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La Mare Au Diable

Электронная книга - «La Mare Au Diable». Краткое содержание книги:

La Mare au Diable est un lieu maudit o? souffle l'angoisse. Pr?s d'elle se d?roule toute l'histoire. Un paysan, veuf avec ses enfants, cherche femme. Qui ?pousera-t-il? celle qu'on lui a promise, ou une pauvre paysanne, harcel?e par son patron? Cette petite Marie est l'?me d'un paysage de r?ve, et l'embl?me de l'enfance ?ternelle. Un roman d'amour, mais travers? par le cri des chiens fous, la nu?e sanglotante des oiseaux, le fossoyeur ?pileptique. La voix de la terre s'y accorde avec celle de l'Ame enfantine: George Sand y parle avec force du sol natal et des premiers souvenirs.
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– Pourquoi donc pas, Germain? Je ne sais pourquoi vous avez une mauvaise idée touchant cette femme; vous en reviendrez!

– Au diable la femme! dit Germain. Je voudrais en être revenu pour n’y plus retourner. Qu’ai-je besoin d’une femme que je ne connais pas?

– Mon petit père, dit l’enfant, pourquoi donc est-ce que tu parles toujours de ta femme aujourd’hui puisqu’elle est morte?…

– Hélas! tu ne l’as donc pas oubliée, toi, ta pauvre chère mère?

– Non, puisque je l’ai vu mettre dans une belle boîte de bois blanc et que ma grand’mère m’a conduit auprès pour l’embrasser et lui dire adieu!… Elle était toute blanche et toute froide, et tous les soirs ma tante me fait prier le bon Dieu pour qu’elle aille se réchauffer avec lui dans le ciel. Crois-tu qu’elle y soit, à présent?

– Je l’espère, mon enfant; mais il faut toujours prier, ça fait voir à ta mère que tu l’aimes.

– Je vas dire ma prière, reprit l’enfant; je n’ai pas pensé à la dire ce soir. Mais je ne peux pas la dire tout seul; j’en oublie toujours un peu. Il faut que la petite Marie m’aide.

– Oui, mon Pierre, je vas t’aider, dit la jeune fille. Viens là, te mettre à genoux sur moi.

L’enfant s’agenouilla sur la jupe de la jeune fille, joignit ses petites mains et se mit à réciter sa prière, d’abord avec attention et ferveur, car il savait très bien le commencement; puis avec plus de lenteur et d’hésitation, et enfin répétant mot à mot ce que lui dictait la petite Marie, lorsqu’il arriva à cet endroit de son oraison où, le sommeil le gagnant chaque soir, il n’avait jamais pu l’apprendre jusqu’au bout. Cette fois encore, le travail de l’attention et la monotonie de son propre accent produisirent leur effet accoutumé, il ne prononça plus qu’avec effort les dernières syllabes, et encore après se les être fait répéter trois fois; sa tête s’appesantit et se pencha sur la poitrine de Marie: ses mains se détendirent, se séparèrent et retombèrent ouvertes sur ses genoux. À la lueur du feu du bivouac, Germain regarda son petit ange assoupi sur le cœur de la jeune fille qui, le soutenant dans ses bras et réchauffant ses cheveux blonds de sa pure haleine, s’était laissée aller aussi à une rêverie pieuse et priait mentalement pour l’âme de Catherine.

Germain fut attendri, chercha ce qu’il pourrait dire à la petite Marie pour lui exprimer ce qu’elle lui inspirait d’estime et de reconnaissance, mais ne trouva rien qui pût rendre sa pensée. Il s’approcha d’elle pour embrasser son fils qu’elle tenait toujours pressé contre son sein, et il eut peine à détacher ses lèvres du front du petit Pierre.

– Vous l’embrassez trop fort, lui dit Marie en repoussant doucement la tête du laboureur, vous allez le réveiller. Laissez-moi le recoucher puisque le voilà reparti pour les rêves du paradis.

