Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
À son retour, Roche était éveillé, allongé dans des rais de lumière fuligineuse. Elle s’agenouilla et lui présenta une tasse d’eau. Elle soutint sa tête pour qu’il pût boire.
— C’est la maladie bleue, dit-il.
— Vous n’en mourrez pas, lui affirma-t-elle.
Quatre-vingt-dix pour cent. Quatre-vingt-dix pour cent.
— Vous devez m’entendre en confession.
Non. Il ne devait pas mourir. Elle ne voulait pas rester seule. Elle secoua la tête, incapable de parler.
— Bénissez-moi parce que j’ai péché, commença-t-il en latin.
C’était faux. Il avait soigné les malades, confessé les agonisants, enterré les morts. C’était Dieu qui aurait dû implorer son pardon.
— … en pensée, en parole, par action et par omission. J’ai nourri du ressentiment envers Dame Imeyne. Je me suis emporté contre Maisry.
Il ravala sa salive.
— J’ai eu des pensées impures pour une sainte envoyée par le Seigneur.
Des pensées impures !
— J’en demande humblement pardon à Dieu et vous implore de m’accorder votre absolution, si vous m’en jugez digne.
Il n’y a rien à pardonner, eût-elle aimé lui dire. Vos péchés n’en sont pas. Vous vous reprochez des désirs bien naturels alors que nous avons dû immobiliser Rosemonde en employant la force, refuser notre hospitalité à un garçon inoffensif, enterrer un bébé de six mois. C’est la fin du monde. Ce ne sont pas quelques péchés véniels qui ont changé quoi que ce soit à cette situation.
Elle leva la main, trop émue pour pouvoir prononcer l’absolution. Mais il ne sembla rien remarquer.
— Ô mon Dieu ! fit-il. Je regrette tant de Vous avoir offensé.
Vous êtes un saint, voulait-elle lui dire. Et où est-Il ? Pourquoi ne vient-Il pas vous sauver ?
Ils n’avaient plus d’huile. Elle trempa les doigts dans le seau et traça le signe de la croix sur ses yeux, ses oreilles, son nez, sa bouche et ses mains qui avaient tenu les siennes pendant sa propre agonie.
— Quid quid deliquiste, dit-il.
Elle humidifia à nouveau son majeur et son index pour reproduire le symbole sur la plante de ses pieds.
— Libéra nos, quaesumus, Domine, lui souffla-t-il.
— Ab omnibus malis, praeteritis, praesentibus et futuris.
Délivrez-nous du mal, passé, présent et à venir.
— Perducat te ad vitam aeternam, murmura-t-il.
Qu’Il te conduise à la vie éternelle…
— Amen, dit-elle.
Elle se pencha pour essuyer le sang qui coulait de sa bouche.
Il vomit toute la nuit et la majeure partie du lendemain. Il sombra dans l’inconscience en fin d’après-midi. Sa respiration était superficielle et hachée. Elle demeura à son côté, pour humidifier son front brûlant.
— Ne mourez pas ! l’implora-t-elle lorsque les sifflements s’interrompirent un court instant. Ne mourez pas ! Que ferai-je, sans vous ? Je ne veux pas rester seule.
— Vous devez repartir, lui dit-il.
Ses paupières enflées s’entrouvrirent, sur des yeux injectés de sang.
— Je croyais que vous dormiez, s’excusa-t-elle. Je ne voulais pas vous réveiller.
— Retournez aux Cieux et priez pour mon âme, afin que mon séjour au Purgatoire soit abrégé.
Son séjour au Purgatoire ! Comme si Dieu avait pu ajouter à ses souffrances.
— Vous n’aurez pas besoin de mes prières pour aller directement au Paradis.
— Retournez d’où vous venez.
Il leva la main devant son visage. Il semblait vouloir parer un coup de poing.
Kivrin saisit son poignet et l’immobilisa, avec douceur pour ne pas le meurtrir.
