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N'éteins pas la lumière

Электронная книга - «N'éteins pas la lumière». Краткое содержание книги:

« Tu l’as laissée mourir… »
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— Allons.

Il se mit à tomber une pluie fine. De petites gouttes froides comme un brumisateur sur son visage.

— Alors, c’est là que ça va finir ? dit-elle. Au fond des bois.

Son cœur battait la chamade. Devant elle, le petit homme chauve et tatoué se baissa pour passer sous une branche basse.

— Dépêche-toi ! dit-il avec son léger accent. On n’a pas que ça à faire.

Il revint en arrière et ils la saisirent chacun par un bras pour la faire avancer plus vite.

— Je crois que je vais… vomir.

Mais elle ne vomit pas. Ils descendirent vers le fond d’une petite dépression, un endroit où les bois étaient un peu moins touffus. Presque une clairière. Soudain, elle se mit à résister, à enfoncer ses talons dans le sol meuble de toutes ses forces quand elle découvrit le grand trou sombre au fond de la combe — avec une pelle gisant à côté. Ils la tirèrent en avant.

— Non ! Non !

Elle se débattit.

Ils la laissèrent se dégager ; Marcus pointa son arme vers elle.

— Allonge-toi dans le trou.

Un vieil arbre noueux se contorsionnait comme un gymnaste au bord de la fosse. Quelques-unes de ses racines avaient été tranchées net par le fer de la pelle.

Elle se retourna, leur fit face.

— Non ! Attendez ! Attendez !

Marcus la poussa. Elle tomba en arrière. Elle plongeait. Elle coulait à pic. Elle se noyait. Heureusement, la terre au fond du trou était meuble et elle se reçut sur un matelas très doux. Christine rouvrit les yeux. Elle était allongée sur le dos. L’odeur de terre fraîchement remuée emplissait ses narines ; la pluie se renforçait sur son visage, coulait dans ses yeux et ses cheveux pleins de terre.

— Les femmes sont de bien meilleures tueuses que les hommes, dit Mila au-dessus d’elle. Elles sont plus sophistiquées, plus imaginatives, plus réfléchies.

— À toi de le faire, dit Marcus avec un signe de tête en direction de Christine.

Du fond du trou, elle le vit tendre l’arme à Mila en la tenant par le canon. Elle surprit le regard féroce de celle-ci.

— Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes ? Fais ton travail ! Je t’ai payé pour ça !

— Niet. Pas assez cher pour risquer la prison à perpétuité, dit-il. Pojalusta : s’il te plaît.

Mila ricana méchamment en attrapant l’arme par la crosse.

— Et moi qui croyais que tu avais des couilles… C’est donc ça, aujourd’hui, la mafia russe ?

Il sortit tranquillement un paquet de cigarettes sans se formaliser de la remontrance. En alluma une. Sourit. Christine tourna légèrement la tête. Est-ce qu’elle rêvait ou c’étaient bien des vers de terre qui se tortillaient là où la pelle avait tranché net la chair tendre de la forêt ? Elle les voyait s’agiter à quelques centimètres de sa joue, sous un lacis de fines racines blanches.

La voix de Marcus :

— À toi de jouer, Gaspaja (madame). Il n’y a que deux balles. Alors, ne les gaspille pas…

Christine ferma les yeux.

Tout d’un coup, elle se sentit trembler à la fois de peur et d’accablement, le corps couvert de chair de poule et de sueur, parcouru d’un frisson électrique. Elle eut envie de bondir hors de la fosse et de s’enfuir à toutes jambes.

Les yeux clos, elle ne vit pas Mila s’avancer d’un pas vers le bord de la tombe, pointer l’arme dans sa direction.

Elle ne la vit pas trembler un peu.

Viser.

Presser la détente.

La déflagration explosa dans les bois, fut répercutée par l’écho. Elle fit s’envoler tous les oiseaux de la forêt. Les deux balles la touchèrent en plein milieu du thorax, et son corps tressauta à chaque impact. L’instant d’après, deux fleurs rouges se déployaient sur son pull, imbibant la laine mouillée. Un dernier sursaut. Le corps qui s’arc-boute, se raidit. Un filet de sang à la commissure des lèvres…

… et tout fut consommé.

Simple.

Propre.

Définitif.

Le canon de l’arme fumait encore. Mila fixait le corps de Christine. Les yeux écarquillés. L’arme dans sa main tremblait violemment. Elle n’avait encore jamais tué personne. En tout cas, pas de ses propres mains.

Marcus se saisit de la pelle.

— Bienvenue au club, dit-il en balançant la première pelletée de terre sur le visage de la morte.

Acte 3

Je sais qu’à sa douleur Il n’y a pas de réconfort. Mais il convient d’assurer Le sort de l’enfant.
Madame Butterfly

40.

Aria da capo

Par un matin clair et froid de janvier, Fontaine nageait nu dans la piscine et Servaz observait à la jumelle son dos musclé, ses fesses rondes et ses jambes fuselées fendant l’eau fumante. Puis il repartit vers sa voiture aussi froide qu’une glacière, rangea les jumelles dans la boîte à gants et démarra doucement.

Trop tôt. Il était encore trop tôt pour affronter Léonard Fontaine, mais il savait que, tôt ou tard, le face-à-face aurait lieu. C’était inévitable. Quand il aurait plus de cartes en main. Un jeu plus favorable.

Où était passée Christine Steinmeyer ?

Cela faisait à présent dix jours qu’elle n’avait plus donné signe de vie. Tandis qu’il conduisait, les yeux grands ouverts, dans les heures blêmes du petit matin et la pénombre de l’habitacle à peine trouée par les lueurs du tableau de bord, en fixant le ruban de l’autoroute devant lui et les feux pâles des voitures qui le précédaient, il avait l’impression qu’un mot clignotait, aveuglant, en lettres de néon dans son esprit. Morte. Christine Steinmeyer était morte. Enterrée quelque part… Ils avaient tout tenté pour reconstituer son trajet le matin où elle était partie de chez elle pour n’y plus revenir. En vain. Personne ne l’avait revue depuis. Ni son fiancé, ni ses parents, ni ses ex-collègues de Radio 5. Une enquête avait été ouverte pour disparition inquiétante. Corinne Délia et Marcus — de son vrai nom Egor Nemtsov — avaient été longuement entendus. Mais ils n’avaient rien lâché.

Servaz regrettait de ne pas avoir pu participer aux auditions. Il en avait cependant obtenu le détail par Vincent et Samira — et aussi par Beaulieu, qui avait décidé de collaborer et qui semblait se sentir un peu coupable.

Tout comme lui, Beaulieu était désormais persuadé qu’Egor « Marcus » Nemtsov était mêlé à la disparition de Christine. Servaz pensa au journal de Mila en sa possession. Aux photos montrant Fontaine en compagnie de Célia Jablonka. Aux confidences de Christine. Mila-Célia-Christine : le triangle des trois femmes qui avaient été les maîtresses du spationaute. Le témoignage de Mila était accablant. Depuis son incursion dans la maison et la vue du livre sur la table de nuit, Servaz avait acquis la certitude que Fontaine était bien l’homme qu’il cherchait… Et, à présent, Christine avait disparu… Mais aucun juge n’ouvrirait une instruction à partir d’aussi peu d’éléments. Il tournait en rond. Il savait qu’il lui faudrait pousser Fontaine à la faute. Mais comment ? L’homme était prudent et coriace.

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