L’enfant se laissa coucher mais, en s’étendant sur la peau de chèvre du bât, il demanda s’il était sur la Grise. Puis, ouvrant ses grands yeux bleus et les tenant fixés vers les branches pendant une minute, il parut rêver tout éveillé ou être frappé d’une idée qui avait glissé dans son esprit durant le jour, et qui s’y formulait à l’approche du sommeil.

– Mon petit père, dit-il, si tu veux me donner une autre mère, je veux que ce soit la petite Marie.

Et sans attendre de réponse, il ferma les yeux et s’endormit.

X. Malgré le froid

La petite Marie ne parut pas faire d’autre attention aux paroles bizarres de l’enfant que de les regarder comme une preuve d’amitié; elle l’enveloppa avec soin, ranima le feu et, comme le brouillard endormi sur la mare voisine ne paraissait nullement près de s’éclaircir, elle conseilla à Germain de s’arranger auprès du feu pour faire un somme.

– Je vois que cela vous vient déjà, lui dit-elle, car vous ne dites plus mot et vous regardez la braise comme votre petit faisait tout à l’heure. Allons, dormez, je veillerai à l’enfant et à vous.

– C’est toi qui dormiras, répondit le laboureur, et moi je vous garderai tous les deux, car jamais je n’ai eu moins envie de dormir; j’ai cinquante idées dans la tête.

– Cinquante, c’est beaucoup, dit la fillette avec une intention un peu moqueuse; il y a tant de gens qui seraient heureux d’en avoir une!

– Eh bien! si je ne suis pas capable d’en avoir cinquante, j’en ai du moins une qui ne me lâche pas depuis une heure.

– Et je vas vous la dire, ainsi que celles que vous aviez auparavant.

– Eh bien! oui, dis-la si tu la devines, Marie; dis-la-moi toi-même, ça me fera plaisir.

– Il y a une heure, reprit-elle, vous aviez l’idée de manger… et à présent vous avez l’idée de dormir.

– Marie, je ne suis qu’un bouvier, mais vraiment tu me prends pour un bœuf. Tu es une méchante fille, et je vois bien que tu ne veux point causer avec moi. Dors donc, cela vaudra mieux que de critiquer un homme qui n’est pas gai.

– Si vous voulez causer, causons, dit la petite fille en se couchant à demi auprès de l’enfant, et en appuyant sa tête contre le bât. Vous êtes en train de vous tourmenter, Germain, et en cela vous ne montrez pas beaucoup de courage pour un homme. Que ne dirais-je pas, moi, si je ne me défendais pas de mon mieux contre mon propre chagrin?

– Oui, sans doute, et c’est là justement ce qui m’occupe, ma pauvre enfant! Tu vas vivre loin de tes parents et dans un vilain pays de landes et de marécages où tu attraperas les fièvres d’automne, où les bêtes à laine ne profitent pas, ce qui chagrine toujours une bergère qui a bonne intention; enfin tu seras au milieu d’étrangers qui ne seront peut-être pas bons pour toi, qui ne comprendront pas ce que tu vaux. Tiens, ça me fait plus de peine que je ne peux te le dire et j’ai envie de te remmener chez ta mère au lieu d’aller à Fourche.

– Vous parlez avec beaucoup de bonté mais sans raison, mon pauvre Germain; on ne doit pas être lâche pour ses amis, et au lieu de me montrer le mauvais côté de mon sort, vous devriez m’en montrer le bon, comme vous faisiez quand nous avons goûté chez la Rebec.

– Que veux-tu! ça me paraissait ainsi dans ce moment-là, et à présent ça me paraît autrement. Tu ferais mieux de trouver un mari.

– Ça ne se peut pas, Germain, je vous l’ai dit; et comme ça ne se peut pas, je n’y pense pas.

– Mais enfin si ça se trouvait? Peut-être que si tu voulais me dire comment tu souhaiterais qu’il fût, je parviendrais à imaginer quelqu’un.

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