Le chagrin d'Odin le Goth [The Sorrow of Odin the Goth - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2007
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-079-3
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le chagrin d'Odin le Goth [The Sorrow of Odin the Goth - fr]». Краткое содержание книги:
Il était également présent le jour où Waluburg donna naissance à son premier enfant, un garçon qui reçut le nom de Tharasmund. La même année naissait Ermanaric, le premier des fils du roi Geberic destinés à atteindre l’âge adulte.
Waluburg donna à son époux bien d’autres enfants robustes. Mais Dagobert demeurait agité ; on disait que c’était le sang de son père qui parlait, qu’il entendait l’appel du vent au bord du monde. Lorsqu’il revint d’un nouveau voyage, il annonça qu’un seigneur romain du nom de Constantin était devenu le seul maître de l’Empire après avoir terrassé tous ses rivaux.
Peut-être que cette nouvelle enflamma Geberic, dont la vigilance ne s’était jamais relâchée. Après avoir renforcé l’alliance des Goths, il les mobilisa pour mettre enfin un terme à la menace vandale.
Dagobert venait de décider qu’il migrerait vers le Sud. Le Vagabond lui avait dit que c’était une bonne idée ; tel serait en fait le destin des Goths, et il serait bien inspiré de les précéder afin de se choisir les meilleures terres. Il alla s’entretenir de ce projet avec divers yeomen, car, ainsi que le lui avait dit son grand-père, il avait intérêt à partir en force. Mais lorsque fut lâchée la flèche de guerre, son honneur lui commandait de la suivre. Il partit en guerre à la tête d’une centaine d’hommes.
La campagne fut rude et s’acheva par une bataille qui devait engraisser les loups et les corbeaux. Visimar, le roi vandale, y trouva la mort. Ainsi hélas que les deux oncles de Dagobert, qui avaient espéré l’accompagner. Le jeune homme sortit indemne des combats, sa réputation de vaillance encore accrue. Certains murmuraient que le Vagabond l’avait aidé, allant jusqu’à repousser ses adversaires, mais il le nia farouchement. « Mon père était à mes côtés la veille de la bataille, c’est vrai, mais la veille seulement. Nous avons parlé de maintes choses fabuleuses. Je lui ai demandé de ne pas combattre à ma place afin de ne point me déprécier, et il m’a répondu que ce n’était pas la volonté de Weard. »
Terrassés, déroutés, les Vandales fuirent leurs terres. Après avoir erré des années durant par-delà le Danube, encore dangereux mais déjà brisés, ils sollicitèrent auprès de Constantin la permission de s’établir dans son Empire. Désireux de recruter des guerriers pour garder ses marches, il les autorisa à se rendre en Pannonie.
De par son mariage, son lignage et sa renommée, Dagobert se retrouva à la tête des Teurings. Après quelques mois de préparatifs, il les conduisit vers le Sud.
L’espoir qu’il suscitait était si vif que seuls quelques-uns ne le suivirent point. Parmi eux figuraient Winnithar et Salvalindis, désormais très vieux. Lorsque les chariots se furent éloignés, le Vagabond vint leur rendre visite une dernière fois, se montrant avec eux d’une grande tendresse eu égard à leurs épreuves communes et à celle qui reposait au bord de la Vistule.
1980
Ce n’est pas à Manse Everard que la Patrouille a confié le soin de me passer un savon. Après m’avoir reproché mon imprudence, l’officier responsable m’a quand même autorisé à poursuivre ma mission – Herbert Ganz affirmait que j’étais irremplaçable, a-t-il grommelé. Everard avait de bonnes raisons pour s’abstenir de cette tâche, ainsi que j’ai fini par le comprendre, en même temps que je réalisais qu’il avait étudié tous mes rapports.
Deux années de mon existence avaient passé depuis que j’avais perdu Jorith, deux ans durant lesquels je m’étais partagé entre le IVe siècle et le XXe. Mon chagrin s’était mué en regret – si seulement elle avait pu profiter de la vie plus longtemps ! –, hormis en de rares moments où il venait me terrasser par surprise. A sa façon, Laurie m’avait aidé à faire mon deuil. Jamais je ne m’étais rendu compte à quel point c’était une femme exceptionnelle.
