La Dame de Monsoreau Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Год: 17
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Dame de Monsoreau Tome III». Краткое содержание книги:
Et, avec une souplesse, une vigueur et une rage que Monsoreau ne lui connaissait pas, et que personne n'eût soupçonnées dans ce jeune homme efféminé, Saint-Luc porta de suite, et sans interruption, cinq coups au grand veneur, qui les para, tout étourdi de cet ouragan mêlé de sifflements et d'éclairs; le sixième fut un coup de prime composé d'une double feinte, d'une parade et d'une riposte dont le soleil l'empêcha de voir la première moitié, et dont il ne put voir la seconde, attendu que l'épée de Saint-Luc disparut tout entière dans sa poitrine.
Monsoreau resta encore un instant debout, mais comme un chêne déraciné qui n'attend qu'un souffle pour savoir de quel côté tomber.
– Là! maintenant, dit Saint-Luc, vous avez les cent chances complètes; et, remarquez ceci, monsieur, c'est que vous allez tomber juste sur la touffe que je vous ai indiquée.
Les forces manquèrent au comte; ses mains s'ouvrirent, son œil se voila; il plia les genoux et tomba sur les coquelicots, à la pourpre desquels il mêla son sang.
Saint-Luc essuya tranquillement son épée et regarda cette dégradation de nuances qui, peu à peu, change en un masque de cadavre le visage de l'homme qui agonise.
– Ah! vous m'avez tué, monsieur, dit Monsoreau.
– J'y tâchais, dit Saint-Luc; mais maintenant que je vous vois couché là, près de mourir, le diable m'emporte si je ne suis pas fâché de ce que j'ai fait! Vous m'êtes sacré à présent, monsieur; vous êtes horriblement jaloux, c'est vrai, mais vous étiez brave.
Et, tout satisfait de cette oraison funèbre, Saint-Luc mit un genou en terre près de Monsoreau, et lui dit:
– Avez-vous quelque volonté dernière à déclarer, monsieur? et, foi de gentilhomme, elle sera exécutée. Ordinairement, je sais cela, moi, quand on est blessé, on a soif: avez-vous soif? J'irai vous chercher à boire.
Monsoreau ne répondit pas. Il s'était retourné la face contre terre, mordant le gazon et se débattant dans son sang.
– Pauvre diable! fit Saint-Luc en se relevant. Oh! amitié, amitié, tu es une divinité bien exigeante!
Monsoreau ouvrit un œil alourdi, essaya de lever la tête et retomba avec un lugubre gémissement.
– Allons! il est mort! dit Saint-Luc; ne pensons plus à lui… C'est bien aisé à dire: ne pensons plus à lui… Voilà que j'ai tué un homme, moi, avec tout cela! On ne dira pas que j'ai perdu mon temps à la campagne.
Et aussitôt, enjambant le mur, il prit sa course à travers le parc et arriva au château.
La première personne qu'il aperçut fut Diane; elle causait avec son amie.
– Comme le noir lui ira bien! dit Saint-Luc.
Puis, s'approchant du groupe charmant formé par les deux femmes:
– Pardon, chère dame, fit-il à Diane; mais j'aurais vraiment bien besoin de dire deux mots à madame de Saint-Luc.
– Faites, cher hôte, faîtes, répliqua madame de Monsoreau; je vais retrouver mon père à la bibliothèque. Quand tu auras fini avec M. de Saint-Luc, ajouta-t-elle en s'adressant à son amie, tu viendras me reprendre, je serai là.
– Oui, sans faute, dit Jeanne.
Et Diane s'éloigna en les saluant de la main et du sourire.
Les deux époux demeurèrent seuls.
– Qu'y a-t-il donc? demanda Jeanne avec la plus riante figure; vous paraissez sinistre, cher époux.
– Mais oui, mais oui, répondit Saint-Luc.
– Qu'est-il donc arrivé?
– Eh! mon Dieu! un accident!
– À vous? dit Jeanne effrayée.
– Pas précisément à moi, mais à une personne qui était près de moi.
– À quelle personne donc?
– À celle avec laquelle je me promenais.
– À monsieur de Monsoreau?
– Hélas! oui. Pauvre cher homme!
– Que lui est-il donc arrivé?
– Je crois qu'il est mort!…
– Mort! s'écria Jeanne avec une agitation bien naturelle à concevoir, mort!
– C'est comme cela.
– Lui qui, tout à l'heure, était là, parlant, regardant!…
– Eh! justement, voilà la cause de sa mort; il a trop regardé et surtout trop parlé.
– Saint-Luc, mon ami! dit la jeune femme en saisissant les deux bras de son mari.
– Quoi?
– Vous me cachez quelque chose.
– Moi! absolument rien, je vous jure, pas même l'endroit où il est mort.
– Et où est-il mort?
– Là-bas, derrière le mur, à l'endroit même où notre ami Bussy avait l'habitude d'attacher son cheval.
– C'est vous qui l'avez tué, Saint-Luc?
– Parbleu! qui voulez-vous que ce soit? Nous n'étions que nous deux, je reviens vivant, et je vous dis qu'il est mort: il n'est pas difficile de deviner lequel des deux a tué l'autre.
– Malheureux que vous êtes!
– Ah! chère amie, dit Saint-Luc, il m'a provoqué, insulté; il a tiré l'épée du fourreau.
– C'est affreux!… c'est affreux!… ce pauvre homme!
– Bon! dit Saint-Luc, j'en étais sûr! Vous verrez qu'avant huit jours on dira saint Monsoreau.
– Mais vous ne pouvez rester ici! s'écria Jeanne; vous ne pouvez habiter plus longtemps sous le toit de l'homme que vous avez tué.
– C'est ce que je me suis dit tout de suite; et voilà pourquoi je suis accouru pour vous prier, chère amie, de faire vos apprêts de départ.
– Il ne vous a pas blessé, au moins?
– À la bonne heure! quoiqu'elle vienne un peu tard, voilà une question qui me raccommode avec vous. Non, je suis parfaitement intact.
– Alors nous partirons.
– Le plus vite possible, car vous comprenez que, d'un moment à l'autre, on peut découvrir l'accident.
– Quel accident? s'écria madame de Saint-Luc en revenant sur sa pensée comme quelquefois on revient sur ses pas.
– Ah! fit Saint-Luc.
– Mais, j'y pense, dit Jeanne, voilà madame de Monsoreau veuve.
– Voilà justement ce que je me disais tout à l'heure.
– Après l'avoir tué?
– Non, auparavant.
– Allons, tandis que je vais la prévenir…
– Prenez bien des ménagements, chère amie!
– Mauvaise nature! pendant que je vais la prévenir, sellez les chevaux vous-même, comme pour une promenade.
– Excellente idée. Vous ferez bien d'en avoir comme cela plusieurs, chère amie; car, pour moi, je l'avoue, ma tête commence un peu à s'embarrasser.
– Mais où allons-nous?
– À Paris.
– À Paris! Et le roi?
– Le roi aura tout oublié; il s'est passé tant de choses depuis que nous ne nous sommes vus; puis, s'il y a la guerre, ce qui est probable, ma place est à ses côtés.
– C'est bien; nous partons pour Paris alors.
– Oui, seulement je voudrais une plume et de l'encre.