trois hommes à l’abattage. Puis ils parlèrent moins, ils finirent par se taire, quand ils en vinrent à calculer la masse énorme qui les séparait des camarades. Muets, ils continuaient leurs réflexions, ils comptaient les journées et les journées qu’un ouvrier mettrait à percer un tel bloc. Jamais on ne les rejoindrait assez tôt, ils seraient morts vingt fois. Et, mornes, n’osant plus échanger une parole dans ce redoublement d’angoisse, ils répondaient aux appels d’un roulement de sabots, sans espoir, en ne gardant que le besoin machinal de dire aux autres qu’ils vivaient encore.

Un jour, deux jours se passèrent. Ils étaient au fond depuis six jours. L’eau, arrêtée à leurs genoux, ne montait ni ne descendait; et leurs jambes semblaient fondre, dans ce bain de glace. Pendant une heure, ils pouvaient bien les retirer; mais la position devenait alors si incommode, qu’ils étaient tordus de crampes atroces et qu’ils devaient laisser retomber les talons. Toutes les dix minutes, ils se remontaient d’un coup de reins, sur la roche glissante. Les cassures du charbon leur défonçaient l’échine, ils éprouvaient à la nuque une douleur fixe et intense, d’avoir à la tenir ployée constamment, pour ne pas se briser le crâne. Et l’étouffement croissait, l’air refoulé par l’eau se comprimait dans l’espèce de cloche où ils se trouvaient enfermés. Leur voix, assourdie, paraissait venir de très loin. Des bourdonnements d’oreilles se déclarèrent, ils entendaient les volées d’un tocsin furieux, le galop d’un troupeau sous une averse de grêle, interminable.

D’abord, Catherine souffrit horriblement de la faim. Elle portait à sa gorge ses pauvres mains crispées, elle avait de grands souffles creux, une plainte continue, déchirante, comme si une tenaille lui eût arraché l’estomac. Etienne, étranglé par la même torture, tâtonnait fiévreusement dans l’obscurité, lorsque, près de lui, ses doigts rencontrèrent une pièce du boisage, à moitié pourrie, que ses ongles émiettaient. Et il en donna une poignée à la herscheuse, qui l’engloutit goulûment. Durant deux journées, ils vécurent de ce bois vermoulu, ils le dévorèrent tout entier, désespérés de l’avoir fini, s’écorchant à vouloir entamer les autres, solides encore, et dont les fibres résistaient. Leur supplice augmenta, ils s’enrageaient de ne pouvoir mâcher la toile de leurs vêtements. Une ceinture de cuir qui le serrait à la taille les soulagea un peu. Il en coupa de petits morceaux avec les dents, et elle les broyait, s’acharnait à les avaler. Cela occupait leurs mâchoires, leur donnait l’illusion qu’ils mangeaient. Puis, quand la ceinture fut achevée, ils se remirent à la toile, la suçant pendant des heures.

Mais, bientôt, ces crises violentes se calmèrent, la faim ne fut plus qu’une douleur profonde, sourde, l’évanouissement même, lent et progressif, de leurs forces. Sans doute, ils auraient succombé, s’ils n’avaient pas eu de l’eau, tant qu’ils en voulaient. Ils se baissaient simplement, buvaient dans le creux de leur main; et cela à vingt reprises, brûlés d’une telle soif, que toute cette eau ne pouvait l’étancher.

Le septième jour, Catherine se penchait pour boire, lorsqu’elle heurta de la main un corps flottant devant elle.

– Dis donc, regarde… Qu’est-ce que c’est?

Etienne tâta dans les ténèbres.

– Je ne comprends pas, on dirait la couverture d’une porte d’aérage.

Elle but, mais comme elle puisait une seconde gorgée, le corps revint battre sa main. Et elle poussa un cri terrible.

– C’est lui, mon Dieu!

– Qui donc?

– Lui, tu sais bien? J’ai senti ses moustaches.

C’était le cadavre de Chaval, remonté du plan incliné, poussé jusqu’à eux par la crue. Etienne allongea le bras, sentit aussi les moustaches, le nez broyé; et un frisson de répugnance et de peur le secoua. Prise d’une nausée abominable, Catherine avait craché l’eau qui lui restait à la bouche. Elle croyait qu’elle venait de boire du sang, que toute cette eau profonde, devant elle, était maintenant le sang de cet homme.

– Attends, bégaya Etienne, je vais le renvoyer.

Il donna un coup de pied au cadavre, qui s’éloigna. Mais, bientôt, ils le sentirent de nouveau qui tapait dans leurs jambes.

– Nom de Dieu! va-t-en donc!

Et, la troisième fois, Etienne dut le laisser. Quelque courant le ramenait. Chaval ne voulait pas partir, voulait être avec eux, contre eux. Ce fut un affreux compagnon, qui acheva d’empoisonner l’air. Pendant toute cette journée, ils ne burent pas, luttant, aimant mieux mourir; et, le lendemain seulement, la souffrance les décida: ils écartaient le corps à chaque gorgée, ils buvaient quand même. Ce n’était pas la peine de lui casser la tête, pour qu’il revînt entre lui et elle, entêté dans sa jalousie. Jusqu’au bout, il serait là, même mort, pour les empêcher d’être ensemble.

Encore un jour, et encore un jour. Etienne, à chaque frisson de l’eau, recevait un léger coup de l’homme qu’il avait tué, le simple coudoiement d’un voisin qui rappelait sa présence. Et, toutes les fois, il tressaillait. Continuellement, il le voyait, gonflé, verdi, avec ses moustaches rouges, dans sa face broyée. Puis, il ne se souvenait plus, il ne l’avait pas tué, l’autre nageait et allait le mordre. Catherine, maintenant, était secouée de crises de larmes, longues, interminables, après lesquelles un accablement l’anéantissait. Elle finit par tomber dans un état de somnolence invincible. Il la réveillait, elle bégayait des mots, elle se rendormait tout de suite, sans même soulever les paupières; et, de crainte qu’elle ne se noyât, il lui avait passé un bras à la taille. C’était, lui, maintenant, qui répondait aux camarades. Les coups de rivelaine approchaient, il les entendait derrière son dos. Mais ses forces diminuaient aussi, il avait perdu tout courage à taper. On les savait là, pourquoi se fatiguer encore? Cela ne l’intéressait plus, qu’on pût venir. Dans l’hébétement de son attente, il en était, pendant des heures, à oublier ce qu’il attendait.

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