Retournez d’où vous venez ! Je ne le peux pas, se dit-elle. Elle se demanda pendant combien de jours ils avaient laissé le passage ouvert avant de renoncer. Quatre ? Le transmetteur fonctionnait peut-être encore. M. Dunworthy devait s’être opposé à ce qu’ils ferment la porte temporelle tant que subsistait un espoir. Mais cet espoir était vain. Je ne suis pas en 1320, j’assiste à la fin du monde.
— Je ne connais pas le chemin.
Roche libéra son poignet et agita sa main.
— Essayez de vous en souvenir. Au-delà de cette fourche…
Il délirait. Elle s’agenouilla, au cas où il eût à nouveau désiré se lever…
— Là où vous êtes tombée, au-delà de la fourche.
Il utilisait son autre main pour soutenir le coude du bras qu’il tendait. Elle comprit qu’il lui désignait quelque chose.
Au-delà de la fourche.
— Qu’y a-t-il, là-bas ?
— La clairière où je vous ai trouvée, à votre descente des Cieux.
— N’est-ce pas Gawyn qui m’a découverte ?
— Si, répondit-il, comme si ses propos n’étaient pas contradictoires. Je l’ai rencontré sur la route du manoir. Le lieu dont je vous parle se situe là où Agnès a fait cette mauvaise chute. Le jour où nous sommes allés chercher le houx.
Pourquoi ne pas me l’avoir dit quand nous étions sur place ? s’interrogea Kivrin. Mais elle connaissait la réponse. Comme elle le lui avait demandé, il l’avait tout d’abord conduite là où Gawyn l’avait trouvée, et non sur les lieux de son apparition en ce siècle. Et ensuite l’âne récalcitrant avait accaparé son attention.
Il m’a vue arriver, pensa-t-elle. Et elle sut qui était venu se tenir au-dessus d’elle alors qu’elle gisait dans la clairière avec un bras sur le visage. Je l’ai entendu, j’ai vu l’empreinte de sa chaussure.
— Vous devez retourner là-bas et remonter aux Cieux, dit-il en fermant les yeux.
Il avait assisté à sa matérialisation et s’était approché pendant qu’elle gardait les yeux clos. Il l’avait ensuite hissée sur son âne. Elle ne s’était doutée de rien, pas même lorsqu’elle l’avait vu dans l’église ou quand Agnès lui avait déclaré qu’il la prenait pour une sainte.
Parce que Gawyn affirmait qu’il l’avait découverte. Un vantard qui s’était fixé pour but d’attirer l’attention de Dame Eliwys par des exploits imaginaires. Ne lui avait-il pas déclaré qu’il l’avait trouvée et amenée au manoir ? Mais peut-être ne considérait-il pas cela comme un mensonge. Un curé de campagne était en fin de compte quantité négligeable. Et pendant que Rosemonde agonisait, que Gawyn partait pour Bath et que la porte temporelle s’ouvrait et se fermait pour finir par se clore définitivement, Roche aurait pu lui révéler où se situait la clairière.
— Rester à mon côté est sans objet, on doit attendre votre retour, là-haut.
— Chut, fit-elle doucement. Essayez de dormir.
Il sombra dans un sommeil agité. Il déplaçait sans cesse les mains, pour tirer et repousser les couvertures, ou tenter de gratter son aine. Pauvre homme, pensa-t-elle. Aucune indignité ne lui sera épargnée.
Elle croisa ses mains sur sa poitrine et les couvrit, mais il se débattit et souleva sa tunique, pour loucher son bas-ventre. Il frissonna et écarta la main. Ses mouvements frénétiques rappelèrent à Kivrin l’agitation de Rosemonde.
Elle fronça les sourcils. Qu’il eût vomi du sang l’incitait à croire qu’il avait pris la peste pulmonaire, cela et le fait qu’elle n’avait vu aucun bubon sous son bras lorsqu’elle lui avait retiré son manteau. Elle repoussa sa soutane pour regarder son haut-de-chausses en laine au tissage grossier. Elle comprit qu’elle ne pourrait jamais le lui ôter et le bas de l’aube glissée à l’intérieur formait des protubérances qui l’empêchaient de voir quoi que ce soit.