Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Ce livre des œuvres complètes de Guy de Maupassant est exhaustif. Il réunit ses huit romans (dont deux inachevés), ses quelques 350 nouvelles réunies en 24 recueils, ses sept pièces de théâtre (dont deux inachevées), toutes ses poésies (réunies en deux volumes), ses carnets de voyages ainsi que les centaines d’articles qu’il écrivit pour la presse entre 1876 et 1891 (classées par dates de publication et par recueils annuels). Une introduction de l’éditeur explique le parcours et l’œuvre de Guy de Maupassant. Ce livre est le fruit d'une somme de travail considérable. Les quelques milliers de pages de « Maupassant : Œuvres complètes » sont réparties en 57 volumes, ayant chacun un sommaire interactif propre. Aussi, un sommaire général permet d’accéder instantanément à n'importe lequel de ses volumes, ou, au choix, à un de ses chapitres, nouvelles, contes fantastiques, poésies, articles de presse, etc. Toutes ces œuvres ont été relues, corrigées lorsque cela était nécessaire, et mises en page avec soin pour en rendre leur lecture aussi agréable que possible. Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable. • Edition complétée d’une étude de l’éditeur. • Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Le vrai Parisien, au contraire, qui se trouve dans toutes les classes, dans toutes les professions, dans tous les milieux, ignore son voisinage, ne sait pas les noms des locataires de sa maison, mais connaît ceux de tous les gens célèbres, possède leur histoire et leurs œuvres, pénètre dans tous les salons, s’occupe et se préoccupe de toutes les manifestations de l’esprit, ne se perdrait pas plus dans Nice, dans Florence ou dans Londres que dans Paris. Il vit de la vie générale et non d’une vie cloîtrée comme le provincial. Il n’a guère de morale et guère de croyance, guère d’opinion et guère de religion, bien qu’il en montre par décence et par savoir-vivre ; il s’intéresse à tout sans se passionner plus d’une semaine au plus. Son esprit est ouvert à tout, accepte tout, regarde tout, s’amuse de tout et se moque de tout après avoir un peu cru à tout.
La Chine des poètes
(Gil Blas, 17 mars 1885)
« Allez au pays de ChineEt sur ma table apportezLe papier de paille finePlein de reflets argentés. »
C’est ainsi que parle un poète qui adore la Chine : Louis Bouilhet.
Qu’est-ce au juste que la Chine, dont on parle tant en ce moment, la Chine de M. Ferry ? Personne ne le sait, et le président du Conseil pas plus que moi.
Nous avons lu sur elle des livres singuliers, des récits bizarres. Nous nous sommes fatigué les yeux sur des cartes de géographie où sont écrits des milliers de noms invraisemblables, et puis nous avons rêvé. Alors dans un brouillard de songe qui ressemblait à une griserie d’opium, nous est apparu vaguement un immense pays, enfermé par une muraille sans fin, plein de tours de porcelaine, de poteries éclatantes et d’hommes étranges aux yeux longs, au teint jaune, portant au sommet de la tête une tresse de cheveux tombant jusqu’à terre. Il nous a semblé entendre des bruits de clochettes, des cris drôles ; nous nous sommes figuré cette humanité extravagante mangeant des nids sautés au beurre, et des grains de riz au moyen de baguettes de bois, comme feraient les clowns de cirque pour amuser le public.
Nous avons entrevu des dragons d’or sur des soieries roses, toutes sortes de choses belles ou comiques, d’une fantaisie opulente et burlesque. Et nous avons cru avoir une idée de la Chine.
Or, nous ne savons rien d’elle. — Car il faut avoir vu une terre pour la connaître, une terre surtout si différente de la nôtre.
Nous avons lu les voyageurs. Ils ne nous ont rien enseigné de précis ; ils n’ont fait qu’égarer notre imagination en de confuses images.
Qu’est-ce que la Chine pourtant ?
Ouvrons les poètes et cherchons la Chine qu’ils ont inventée, eux, ces créateurs de régions idéales.
Nous sommes là-bas. — Regardons.
« Le long du fleuve jaune, on ferait bien des lieuesAvant de rencontrer un mandarin pareil.Il fume l’opium, au coucher du soleil,Sur sa porte en treillis, dans sa pipe à fleurs bleues.
D’un tissu bigarré, son corps est revêtu ;Son soulier brodé d’or semble un croissant de lune.Dans sa barbe effilée il passe sa main bruneEt sourit doucement sous son bonnet pointu.
Les pêchers sont en fleur. Une brise légèreDes pavillons à jour fait trembler les grelots ;La nue, à l’horizon, s’étale sur les flots,Large et couleur de feu, comme un manteau de guerre. »
Nous le connaissons maintenant Tou-Tsong, le lettré, aussi bien que si nous avions passé des heures à ses côtés, alors qu’il cause avec ses amis sous les lanternes peintes.
Mais voici que l’hiver est venu, (hiver qui a emporté les fleurs des pêchers. Le même poète, Louis Bouilhet, va nous le montrer encore, le tranquille Chinois qu’il a deviné :
« Au fond du cabinet de soie,Dans le pavillon de l’étang,Pi-pi, po-po le feu flamboie,L’horloge dit : Ko-tang, Ko-tang.
Au-dehors, la neige est fleurie.Et le long des sentiers étroitsLe vent qui souffle avec furieDisperse au loin ses bouquets froids.
Sous le givre qui les pénètre,Les noirs corbeaux, en manteau blanc,Frappent du bec à ma fenêtre,Qu’empourpre le foyer brûlant.[…]
[…] Mais, au dos de ma tasse pleine,Je vois s’épanouir encorDans leur jardin de porcelaineDes marguerites au cœur d’or.
Parmi les fraîches imposturesDes vermillons et des orpins,Sur le ciel verni des tenturesVoltigent des papillons peints.
Et mille souvenirs fidèles,Sortant du fond de leur passé,Comme de blanches hirondellesRasent tout bas mon seuil glacé.
La paix descend sur toute choseSans amour, sans haine et sans Dieu.Mon esprit calme se reposeDans l’équilibre du Milieu. […] »
Et nous le voyons, maintenant, fermant ses petits yeux minces, les jambes croisées sous lui, les mains croisées sur son ventre, le sage et prudent mandarin qui a gagné, il nous le dit :
« Quatre rubis à sa ceinture,Un bouton d’or à son bonnet, »
et dont l’esprit que le sommeil soulève, suit sur le courant des âges.
« La feuille rose des pêchers. »
Il a dans sa maison deux épouses. Un parfum de thé flotte dans l’air, mêlé à d’autres senteurs plus vives d’aromates brûlés en de mignons vases de cuivre. Sa tête se penche, son œil se clôt…
« Cependant la nuit qui s’allongeMystérieuse à l’horizonDans le filet fleuri d’un songePrend son âme comme un poisson. »
Il dort.
Dans la grande plaine où poussent des fleurs singulières s’élève un monument luisant, pointu, bizarre.