J’étais en permission chez moi, à New York en 1932, lorsque Everard m’a téléphoné pour organiser une nouvelle rencontre. « Quelques questions à vous poser, deux ou trois heures de votre temps, pas plus, et ensuite je vous promets une soirée mémorable. Votre épouse est invitée à nous rejoindre. Vous n’avez jamais vu Lola Montez à son apogée ? J’ai des billets pour une représentation à Paris en 1843. »
Je suis arrivé en plein hiver. La neige occultait le paysage au-dehors, transformant l’appartement en refuge ouaté. Il m’a servi un grog et s’est enquis de mes goûts musicaux. Nous avons écouté un concert de koto donné par un musicien du Japon médiéval, le plus grand que l’Histoire ait jamais connu, bien que son nom fût oublié de tous. Le voyage dans le temps a aussi ses avantages.
Everard a fait tout un cinéma pour bourrer et allumer sa pipe. « Vous n’avez jamais rédigé le compte rendu de votre relation avec Jorith, a-t-il commencé d’un ton neutre. Celle-ci n’a été mise au jour qu’au cours de l’enquête, après l’intervention de Mendoza. Pourquoi ?
— Cela... cela relevait de ma vie privée, ai-je répondu. De mon point de vue, cela ne regardait que moi. D’accord, on nous avait mis en garde contre ce genre de chose à l’Académie, mais le règlement ne l’interdit pas de façon expresse. »
En contemplant son visage sombre penché sur moi, j’ai soudain acquis la certitude que cet homme avait lu tout ce que j’avais pu écrire. Il connaissait mon avenir, contrairement à moi – qui ne le connaîtrais qu’après l’avoir vécu. Le règlement interdit à un agent de se renseigner sur sa destinée ; parmi toutes les conséquences indésirables d’une telle démarche, la boucle causale est la plus bénigne.
« Bon, je n’ai pas l’intention de vous remonter les bretelles, c’est déjà fait, a-t-il repris. Entre nous soit dit, pour parler franchement, je trouve que le coordinateur Abdullah a été un peu dur. Un agent doit bénéficier d’une certaine latitude s’il veut accomplir sa mission, et j’en connais pas mal qui sont allés bien plus loin que vous. »
Il a consacré une bonne minute à sa pipe avant de reprendre, au sein d’une fumée bleue : « Toutefois, j’aimerais éclaircir un ou deux détails. Pour me faire une meilleure idée de vos réactions plutôt que pour philosopher dans le vide – bien que cette histoire ait éveillé ma curiosité, je l’avoue. Ensuite, peut-être serai-je en mesure de vous donner quelques conseils utiles. Je n’ai rien d’un scientifique, mais j’ai pas mal bourlingué dans l’Histoire, et même dans la préhistoire et la posthistoire.
— Je le sais, ai-je dit avec respect.
— Bon, commençons par le plus évident. Vous êtes intervenu dans un conflit opposant Goths et Vandales. Comment justifiez-vous un tel acte ?
— J’ai répondu à cette question lors de l’enquête, monsieur... pardon, Manse. Il n’était pas question que je tue quiconque, puisque ma vie n’était pas en danger. J’ai contribué à l’organisation des troupes, j’ai rassemblé des informations, j’ai semé la terreur chez l’adversaire – en volant sur mon sauteur, en projetant des illusions et en lançant des rayons subsoniques. En fait, la panique qui s’est ensuivie a probablement limité les pertes dans les deux camps. Si j’ai agi de la sorte, c’est essentiellement parce que j’avais consacré beaucoup de temps et d’effort – au nom de la Patrouille – pour m’introduire dans une société que j’étais censé étudier et que les Vandales menaçaient de détruire.
— Vous n’aviez pas peur de déclencher des altérations en aval ?
— Non. Oh ! peut-être aurais-je dû étudier la question plus à fond et solliciter l’opinion des experts. Mais ma situation avait toutes les caractéristiques d’un cas d’école. Les Vandales ne lançaient pas une invasion mais un raid à grande échelle. L’Histoire n’en avait gardé aucune trace. L’issue de ce raid n’avait aucune importance... sauf pour les individus concernés, dont certains étaient importants pour ma mission, ainsi que pour moi-même. Quant aux vies de ces individus – et à la lignée que j’ai moi-même fondée –, eh bien, il ne s’agit là que de fluctuations mineures dans le patrimoine génétique. Elles finissent toujours par se compenser les unes les autres. »